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Culture - Festival

Avec « De vin et de musique », Smar Jbeil retrouve sa voix

Tania Saleh, Daniel Melingo et un concert spirituel autour de Bach : voilà une édition portée par l’éclectisme et l’amitié.

Avec « De vin et de musique », Smar Jbeil retrouve sa voix

De Vin et de musique, un festival à l'ambiance chaleureuse à Smar Jbeil.Photo Roger Moukarzel, fournie par le festival.

Sur les hauteurs de Batroun se dresse fièrement une citadelle médiévale, qui était il n’y a pas si longtemps encore plutôt méconnue. Elle toise les vignes qui s’étendent vers la mer et donnent à la région des vins de qualité. La citadelle de Smar Jbeil retrouve ses lettres de noblesse avec « De vin et de musique »*, le festival lancé en 2022 à l’initiative du compositeur et chanteur Khaled Mouzannar, époux de Nadine Labaki s’il fallait encore le préciser. L’événement a pour vocation – comme son nom l’indique – de proposer une dégustation des vins de la région en même temps que des concerts de musique métissée.

La genèse

C’était à l’époque du Covid. Tous les festivals étaient annulés. Khaled passe un an dans son coin de forêt, un temps de réflexion, de retour aux sources, à l’essentiel. Et l’essentiel l’entoure : il est fait de nature, de production viticole et de musique. Il ne lui en faut pas plus pour initier « De vin et de musique ». Ode à la terre, à la mémoire, le projet mené par le compositeur entend marier musique et vin sur fond d’histoire. Le festival accueille des pointures du monde musical dans une kyrielle de registres différents au cœur de cette citadelle – une ancienne base de l’armée syrienne pendant les années de plomb – que Khaled aime particulièrement et qui était délaissée. « Dès que j’ai lancé le festival, j’ai reçu un message d’un émigré de la région installé aux États-Unis qui s’est dit bouleversé de voir cette citadelle qu’il observait enfant, flanquée d’un drapeau syrien, retrouver sa fonction culturelle d’origine. Comme quoi l’art finit toujours par triompher de la violence. Ma petite revanche sur l’histoire, raconte Khaled Mouzannar. Après la crise du Covid et la tragédie du 4-Août, tout le monde était sur le départ et je voulais absolument prouver qu’on pouvait encore vivre de belles choses dans ce pays. »

Khaled Mouzannar. Photo Nathalie Tufenkjian, fournie par le festival « De vin et de musique ».
Khaled Mouzannar. Photo Nathalie Tufenkjian, fournie par le festival « De vin et de musique ».


Les belles choses commencent dans l’édition de cette année le 30 juillet avec un univers feutré porté par la voix éthérée et limpide de la chanteuse Tania Saleh. Un timbre qu’elle met au service de textes engagés qui se baladent sur une ligne de crête.

Tania Saleh, l’exil en clair-obscur

Sur des accents bossa nova cubains, égyptiens, rock alternatif et autres, Tania Saleh écume les gammes sans jamais faillir à l’héritage de la chanson arabe. Une chanson dont elle se demande ce qu’elle est devenue non sans amertume ou sens critique. C’est que Tania est une artiste authentique, une personnalité entière, qui après un long parcours dans le monde de la publicité a décidé de « s’arracher » à son pays pour avoir les moyens de totalement se consacrer à son art. En 2022, elle fait sa valise dans laquelle elle emporte le strict minimum et s’installe en France où elle trouve les soutiens nécessaires pour faire aboutir ses projets, qu’ils soient musicaux, picturaux ou autres, consciente qu’elle ne pourra pas continuer éternellement à effectuer des tournées. Cette valise contient toutes les fragilités de cet exil forcé. Les écueils qu’elle croise dans un pays d’accueil. Ceux du Liban en proie aux crises et conflits, d’une région en ébullition permanente et d’un monde tourmenté. Elle reconnaît dans le regard des autres – venus d’horizons multiples – la même sensation de déracinement, de perte de repères dans un monde gouverné par la machine. À travers sa musique, elle cherche à exprimer cette condition commune, marquée par la dépendance technologique et la peur d’un effondrement global, conséquence d’un système dominé par la richesse, la violence et l’érosion du vivant. Et naturellement son 7e album studio s’intitule Fragile, comme cette mention accolée au bagage qu’il faut ménager…


Tania Saleh. Photo fournie par le festival « De vin et de musique »
Tania Saleh. Photo fournie par le festival « De vin et de musique »


Un album qu’elle présente dans ce concert au public libanais, où elle sera rejointe sur scène par Khaled Mouzannar dans l’interprétation des morceaux extraits des films de Nadine Labaki dont elle est la principale parolière. Depuis son départ c’est le tout premier concert que Tania Saleh donne dans son pays. Pour accompagner le spectacle, dix tableaux que cette artiste polyvalente a elle-même réalisés et qui illustrent son dernier album seront exposés dans une annexe de la citadelle que Khaled Mouzannar entend transformer en centre culturel.

