"Imagine que tu te promènes avec ton fils dans un centre commercial. Tu tournes la tête, et il a disparu" dans un magasin. "Ton pouls s'accélère, le stress monte. Puis ton coeur s'arrête. Moi, mon coeur s'est arrêté le 7 octobre", confie Kobi Kalfon.
Son fils Segev, 27 ans, est retenu captif quelque part dans la bande de Gaza depuis bientôt 22 mois. Il est l'un des 49 otages qui restent aux mains du Hamas et de son allié du Jihad islamique - dont 27 déclarés morts par l'armée - sur les 251 personnes enlevées lors de l'attaque du 7 octobre 2023 menée par les combattants islamistes en Israël.
Presque deux ans de calvaire pour sa famille. "Quand j'entends ce qu'il vit en détention, je suis au bord de m'effondrer", poursuit M. Kalfon, qui, après un long silence, a accepté de prendre la parole.
Il reçoit l'AFP dans la maison familiale, à Dimona (sud d'Israël), où il partage "l'impuissance" qui le ronge, alors que le sort de son fils "est entre les mains d'autres que moi".
Segev Kalfon a été enlevé au festival de musique Nova, théâtre du massacre de plus de 370 personnes par le Hamas.
La famille Kalfon fait partie de celles qui se sont longtemps tenues à l'écart des rassemblements et manifestations organisées par d'autres proches d'otages,et des médias.
- "Il va revenir" -
Mais depuis les retours de captifs en février, lors de la deuxième trêve à Gaza, les Kalfon ont changé d'approche.
"Quand les otages ont été libérés, certains d'entre eux ont raconté avoir regardé la télévision (pendant leur détention) et je me suis dit que Segev ne pouvait pas m'entendre ni entendre sa mère Galit", explique M. Kalfon.
Se présentant comme un "croyant", M. Kalfon montre la chambre du jeune homme, dont le lit est encombré de livres religieux, talismans, mots de compassion et dessins d'enfants envoyés de tout le pays. "On attend Segev", est-il écrit au crayon de couleur et d'un trait naïf sur l'un d'entre eux.
"J'ai la foi et je crois qu'il va revenir", affirme le père éploré, montrant du doigt le sac de sport noir rempli d'affaires de son fils cadet, prêt au cas où pour le jour de sa libération.
"On attend cet appel tous les jours, 24h sur 24", lâche M. Kalfon.
Dans la boulangerie familiale à Arad, où Segev travaillait, l'image du jeune homme au sourire discret et aux yeux clairs est omniprésente. Sur les t-shirts des employés mais aussi une grande affiche à l'entrée et un portrait peint sur le mur mitoyen.
"Il s'entendait bien avec tout le monde, tout le monde l'aime et bien qu'il soit le fils du patron, il se conduisait comme un employé normal", raconte son père.
- "Ca suffit!" -
Fièrement, il désigne la directrice du magasin, une bédouine musulmane voilée, ou un client juif ultra-orthodoxe qui vient régulièrement. "C'est un microcosme de la société israélienne ici".
La publication la semaine dernière par le Hamas et le Jihad islamique, son allié, de trois vidéos montrant deux otages israéliens décharnés, a horrifié Israël, ravivant le débat sur la nécessité d'arriver au plus vite à un accord pour les libérer.
La famille de l'un d'entre eux, Rom Breslevski, était elle aussi longtemps restée discrète, se tenant à l'écart des médias.
Mais samedi soir à Tel Aviv, lors d'un rassemblement de plusieurs dizaines de milliers de personnes, Ofir Breslevski, le père de Rom, a pris la parole à l'adresse du Premier ministre Benjamin Netanyahu.
"Ca suffit! Vous êtes un dirigeant, et un dirigeant doit prendre des décisions. Alors prenez cette décision – mettez fin à la guerre et ramenez tout le monde ici!", a-t-il lancé.
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© Agence France-Presse


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