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Politique - Décryptage

Hors de l’exécutif, le CPL se bat pour sa survie


Le Courant patriotique libre organise samedi un congrès municipal pour relancer l’action des municipalités sur des dossiers cruciaux comme celui de la réglementation de la présence des migrants syriens ainsi que la décentralisation poussée qu’il prône depuis des années. Mais au-delà de cette démarche, qui est la première initiative consacrée aux municipalités après les élections de mai, le CPL cherche à montrer son « efficacité », même (voire surtout) en dehors du pouvoir. Après les six ans du mandat de Michel Aoun puis les deux ans de vacance présidentielle, le parti cherche à se trouver une place sur l’échiquier politique, au moment où certains prédisent sa fin prochaine.

Ces prévisions n’inquiètent pas le CPL. Ses partisans, mais aussi ceux qui ont quitté le parti, se souviennent comment il est né après l’exil de son chef et fondateur Michel Aoun du Liban et comment, à cette époque, les forces de l’ordre les poursuivaient pendant des années. Certains accusent même le CPL d'avoir cherché l’isolement politique pour revivre l’élan de ses débuts. Le commandement du parti dément vouloir chercher l’exclusion, mais tient à dire qu’il ne la craint pas et qu’il sera en mesure de la transformer en un nouveau « tsunami populaire », selon l’expression utilisée par le leader druze Walid Joumblatt en 2005, après les législatives organisées cette année-là.

Toutefois, en 1990, si le chef du courant aouniste a été contraint à l’exil, c’est en toute connaissance de cause qu’il a agi, conscient du fait qu’en refusant l’accord de Taëf, parrainé par des puissances régionales et internationales, il se mettait le monde entier à dos et ne laissait à ses adversaires que le choix de le forcer à céder. Par contre, en 2025, la situation est quelque peu différente. Cette fois, selon d’anciens partisans du CPL, c’est un peu malgré lui que le parti s’est retrouvé tout seul contre l’élection du président Joseph Aoun. Son bloc est d'ailleurs le seul à ne pas avoir voté en faveur du chef de l'armée. Il a bien essayé de se rattraper depuis, mais les relations entre le chef de l’État et le CPL peinent à se rétablir. Le CPL a alors tenté de faire un pas en direction du pouvoir en nommant Nawaf Salam Premier ministre, mais, là aussi, il n’a pas réussi à prendre le train en marche.

Mais le CPL sait par expérience propre que le fonctionnement de l’État et de ses institutions au Liban repose sur un processus complexe, en dépit de l’appui politique local, régional et international, dont bénéficie le pouvoir en place. Il estime en avoir d’ailleurs largement payé le prix, lorsqu’il était aux commandes, pendant le mandat de Michel Aoun, sans avoir réellement les moyens de gouverner, en raison de la Constitution, des rapports de force politiques et des pressions internationales. Aujourd’hui donc, le CPL n’est pas mécontent de ne pas être impliqué dans le pouvoir et de n’avoir aucune responsabilité dans les décisions difficiles prises ou à prendre. D'autant plus dans le contexte régional difficile que nous traversons.

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Mais le risque dans cette attitude, c’est aussi de disparaître pratiquement du paysage politique, car si le pouvoir use, surtout au Liban, il n’en reste pas moins un instrument efficace de services à rendre à la population, surtout à la veille des élections législatives. Il faut en effet constater que les mandats changent au Liban, mais jusqu’à présent, le système reste le même, reposant sur le clientélisme. Face au paysage politique actuel, le CPL risque en n’étant présent qu’au Parlement et avec un bloc de 13 députés de n’avoir aucun poids dans les décisions importantes, ce qui pourrait augmenter encore sa mise à l’écart.

