Je vide des cartons. Je fais le tri entre ce que je veux garder et ce que je jette.
Tout ce qui reste de nos vies, ce sont des classeurs, des morceaux de journaux jaunis, des centaines de livres et de vieux papiers.
Des papiers que j’ai écrits, moi. De moi-même à moi-même.
Je réalise que je lis et j’écris depuis très longtemps, depuis toujours.
Des notes, des réflexions, des idées de livres, des plans, des bouts de poèmes, des phrases jetées comme ça, sur une feuille de papier, il y a si longtemps, sans trop savoir pourquoi.
Et quand je relis cette pile de papiers, c’est toute ma vie d’avant qui défile.
Ma vie qui se raconte.
Je regarde les dates, j’essaie de me souvenir à quoi ça correspond. Je me rappelle l’âge que j’avais, ce que je faisais alors.
Ce que j’ai lu, vu, pensé, aimé, détesté, ressenti, rêvé, imaginé.
Aujourd’hui, ce bureau n’est plus mon bureau.
Je le vide. Je tourne la page.
Je ne vis plus ici. Je ne travaille plus ici.
L’homme que je suis ne se reconnaît plus tout à fait en celui qui a été.
Une vie est finie.
Une autre a pris le relais.
Finalement, voilà ce qui reste de nos vies passées : la santé et le courage de se réinventer, pour continuer à vivre dans le temps qui reste.
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