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Nos lecteurs ont la parole

Couper les ponts avec Damas... pour aller où ?

Une partie des druzes de Syrie – notamment ceux de Soueida – affirme vouloir couper les ponts avec Damas. Mais une question simple s’impose : couper les ponts, soit, mais pour aller où ? Avec qui les druzes de Soueida commercent-ils aujourd’hui ? Où vendent-ils leurs produits ? Les raisins, les pommes, les céréales et les produits laitiers du Jabal al-Drouze prennent la route de Damas, de Homs, d’Alep. Leurs marchés naturels sont en Syrie, pas ailleurs. Leurs échanges sont intérieurs. Leurs fournisseurs, tout comme leurs acheteurs, sont syriens. Il n’existe pas d’alternative logistique, économique ou douanière hors du giron national. Et leurs enfants ? Dans quelles universités étudient-ils ? À Damas, à Homs, à Lattaquié. Où travaillent-ils ? Dans les ministères syriens, les écoles publiques, les hôpitaux, les services techniques, les institutions de l’État syrien. Ils écrivent en arabe. Ils parlent l’arabe. Les diplômes qu’ils obtiennent sont délivrés par les structures officielles de Damas. Qui leur fournit l’électricité, l’eau, les télécommunications ? Là encore : tout dépend de l’État central. Et lorsqu’ils tombent malades ? Ils sont soignés dans les hôpitaux syriens, dirigés, financés et équipés par Damas. Alors, la question demeure entière : une fois les ponts coupés, vers quelle structure alternative se tourneraient-ils ?

Qui prendrait le relais ? À cette première série de questions, il faut en ajouter une autre, corollaire, essentielle : ceux qui rêvent d’un autre horizon, l’imaginent-ils du côté d’Israël ?

Est-ce que l’État hébreu est-il prêt à absorber des dizaines de milliers de druzes syriens ? L’histoire récente devrait suffire à refroidir les plus naïfs : Israël a-t-il été capable d’absorber la poignée de soldats de l’Armée du Liban-Sud (ALS), des hommes qui avaient combattu aux côtés de Tsahal pendant des années, et qui, en exil, furent traités comme des citoyens de cinquième catégorie ? Pendant des décennies, ces anciens alliés ont vécu oubliés, ignorés, regardés avec dédain, rejetés, traités comme des « Shabbat goyim », malgré leur loyauté à l’État qu’ils avaient choisi, qu’ils avaient servi jusqu’à en oublier leur honneur et leur patrie, et qui ne veut plus d’eux.

Et la société israélienne elle-même ? Est-elle prête, en 2025, à assimiler une population arabe druze, culturellement syrienne ? Profondément syrienne ? Quand tant d’Israéliens ne rêvent que de voir partir les chrétiens et les musulmans qu’ils ont déjà chez eux, comment imaginer qu’ils accueilleraient avec enthousiasme une masse nouvelle d’Arabes, même Ha-Druzim ?

L’idéologie dominante en Israël aujourd’hui ne cherche pas à diversifier, mais à homogénéiser. Elle aspire à un État juif, homogène, dont le ciment serait la Torah et non la pluralité. Ces questions ne sont pas hostiles mais urgentes. Elles doivent être posées, calmement mais fermement, à ceux qui veulent « rompre avec Damas ». Tant que les pontifes qui parrainent la rupture ne peuvent y répondre avec rigueur, leur discours restera ce qu’il est : un slogan vide de stratégie, nourri par le sang, la haine et la violence, mais non par une vision politique réaliste et réalisable. Il ne suffit pas de dire « assez ». Il faut aussi dire « où aller, avec qui, comment, sur quelles bases ? » La colère est une émotion, pas un projet. La haine ne crée pas une alternative viable. Là est le cœur du problème. Et c’est là que commence toute vraie réflexion politique. Et là, je voudrais rendre hommage à l’un des derniers grands hommes d’État libanais, M. Walid Joumblatt, qui a fait passer l’intérêt de sa communauté avant ses intérêts personnels. Il a choisi la voie difficile mais digne et honnête de la modération, refusant le populisme et la tentation facile d’attiser la colère des foules pour gagner en popularité. En un moment où tant de voix cherchent à enflammer les masses, Joumblatt a préféré parler avec mesure et lucidité. Il n’a pas besoin de clamer pour exister : il connaît sa place, et sa communauté le sait.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Une partie des druzes de Syrie – notamment ceux de Soueida – affirme vouloir couper les ponts avec Damas. Mais une question simple s’impose : couper les ponts, soit, mais pour aller où ? Avec qui les druzes de Soueida commercent-ils aujourd’hui ? Où vendent-ils leurs produits ? Les raisins, les pommes, les céréales et les produits laitiers du Jabal al-Drouze prennent la route de Damas, de Homs, d’Alep. Leurs marchés naturels sont en Syrie, pas ailleurs. Leurs échanges sont intérieurs. Leurs fournisseurs, tout comme leurs acheteurs, sont syriens. Il n’existe pas d’alternative logistique, économique ou douanière hors du giron national. Et leurs enfants ? Dans quelles universités étudient-ils ? À Damas, à Homs, à Lattaquié. Où travaillent-ils ? Dans les ministères syriens, les écoles publiques, les...
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