Le Premier ministre Nawaf Salam et le ministre de l’Agriculture Nizar Hani lors de la conférence organisée mercredi au Grand Sérail. Photo publiée sur le compte X de la présidence du Conseil des ministres.
Le Premier ministre Nawaf Salam a déclaré que son gouvernement considère la culture du cannabis à usage médical comme une filière « prometteuse » pouvant devenir le noyau d’un nouveau secteur économique, à condition d’être rigoureusement réglementée et organisée. Il s’exprimait mercredi lors d’une conférence au Grand Sérail consacrée à ce sujet, en présence de plusieurs ministres concernés, dont celui de l’Intérieur, Ahmad Hajjar, de la Justice, Adel Nassar, de l’Industrie, Joe Issa-Khoury, et de l’Agriculture, Nizar Hani.
Une « responsabilité nationale »
« Le gouvernement considère la culture du cannabis, sous ses formes médicale et industrielle, comme un secteur prometteur, désormais reconnu dans un nombre croissant de pays comme un moteur de développement économique, de création d’emplois et de revitalisation des zones rurales marginalisées, le tout dans un cadre juridique et réglementaire strict », a déclaré le chef du gouvernement, après avoir précisé que « l’agriculture occupe une place centrale dans la vision » de l’exécutif pour relancer l’économie du pays, « après avoir été marginalisée durant des années ».
« Il ne s’agit donc pas seulement de cultiver une plante, mais de bâtir un secteur économique moderne aux retombées multiples », a-t-il poursuivi, relevant que la culture du cannabis thérapeutique est reconnue dans un nombre croissant de pays comme un moteur de développement économique, de création d’emplois et de revitalisation des zones rurales marginalisées.
Le ministre de l'Agriculture Nizar Hani a abondé dans le sens du chef du gouvernement lors de son intervention. « Le lancement du processus de légalisation de la culture du cannabis à des fins médicales et industrielles n’est pas un simple choix technique, mais une grande responsabilité nationale. Nous sommes conscients de sa sensibilité, mais aussi de son potentiel prometteur, à condition d’une gestion rigoureuse fondée sur la gouvernance, la science, la réglementation et la transparence », a-t-il assuré.
Le Liban est réputé de manière informelle à l'étranger pour cultiver un cannabis récréatif de qualité. La culture du cannabis thérapeutique se distingue de celle à usage récréatif par un certain nombre de standards — variétés sélectionnées selon leur teneur en CBD (cannabidiol) et faible en THC (substance psychoactive), traçabilité, utilisation limitée de pesticides.
C’est au cours de la première année de la crise qui a éclaté fin 2019 que le Parlement libanais a voté une loi (n°178/2020) légalisant la culture de ce type de cannabis à des fins médicales et industrielles, malgré l’opposition des députés du Hezbollah, la base du parti chiite étant très implantée dans les zones de la Békaa où se situent l’essentiel des champs de cannabis du pays. L’idée de voter cette loi pour tirer profit du commerce de cette culture avait été suggérée par le cabinet de conseil international McKinsey & Co, engagé par le Liban en 2018 pour proposer une série de pistes visant à diversifier l’économie libanaise. Dans son rapport publié en 2019, le cabinet avait estimé que la filière pourrait rapporter jusqu’à un milliard de dollars de recettes par an à l’État.
Depuis le vote de cette loi, le processus a été, comme souvent, mis à l’arrêt par un blocage des nominations de l’autorité de régulation qu’elle a créée et à laquelle la loi confie une large palette de compétences, allant de la gestion des licences d’exploitation à la supervision de la fabrication des produits — définition des taux de CBD et de THC, mise en place du système permettant le traçage des semences, etc. Mais la semaine dernière, le ministre de l’Agriculture a annoncé que la liste des candidats avait été finalisée, et pendant la conférence, Nawaf Salam a assuré que « deux des sept membres avaient été choisis selon les procédures en vigueur ». L’exécutif devra encore « adopter les décrets d’application nécessaires » et mettre en place un système de contrôle rigoureux, a poursuivi le chef du gouvernement.
Au niveau des ambitions affichées, Nawaf Salam a indiqué que le gouvernement table sur les revenus potentiels générée par « une chaîne de valeur complète intégrant agriculture, industrie pharmaceutique et alimentaire, et biotechnologies », offrir des perspectives de développement à des « milliers de familles de la Békaa dans un circuit légal et productif » et enfin faire du pays un « pôle régional dans la fabrication de médicaments à base de cannabis ». « Ce que nous lançons aujourd’hui n’est pas une nouvelle culture agricole parmi d’autres, mais un secteur de production intégré, allant des champs aux usines, incluant des industries pharmaceutiques, des applications cosmétiques, ainsi que des usages dans la construction, l’agroalimentaire et l’agriculture, reposant sur les fibres naturelles, les huiles et des composés organiques de haute qualité. Il s’agit d’un secteur d’investissement émergent à l’échelle mondiale, dans lequel le Liban peut réellement se distinguer », a renchéri le ministre de l'Agriculture.



C'est quand meme mieux que fumer la moquette.
10 h 43, le 17 juillet 2025