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En Syrie, la ville sinistrée de Soueida compte ses morts


A Soueida, les habitants découvrent hébétés jeudi des corps jonchant les rues, des magasins pillés et des maisons brûlées, après le retrait des troupes gouvernementales et groupes alliés de cette ville à majorité druze du sud de la Syrie, théâtre de violences meurtrières.

"C'est comme si la ville sortait d'une catastrophe naturelle ou d'une inondation", raconte à l'AFP Hanadi Obeid, un médecin de 39 ans qui tente de parvenir à l'hôpital où elle travaille.

"J'ai vu trois cadavres dans la rue, dont celui d'une femme âgée. Il y a des voitures brûlées partout, d'autres renversées, j'ai vu un char incendié", ajoute-t-elle.

Selon cette mère d'une fillette, une odeur nauséabonde s'élève des rues encore désertes, à l'exception des chiens errants. Des combattants locaux ratissent les rues qui n'ont pas encore été ouvertes à la circulation.

Les violences ont fait plus de 370 morts depuis dimanche, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme.

Dans le centre de la ville, où des combats de rue ont eu lieu, un photographe de l'AFP a compté 15 corps gisant dans la rue, sans pouvoir préciser s'il s'agissait de combattants ou de civils.

Certains des corps étaient boursouflés, semblant indiquer qu'ils ont été tués depuis plusieurs jours. 

Les forces gouvernementales s'étaient déployées mardi à Soueida dans l'objectif affiché de calmer les affrontements qui avaient éclaté dimanche entre combattants druzes et tribus bédouines locales. La ville était jusque-là aux mains des combattants druzes. 

Les troupes gouvernementales et groupes alliés, dont les tribus bédouines, que des tensions opposent depuis des dizaines d'années aux druzes, ont été accusés par des ONG, des témoins et des groupes druzes de nombreuses exactions, dont des exécutions sommaires. 

Jeudi, le président par intérim Ahmad al-Chareh a retiré ses troupes de Soueida et transféré aux druzes le maintien de la sécurité, disant vouloir éviter "une guerre ouverte" avec Israël, qui avait bombardé des sites du pouvoir et menacé d'intensifier ses frappes s'il ne quittait pas cette région du sud de la Syrie voisine.


- Chaos -


Devant l'hôpital principal de la ville, qui ne fonctionne plus, c'est le chaos, a rapporté le photographe. Des dizaines de corps y ont été transportés jeudi, après avoir été rassemblés dans des maisons et dans les rues.

Des familles cherchent leurs proches, dans un climat de colère et de peur.

Selon Rayan Maarouf, rédacteur en chef du site local Suwayda 24, 150 corps ont été comptabilisés à l'hôpital qui n'a plus la capacité d'accueillir des cadavres.

Selon une vidéo postée mercredi sur les réseaux sociaux, on peut voir les corps entassés dans la morgue, et des blessés alignés dans les couloirs, certains par terre, et des membres du corps médical impuissants.

"Les appareils de dialyse sont hors service, et les patients ne reçoivent pas de traitement", affirme Rayan Maarouf à l'AFP. "Il y a une catastrophe humanitaire à Soueida".

Dans la ville de quelque 150.000 âmes, qui d'habitude grouillait de vie, la plupart des magasins sont fermés, et les connexions internet et l'électricité sont coupées.

Plusieurs commerces ont été pillés. Une femme inspecte son magasin qui a été brûlé, alors que le sol est jonché d'éclats de verre, selon le photographe de l'AFP.

Aux abords de Soueida, un autre correspondant de l'AFP a vu des membres de tribus bédouines quitter la région après avoir démantelé leurs tentes et se diriger vers la région proche de Deraa, de crainte d'actes de vengeance.

"Nous voulons partir avec nos enfants et sauver nos vies (...)", dit une femme de 58 ans, Wadha al-Awad. "C'est notre sort. Nous avons peur et nous voulons juste être tranquilles".

La communauté druze de Syrie était, avant la guerre civile, forte de quelque 700.000 personnes, présente principalement à Soueida. Cette minorité ésotérique issue d'une branche de l'islam est aussi implantée au Liban et en Israël.


str-mam-lar/at/feb

© Agence France-Presse

A Soueida, les habitants découvrent hébétés jeudi des corps jonchant les rues, des magasins pillés et des maisons brûlées, après le retrait des troupes gouvernementales et groupes alliés de cette ville à majorité druze du sud de la Syrie, théâtre de violences meurtrières."C'est comme si la ville sortait d'une catastrophe naturelle ou d'une inondation", raconte à l'AFP Hanadi Obeid, un médecin de 39 ans qui tente de parvenir à l'hôpital où elle travaille."J'ai vu trois cadavres dans la rue, dont celui d'une femme âgée. Il y a des voitures brûlées partout, d'autres renversées, j'ai vu un char incendié", ajoute-t-elle.Selon cette mère d'une fillette, une odeur nauséabonde s'élève des rues encore désertes, à l'exception des chiens errants. Des...