Pour éviter un tel scénario, le CPL cherche d’abord à se constituer un réseau d’alliances, en essayant par exemple de se rapprocher du chef de l’État. Pour éviter d’être affaibli, il cherche à occuper la scène, en lançant des initiatives, sachant qu’il affirme ne pas avoir de moyens ou de soutiens extérieurs. C’est ainsi que lors des séances parlementaires de débat général, le chef du parti et les députés membres se sont distingués d’abord par leur opposition claire au gouvernement, mais en même temps par leur cohérence, face à leurs nombreux collègues qui ont multiplié les critiques à l’égard du gouvernement pour finir par lui renouveler leur confiance. D’ailleurs, les députés du CPL ne ratent pas une occasion de critiquer les Forces libanaises qui d’une part participent au gouvernement avec des portefeuilles importants et d’autre part ne lui ménagent pas leurs critiques, allant même jusqu’à menacer de s’en retirer. Si, entre les deux formations chrétiennes, la guerre médiatique et politique n’a jamais cessé, le CPL ne veut plus être celui qui reçoit les coups, mais celui qui les donne. Il estime aussi avoir fait la différence dans les débats parlementaires, en réclamant des points cohérents qui ne s’inscrivent pas dans le cadre de la surenchère politique. De même, il contourne son absence du pouvoir exécutif en misant sur l’action municipale. C’est dans cet esprit qu’il organise samedi cet important congrès auquel tous les nouveaux conseils municipaux sont invités et dans lequel il sera question d’un sujet qui tient à cœur au CPL et qui prend aujourd’hui malheureusement une nouvelle dimension, celui des migrants syriens.

Cette initiative, qui sera suivie d’autres au cours des prochains mois, lui permettra-t-elle de conserver un nombre acceptable de députés dans les prochaines législatives ? L’enjeu est important, surtout que le CPL sait que s’il passe cette échéance avec succès, il sera assuré d’influer sur le cours des événements internes pour les années à venir. 

Le Courant patriotique libre organise samedi un congrès municipal pour relancer l’action des municipalités sur des dossiers cruciaux comme celui de la réglementation de la présence des migrants syriens ainsi que la décentralisation poussée qu’il prône depuis des années. Mais au-delà de cette démarche, qui est la première initiative consacrée aux municipalités après les élections de mai, le CPL cherche à montrer son « efficacité », même (voire surtout) en dehors du pouvoir. Après les six ans du mandat de Michel Aoun puis les deux ans de vacance présidentielle, le parti cherche à se trouver une place sur l’échiquier politique, au moment où certains prédisent sa fin prochaine.Ces prévisions n’inquiètent pas le CPL. Ses partisans, mais aussi ceux qui ont quitté le parti, se souviennent comment il est né...
commentaires (18)

On a beau critiquer le CPL et Mme Haddad, le CPL restera une force majeure avec une représentation au Parlement et une popularité qui supplantera celle des FL. Attendez voir les prochaines législatives!

Sami NAJJAR

19 h 35, le 21 juillet 2025

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Commentaires (18)

  • On a beau critiquer le CPL et Mme Haddad, le CPL restera une force majeure avec une représentation au Parlement et une popularité qui supplantera celle des FL. Attendez voir les prochaines législatives!

    Sami NAJJAR

    19 h 35, le 21 juillet 2025

  • Le CPL a été conçu sur les cendres de la souveraineté du pays avec de beaux slogans qui se sont avérés être des mots vidés de leur sens. Le CPL a été conçu sur des mensonges et des leurres trompant le peuple et se servant de sa fibre patriotique pour mieux le soumettre. Le Tsunami de 2005 n’était pas le fait du CPL seul, mais grâce a l'accord réalisé avec les FL, Kataeb et PNL pour assurer une majorité importante derrière UN leader Chrétien pour pouvoir s'imposer aux autres composantes du pays après les persécutions des années 90 a 2005, d'ou les 75%. Aoun a trahi, CPL c'est fini ...

    Pierre Christo Hadjigeorgiou

    10 h 02, le 21 juillet 2025

  • Où est donc mon commentaire? Pourquoi ne l’avez-vous pas publié? Il respecte bien votre charte de modération. Vous me devez des explications.

