En ces moments tendus dans la région, de nombreux observateurs se souviennent que lors d’un récent discours, le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, avait parlé d’une « menace existentielle contre la résistance, son environnement populaire, ses partisans, ainsi que contre le Liban et toutes ses composantes ». Au moment où elle a été prononcée, cette déclaration a été interprétée comme une volonté de la part de cheikh Naïm d’amplifier la menace contre le Hezbollah et ses partisans, pour justifier la conservation de ses armes.
Mais après les derniers événements à Soueida, cette phrase prend une nouvelle dimension. Des personnalités chiites estiment que les Américains misent sur la principale communauté de la région, à savoir les sunnites, au détriment des minorités.
Selon une de ces personnalités, le comportement des Israéliens pendant la guerre de l’automne dernier montre que c’est l’ensemble de la communauté chiite qui est visée et pas seulement les partisans du Hezbollah. Le harcèlement et le ciblage des chiites dans les localités du Sud, à Beyrouth mais aussi au Kesrouan et jusqu’aux cazas de Jbeil et de Zghorta, montrent que les Israéliens ne s’en prennent pas seulement aux membres du Hezbollah, mais à tous les chiites, qu’ils aimeraient voir quitter le sud du Liban.
De plus, depuis le changement de régime en Syrie et l’arrivée au pouvoir d’un président issu de la communauté sunnite et même de la branche islamiste de cette communauté, le sentiment d’être persécutés s’est accentué chez les chiites du Liban en général et chez le Hezbollah et ses partisans en particulier. D›autant plus après les affrontements avec les alaouites sur le littoral syrien, les attaques contre des lieux saints chrétiens et récemment, les combats avec la communauté druze à Soueida.
Tous ces développements en Syrie pourraient ne pas être liés entre eux et ne signifient pas forcément que le tour des chiites va venir. Mais il faut désormais ajouter les changements qui sont en train de se produire au niveau de la communauté sunnite au Liban. Selon la personnalité chiite précitée, il faut suivre attentivement le changement d’humeur de cette communauté. Pendant les mois qui ont suivi le 7 octobre 2023 et l’ouverture par le Hezbollah d’un front de soutien au Hamas, cette communauté était, dans une large mesure, favorable à la formation chiite, selon cette source. Mais depuis l’arrivée au pouvoir d’Ahmad el-Chareh à Damas, les sunnites ont retrouvé leur hostilité traditionnelle à l’égard du Hezb.
C’est d’ailleurs dans ce cadre que l’Arabie saoudite a décidé de s’impliquer plus au Liban, notamment aux côtés de la communauté sunnite, longtemps abandonnée, surtout depuis le retrait pratiquement forcé de son leader, le chef du courant du Futur Saad Hariri. Depuis près de huit mois, c’est-à-dire à la veille de l’élection présidentielle (le 9 janvier 2025), les Saoudiens ont envoyé à plusieurs reprises un émissaire spécial, le prince Yazid ben Farhane. C’est d’ailleurs l’Arabie saoudite qui a encouragé le mufti Abdellatif Deriane à se rendre en Syrie à la tête d’une importante délégation. C’est aussi Riyad qui a organisé une rencontre entre les ministres libanais et syrien de la Défense à Djeddah pour tenter de résoudre les questions en suspens entre les deux pays.
À ces éléments s’ajoute encore la conviction de ces personnalités chiites que, désormais, le grand pari américain est sur la communauté sunnite au Liban, en Syrie et peut-être même en Irak, pour en finir avec l’hostilité contre Israël. Les Américains estimeraient ainsi, selon ces personnalités, avoir essayé l’une après l’autre toutes les minorités de la région pour les pousser à conclure des accords avec les Israéliens, qu’il s’agisse des sunnites d’Irak (ils ont commencé par appuyer le régime de Saddam Hussein lors de sa guerre contre l’Iran), des alaouites de Syrie (le secrétaire d’État américain Colin Powell avait fait en 2003 une proposition en ce sens à Bachar el-Assad), des chrétiens et autres au Liban, en vain. Maintenant, ils misent de nouveau sur les sunnites et ils voudraient les encourager à prendre ce chemin en utilisant tous les leviers disponibles.
Tous ces éléments poussent ces personnalités chiites à craindre que l’ensemble de leur communauté soit visée. De son côté, le Hezbollah reste convaincu que l’objectif ultime des Américains et des Israéliens, c’est de faire chuter le régime iranien pour priver la communauté chiite du seul État qui peut la « soutenir ». Malgré cela, des sources proches du Hezbollah démentent l’existence de telles intentions chez le parti qui cherche au contraire à consolider la paix interne, justement pour protéger sa communauté qui n’a d’autre choix que de se rapprocher des autres composantes. Reste à savoir si celles-ci sont prêtes à le croire.


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La guerre n’est pas une activité démocratique. Le Hezbollah est entré dans une guerre où it était indirectement visé et il a perdu lamentablement. Aujourd’hui il doit choisir entre une élimination physique complète et se muer en martyr entraînant le Liban dans la merde ou se redéfinir. Il n’y a pas de démocratie et de justice dans la guerre! Il y a vainqueurs et vaincus. Ils ont choisi la guerre et ont perdu. Même l’Iran les a abandonné. Ils doivent cesser de gesticuler.
14 h 53, le 25 juillet 2025