Redonner vie à un lieu par l’art

« Un des fils conducteurs de ce festival ce sont ces histoires d’amitié et d’affinités musicales et artistiques, et qui mieux que Tania, qui est une grande amie, peut incarner cela », lâche Khaled Mouzannar, qui a rencontré Tania à l’âge de 18 ans dans le studio de Ziad Rahbani où il faisait ses premières maquettes et où elle enregistrait son premier album. Il tombe sous le charme de sa voix et sa poésie. « Pour moi, elle est une des plus grandes parolières de la chanson orientale », affirme Mouzannar, qui confie regretter la mutation de l’industrie musicale devenue machine à broyer les talents.


Daniel Melingo. Photo Alfredo Srur, fournie par le festival « De vin et de musique »
Daniel Melingo. Photo Alfredo Srur, fournie par le festival « De vin et de musique »



Ce premier concert sera suivi les 1er et 2 août de deux autres de tango : Tango Bajo El Cedro avec Daniel Melingo, musicien-auteur-compositeur-interprète et acteur argentin, qui séduit Khaled et Nadine lors d’un concert en France. Son univers musical touche profondément Khaled Mouzannar bercé aux sons de l’Amérique latine par sa mère. Le tango représente pour lui le point de convergence entre ce continent et la Méditerranée. « Astor Piazzola a changé ma vie et ma façon de voir la musique folklorique traditionnelle transformée en musique ‘‘sérieuse’’. J’aime aussi la chanson comme celle de Nick Cave et Tom Waits, ces raconteurs d’histoires, et en Daniel Melingo j’ai trouvé le mélange parfait entre ces deux univers », confie-t-il à L’Orient-Le Jour. Quant au concert-dîner de clôture Sacred Bach & Eastern Mystics le 3 août, il met en scène dans les caves du domaine d’Ixsir le son de Bach qui « est un langage qui parle au cerveau, au cœur et à l’âme », avec trois musiques que le musicien hôte affectionne : la byzantine, la soufie et la syriaque. Et qu’il veut voir « s’épouser plutôt que se confronter ». Une sorte de dialogue musical spirituel avec la chanteuse Lynn Adib, Tania Sonc (premier violon), Ribal Molaeb (alto) et Clara Germont (violoncelle).

Khaled Mouzannar, qui vit au plus près de la nature dans cette région en quasi autosuffisance alimentaire, ambitionne de faire découvrir ce terroir au plus grand nombre possible de musiciens étrangers comme aux locaux, en rappelant comme il le dit que « le bonheur est dans le pré ».

Nehna el-jil el-jadid ma fi chi tale’ bi idou… « Nous sommes cette nouvelle génération impuissante », chantait à ses débuts Tania Saleh. Pourvu qu’elle ait tort.

*Les concerts seront précédés d’une dégustation de vins et clôturés par un buffet de produits du terroir. Accueil à 19h30, concert à 20h30. Billets en vente chez Virgin Ticketing.

Sur les hauteurs de Batroun se dresse fièrement une citadelle médiévale, qui était il n’y a pas si longtemps encore plutôt méconnue. Elle toise les vignes qui s’étendent vers la mer et donnent à la région des vins de qualité. La citadelle de Smar Jbeil retrouve ses lettres de noblesse avec « De vin et de musique »*, le festival lancé en 2022 à l’initiative du compositeur et chanteur Khaled Mouzannar, époux de Nadine Labaki s’il fallait encore le préciser. L’événement a pour vocation – comme son nom l’indique – de proposer une dégustation des vins de la région en même temps que des concerts de musique métissée.La genèseC’était à l’époque du Covid. Tous les festivals étaient annulés. Khaled passe un an dans son coin de forêt, un temps de réflexion, de retour aux sources, à l’essentiel....
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