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Nos lecteurs ont la parole

Briser le tabou : pour une normalisation du recours au psychologue au Liban

Au Liban, consulter un psychologue reste un acte souvent entouré de silence, de gêne, voire de honte. Le regard social pèse lourd, et nombreux sont ceux qui, malgré une réelle souffrance ou un besoin d’accompagnement, n’osent franchir la porte d’un cabinet. Pourquoi ? Parce que dans l’imaginaire collectif libanais, aller voir un psychologue, c’est avouer une faiblesse. C’est s’exposer aux jugements, aux rumeurs, aux regards méfiants ou moqueurs.

Je parle ici en connaissance de cause. Ayant vécu entre le Liban et la France, je constate une différence culturelle frappante dans la perception de la santé mentale. En France, presque tous mes amis ont un(e) psychologue. Et surtout, ils en parlent. Sans gêne. Avec naturel. Ils disent des phrases comme : « Avec ma psy, on travaille sur ma gestion du stress », ou encore « Ma psy m’aide à mieux comprendre mes réactions ». Le psychologue est vu comme un allié du quotidien, un professionnel du bien-être. On ne cache pas une consultation, on la partage parfois même comme un acte de soin de soi. C’est normal. C’est intégré dans les normes sociales.

Mais au Liban, c’est tout le contraire. Lorsque j’y consultais une psychologue, je n’en parlais à personne. J’avais peur d’être perçu comme « fou », « fragile », « bizarre ». Et je sais aujourd’hui que je n’étais pas le seul. Beaucoup de mes amis, en creusant un peu, m’ont avoué avoir eux aussi consulté, mais en secret, dans la discrétion la plus totale. Pourquoi une telle différence ?

La réponse est culturelle mais aussi liée à une mauvaise compréhension du rôle du psychologue. Au Liban, on associe encore trop souvent la psychologie à la maladie mentale grave. On pense que consulter, c’est admettre qu’on a un problème « lourd ». On imagine le psychologue comme un devin ou un « réparateur de cerveaux », alors qu’il est avant tout un guide. Un professionnel de l’écoute, de l’accompagnement, de la compréhension des mécanismes psychiques. Il ne vient pas inventer des problèmes, mais aider à comprendre ce qui bloque, ce qui fait mal, ce qui empêche d’avancer.

Moi-même, en commençant mes études de psychologie, j’avais une vision erronée de ce domaine. J’imaginais des choses très éloignées de la réalité scientifique et humaine de cette discipline. Et je comprends aujourd’hui que beaucoup de Libanais sont dans le même cas : ils ne savent pas ce qu’est vraiment la psychologie. Ils ne comprennent pas que c’est aussi une science, qu’elle étudie le comportement humain, les émotions, les relations, le bien-être, la communication… pas juste les « maladies mentales ».

Il est donc urgent de repenser l’image du psychologue au Liban, de le redéfinir, dans son rôle, dans son expertise, dans sa place sociale. Et surtout, de normaliser le recours à ses services. Aller voir un psychologue, ce n’est pas un aveu de faiblesse. C’est un acte de responsabilité envers soi-même. Un pas vers une meilleure compréhension de son monde intérieur, un geste de soin, de respect de soi.

Il faut aussi sensibiliser les familles, les écoles, les entreprises : la santé mentale est aussi importante que la santé physique. Et elle ne doit plus être un sujet tabou. Le psychologue ne doit plus être vu comme une menace, mais comme une ressource précieuse dans nos parcours de vie.

Le Liban mérite mieux que cette stigmatisation silencieuse. Il mérite une jeunesse qui ose demander de l’aide. Des adultes qui n’ont pas honte d’être vulnérables. Une société qui valorise le soin psychique autant que le soin médical.

Changer les mentalités, c’est long. Mais cela commence par la parole. Par le partage. Par des témoignages. Alors parlons-en. Ensemble. Pour que demain, au Liban, dire « ma psy m’aide à y voir plus clair » ne soit plus un acte de courage, mais un geste banal, humain et profondément normal.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Au Liban, consulter un psychologue reste un acte souvent entouré de silence, de gêne, voire de honte. Le regard social pèse lourd, et nombreux sont ceux qui, malgré une réelle souffrance ou un besoin d’accompagnement, n’osent franchir la porte d’un cabinet. Pourquoi ? Parce que dans l’imaginaire collectif libanais, aller voir un psychologue, c’est avouer une faiblesse. C’est s’exposer aux jugements, aux rumeurs, aux regards méfiants ou moqueurs.Je parle ici en connaissance de cause. Ayant vécu entre le Liban et la France, je constate une différence culturelle frappante dans la perception de la santé mentale. En France, presque tous mes amis ont un(e) psychologue. Et surtout, ils en parlent. Sans gêne. Avec naturel. Ils disent des phrases comme : « Avec ma psy, on travaille sur ma gestion du...
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