A Soueida, ville à majorité druze du sud de la Syrie, les habitants disent vivre dans la terreur depuis que les forces gouvernementales s'y sont déployées, perquisitionnant les maisons et se livrant selon des témoins et des ONG à des exécutions sommaires.
"Je suis au cœur de la ville de Soueida", dit au téléphone à l'AFP Oussama, un jeune homme de 32 ans, qui ne veut pas donner son nom de famille.(..) S'ils arrivent ici, je suis mort".
"Des exécutions sommaires ont lieu dans les rues", assure-t-il. "J'ai beaucoup d'amis qui ont été tués, dont un médecin qui se rendait à l'hôpital", ajoute le jeune homme en pleurant. "J'ai peur qu'il y ait des massacres semblables à ceux du littoral".
Début mars, des centaines de civils de la minorité alaouite avaient été massacrés sur le littoral après des attaques contre les forces de sécurité. Ces dernières ainsi que des groupes armés alliés ou des jihadistes étrangers ont été mis en cause.
Mounzer, un secouriste, dit pour sa part être bloqué chez lui, sans pouvoir répondre aux dizaines d'appels à l'aide qu'il reçoit.
"Des familles entières sont décimées. Je connais une famille de quatre personnes qui ont été tuées à l'intérieur de leur maison", affirme-t-il au téléphone à l'AFP.
"Les bombardements n'ont pas cessé toute la nuit", ajoute cet homme de 43 ans, qui tait lui aussi son nom de famille.
"Nous n'avons plus rien à manger au frigo, juste quelques biscuits secs et des fruits et légumes périmés car l'électricité est coupée depuis 48 heures. J'ai quatre enfants mais je ne sais pas comment les protéger", dit-il.
Mais pour ce secouriste, le plus dur est de ne pas pouvoir accomplir son devoir.
- Situation "catastrophique" -
"J'ai reçu plus de cinquante appels à l'aide", ajoute-t-il, racontant qu'il s'inquiète surtout pour "la situation catastrophique" dans le principal hôpital de la ville où il travaille d'habitude.
Dans la ville, un correspondant de l'AFP a vu des combattants portant l'uniforme du ministère de la Défense, certains masqués, lançant des obus en clamant "Allah Akbar" (Dieu est le plus grand) à chaque coup de canon.
A leurs côtés, les corps de deux combattants druzes gisaient sur le sol, jonché de douilles vides.
D'autres combattants effectuaient des perquisitions, allant d'une maison à l'autre, selon lui.
La ville, qui compte quelque 150.000 habitants, est déserte et les magasins fermés.
Un autre correspondant de l'AFP a vu mercredi matin une trentaine de corps gisant au sol, dont ceux de membres des forces gouvernementales mais aussi de combattants en civil.
Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), 300 personnes ont été tuées depuis le début des affrontements dimanche entre combattants druzes et tribus bédouines, qui ont provoqué l'intervention des forces gouvernementales aux côtés de ces dernières.
La plupart des morts sont des combattants de deux bords mais l'OSDH dénombre 40 civils druzes, dont "27 exécutés sommairement" par des membres des forces gouvernementales.
La présidence syrienne a condamné dans un communiqué mercredi ces "actes honteux" et s'est engagée à en punir les auteurs.
Mais une commission d'enquête formée après les massacres du littoral, et qui devait rendre ses conclusions début juillet, n'a jamais abouti.
Les autorités ont annoncé un nouveau cessez-le-feu mercredi après-midi.
mam-at/feb
© Agence France-Presse


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