Les ministres de l'Information, Paul Morcos ( à gauche) et de la Santé Rakan Nassereddine lors d'une conférence de presse, le 25 juillet 2025. Photo ANI
Les ministres libanais de la Santé et de l’Information, Rakan Nassereddine et Paul Morcos, ont lancé vendredi une campagne de sensibilisation sur les dangers des médicaments de contrebande et falsifiés, qui échappent aux contrôles et ne sont pas conformes aux normes fixées par les autorités compétentes.
Au cours d'une conférence de presse qui s’est tenue en présence du représentant au Liban de l'Organisation mondiale de la Santé, Abdel Nasser Abou Bak, le ministre Nassereddine a estimé que des médicaments falsifiés ou de contrebande, dont la qualité n’est pas garantie, se sont retrouvés sur le marché local dans un contexte de « lourdes pressions financières » et de « réduction progressive du budget du ministère de la Santé ». Cette baisse des budgets a empêché d’assurer une couverture de médicaments pour l’ensemble des Libanais et a poussé de nombreux citoyens à tenter d’obtenir leurs traitements par tous les moyens possibles, a-t-il expliqué. « Cette situation est d’autant plus critique que les médicaments contre le cancer et les maladies incurables sont particulièrement coûteux »,
Il a souligné que « le problème ne vient pas des citoyens » mais de ceux qui n'ont pas de scrupules à les « empoisonner » et exploiter les situations de crise. Il a insisté sur la nécessité de « couper la voie par laquelle s’infiltrent les médicaments falsifiés et de contrebande », à travers une coopération « étroite » entre le ministère de la Santé, les services de sécurité, les médias et les citoyens, lesquels doivent prendre conscience des dangers liés à la consommation de tels produits.
Le ministre de la Santé a précisé que la lutte contre les médicaments non autorisés est menée selon quatre axes principaux :
- Une hausse des standards d’exportation et d’importation afin de garantir des alternatives de qualité à moindre coût.
- Le lancement de campagnes de sensibilisation sur les risques liés à l’utilisation de médicaments non conformes.
- Le renforcement du programme de distribution gratuite de médicaments pour les maladies cancéreuses et incurables, et la préparation du lancement d’un projet de couverture santé dans les centres de soins primaires.
- Une intensification des opérations de contrôle et d’inspection sur le terrain, en coordination avec les forces de sécurité et les services douaniers.
Des médicaments dotés d’un code-barres
Le ministre a ensuite abordé le processus de réforme et d’organisation du secteur des médicaments et compléments alimentaires enregistrés au ministère, annonçant notamment la mise en place d'une numérisation des produits afin de créer une base de données. M. Nassereddine a ensuite fait savoir que son ministère a « élargit » les protocoles thérapeutiques, ce qui a permis au cours des cinq derniers mois « d’augmenter de 40 % le nombre de patients bénéficiaires, passant ainsi de 9 600 à 13 400 personnes recevant des médicaments fournis par le ministère ».
Il a aussi affirmé que son équipe avait « simplifié les procédures d’enregistrement des médicaments, en particulier ceux importés dans le cadre des appels d’offres du ministère, en donnant la priorité à la production nationale qui est au cœur de cette stratégie ». À ce titre, il a souligné « la coopération active avec les ordres des pharmaciens, les importateurs et les usines pharmaceutiques ». M. Nassereddine a affirmé que « le ministère se constituera partie civile contre toute personne ou entité qui porterait atteinte à la santé des citoyens ». Il a ajouté que « tous les médicaments sans exception seront prochainement dotés d’un code-barres, ce qui mettra un terme à toute tentative de falsification ».
Aussi dangereux que « les balles perdues »
Intervenant à son tour, le ministre de l'Information Paul Morcos a affirmé que « l’objectif de cette rencontre est de veiller à ce que le remède ne devienne pas un poison ». « Le dossier des médicaments falsifiés et de contrebande est plus dangereux que les armes et les balles perdues. On peut survivre à une balle perdue, mais un médicament falsifié conduit inévitablement à la mort, si ce n’est aujourd’hui, ce sera demain ou plus tard », a-t-il alerté.
Le président de l’Ordre des pharmaciens Joe Salloum avait appelé la semaine dernière à ne pas céder à la tentation de recourir à des circuits illégaux, par lesquels peuvent circuler des contrefaçons dans un contexte de pénuries de plusieurs types de médicaments.