    Sami NAJJAR

    04 h 01, le 21 juillet 2025

  • Le parti politique le plus inutile du Liban

    Rize Lb

    08 h 14, le 20 juillet 2025

  • C’est un mouvement en voie de dissolution qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Mme Haddad se réfère à un passé glorieux au temps de l’occupation syrienne, c’est tout ce qu’elle peut faire.Pour l’immense majorité des Libanais le CPL ne représente que la corruption à grande échelle et les rapines en tout genre. Ses parlementaires élus dans des conditions discutables rivalisent de vulgarité, de démagogie et de populisme. On ne sait comment ce courant pourrait survivre quand l’heure de rendre des comptes sonnera… Soyons indulgents avec Mme Haddad car après tout il faut bien gagner sa croûte.

    Prinzatour

    18 h 26, le 19 juillet 2025

  • Cet espace est une Agora, alors, où est passé mon commentaire ? Merci de le publier.

    Avette

    17 h 33, le 19 juillet 2025

  • Le CPL ne peut gagner en popularité en se rapprochant de Joseph Aoun, d’autant plus que dernier à déjà commencé à décevoir une bonne partie de Libanais et à exaspérer également l’Occident qui largement contribué à son accession à la présidence.

    Hitti arlette

    12 h 43, le 19 juillet 2025

  • Avant de disparaître des radars, il faudra bien qu'il se prête à l'Ordalie d'un mega-audit sur les dizaines de milliards avalés par les combines Électricité, barrages et autres dilapidations. Ni oubli ni pardon.

    Avette

    12 h 13, le 19 juillet 2025

  • Une cure d'opposition ne peut faire que le plus grand bien au CPL.

    Michel Trad

    10 h 50, le 19 juillet 2025

  • Le CPL est/était une force majeure. Il a déçu lorsqu'il a pris le pouvoir. Le tsunami et réformes promis ne s'est pas produit. Michel Aoun aurait dû démissionner, en dévoilant les raisons de son échec. Il n"e l'a pas fait. Erreur capitale.

    Raed Habib

    10 h 03, le 19 juillet 2025

  • Il pleure dans son coeur Comme il pleut sur michel !

    L’acidulé

    09 h 28, le 19 juillet 2025

  • Tâche impossible pour Bassil. Le titre de l’article est éloquent…et juste. Michel Aoun prônait la souveraineté, d’où sa popularité. Mais il l’a vendue au hezbollah à mar mikhael, par goût excessif du Pouvoir uniquement, car autrement on ne voit pas pourquoi il a retourné sa veste. Alors s’inventer un nouveau slogan maintenant qu’il n’a plus rien et qu’il ne peut plus rien, est voué à l’échec. Les beaux jours sont partis et ne reviendront pas comme chantait l’autre. Une phase noire de l’histoire de notre pays est close.

    Goraieb Nada

    08 h 58, le 19 juillet 2025

  • Le clientélisme au Liban prime tout. Pour cela il faut soit avoir l oreille du président soit de grands moyens financiers or le bambino n en a aucun. De surcroît que peut il offrir à sa base que les fl. E peuvent offrir d une position de force? Rien. => bambino doit retourner chez la maman

    Zampano

    08 h 49, le 19 juillet 2025

  • Deuxième sujet favori de Madame Haddad : encenser le CPL et critiquer les FL. Nouvelle confirmation de l’adage : la critique est facile, l’art est difficile.

    Lecteur excédé par la censure

    08 h 04, le 19 juillet 2025

  • Surpris qu'il existe toujours ce parti et plus que quelqu'un s'en fout.

    Ma Realite

    07 h 46, le 19 juillet 2025

  • Le CPL , Du moins, ce qu,il en reste…mérite TOUT ce qu’il lui arrive

    LE FRANCOPHONE

    03 h 10, le 19 juillet 2025

  • "… le CPL se bat pour sa survie …" - c’est quoi le "CPL”?

    Gros Gnon

    02 h 49, le 19 juillet 2025

  • R I P.

    Tartanpion

    00 h 58, le 19 juillet 2025

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