Des ouvriers agricoles dans un champ du Liban-Nord. Photo João Sousa/L'Orient-Le Jour
Le ministre libanais de l’Agriculture, Nizar Hani, a déclaré vendredi à Rome que « la sécurité alimentaire n’est plus un luxe politique ou de développement, mais une priorité existentielle imposée par les crises multiples qui touchent l’humanité ».
Lors de son intervention à la 44e Conférence de la FAO, l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture, M. Hani a mis en garde contre les défis croissants du secteur agricole libanais, aggravés par la crise politique et financière, ainsi que les destructions causées par les attaques contre le Liban, qui ont privé des milliers d’agriculteurs de l’accès à leurs terres et ruiné les moyens de subsistance en zones rurales.
Avec la prise de fonctions de M. Hani en février dernier, le ministère avait déclaré un état d’urgence agricole pour stopper la détérioration du secteur et engager une transformation vers un modèle moderne et durable, reposant sur la technologie, la gouvernance et les partenariats. Le plan présenté prévoit de moderniser la législation pour lutter contre la déforestation illégale et les incendies, de rédiger une nouvelle loi sur la pêche pour protéger les ressources et les pêcheurs, de renforcer les coopératives agricoles et d’investir dans la recherche scientifique pour faire face au changement climatique et aux ravageurs transfrontaliers. Il comprend aussi le développement de systèmes d’irrigation intelligents, de réservoirs d’eau, d’infrastructures en énergies renouvelables, et une réforme institutionnelle incluant la numérisation et la création d’une autorité de régulation de la culture du cannabis.
Le ministre a également insisté sur le soutien « aux cultures à haute valeur ajoutée et résilientes au climat, liées à des normes de qualité et à une meilleure promotion sur les marchés locaux et internationaux. » Il a encore dit souhaiter réactiver les comités commerciaux conjoints avec les pays arabes et a défendu l’approche intégrée « One Health » (Une seule santé) pour coordonner les politiques de santé publique et environnementale. M. Hani a rappelé avoir lancé un registre numérique des agriculteurs destiné à faciliter l’accès aux services, financements, conseils et marchés.
Au Liban, le ministère a lancé une campagne nationale intitulée « L’agriculture, c’est le pouls de la Terre », visant à faire de l’agriculture un moteur de souveraineté et de développement, garantissant la sécurité alimentaire et la résilience rurale.
M. Hani a enfin exposé huit priorités pour le secteur agricole au Liban : considérer l’agriculture comme un secteur économique stratégique, garantir l’accès aux marchés et promouvoir les produits libanais, améliorer les infrastructures et systèmes de production, élargir les financements et les outils de gestion des risques, promouvoir des pratiques agricoles durables, développer les compétences humaines et la recherche, renforcer la gouvernance et la transparence institutionnelle, et créer des systèmes d’information agricole fiables pour orienter les politiques. Il a précisé que ces priorités sont alignées sur le cadre stratégique 2022–2031 de la FAO et les recommandations régionales pour le climat, l’innovation et la gestion des ressources naturelles.
Le Liban, frappé par une grave crise socio-économique depuis 2019, fait aussi face cette année à une saison de sécheresse qui menace l’agriculture.



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