Une vue de la salle des pas perdus du Palais de justice de Beyrouth. Photo C.A.
De vives réactions continuent de fuser après les assignations à comparaître le 30 juin et le 1er juillet, formulées, vendredi, au téléphone, par la police criminelle, à la directrice de rédaction et au rédacteur en chef de l’hebdomadaire électronique, al-Hourra, Carine Abdelnour et Béchara Charbel. Le président du syndicat des rédacteurs, Joseph Kosseifi, et les Forces libanaises (FL) notamment, ont fustigé la démarche du service sécuritaire, soulignant que la compétence des affaires liées au travail des journalistes relève du tribunal des imprimés.
M. Kosseifi avait publié un communiqué dans lequel il exprime sa « solidarité » avec sa consœur et son confrère. « Au nom du conseil de l’ordre des rédacteurs et en mon nom propre, je réitère l’appel à tous les journalistes et professionnels des médias à se référer aux articles 28 et 29 de la loi sur les imprimés, et à ne comparaître que devant le tribunal des imprimés, seul habilité à statuer sur toute affaire liée à l’exercice de la profession. »
L’article 29 invoqué par M. Kossaifi dispose que « si une affaire liée à un journaliste nécessite une enquête, le juge d’instruction doit la mener, et transmettre le dossier au tribunal (des imprimés) dans un délai de 5 jours ». L’article 28 interdit l’arrestation préventive dans les affaires liées aux crimes de presse.
Les FL ont publié, de leur côté, un communiqué dans lequel elles expriment leur « profond regret » concernant ces convocations qu’elles jugent « inacceptables sur la forme comme sur le fond », affirmant qu’il s’agit d’« une violation de la Constitution, de la loi sur l’information et de la liberté d’expression». Le parti de Samir Geagea dénonce une « mesure d’une époque révolue » et demande la transmission immédiate du dossier au tribunal des imprimés.
Ni motifs ni identité du plaignant
Selon nos informations, les deux journalistes ont été contactés pour se présenter au parquet de cassation, sans que ne leur soient révélés les motifs de leurs convocations ni l’identité du plaignant.
Un agent de la police a appelé vendredi Béchara Charbel pour comparaître mardi 1er juillet. Il a décliné, se trouvant hors du Liban. L’agent l’a alors informé qu’une nouvelle date lui sera fixée ultérieurement. À l’heure de mettre sous presse, il n’a reçu aucun nouvel appel du service sécuritaire.
Carine Abdelnour a été également contactée par la police qui lui a demandé de se présenter le lundi 30 juin. La journaliste s’est fait représenter par son avocat, Jad Tohmé, qui a soumis au procureur général près la Cour de cassation, Jamal Hajjar, un mémoire dans lequel il invoque la compétence légale du tribunal des imprimés.
Joint par L’OLJ, Me Tohmé indique qu’il a été informé qu'il s’agit d’un recours en rapport avec un article publié dans al-Hourra vendredi, relatif aux nominations judiciaires, et pour lequel l'avocat général près la cour d'appel de Beyrouth, Zaher Hamadé, mentionné dans l'article, a demandé une enquête.
Cet article (non signé) indique que Zaher Hamadé « a refusé une médiation qui lui avait été proposée afin de faciliter sa nomination au poste de procureur financier, en vertu de laquelle il s‘engagerait à ne pas atermoyer et à ne pas être sélectif dans les dossiers de corruption qu’il traite ». L’article souligne, par ailleurs, que le juge Hamadé « insiste sur le fait qu’il n’a commis aucune faute dans l’affaire Hannibal Kadhafi (fils de l’ancien président libyen Mouammar Kadhafi) et se dit prêt à faciliter sa résolution », alors que selon l’article, « de nombreux défenseurs des droits humains qualifient Hannibal Kadhafi de détenu arbitraire et le considèrent comme un otage, d’autant qu’il a été établi qu’il n’a aucun lien avec la disparition de l’imam Moussa al-Sadr ».
Zaher Hamadé est à l’origine du bras de fer entre le ministre de la Justice, Adel Nassar, et le chef du Parlement, Nabih Berry, qui, sans vouloir présenter, à ce jour, une alternative, insiste pour qu’il soit nommé à la tête du parquet financier. Or ce magistrat suscite la controverse. D’aucuns considèrent qu’il gère le dossier de la détention de Hannibal Kadhafi, d’une manière conforme à la volonté de M. Berry : il avait ordonné son arrestation en 2015, l’accusant de cacher des informations sur la disparition de l’ancien président du Conseil supérieur chiite l’imam Moussa Sadr, disparu au cours d’une visite en Libye le 31 août 1978, alors que le fils de l’ancien dirigeant libyen était âgé de moins de deux ans à l’époque des faits. Un autre point est celui souvent soulevé par des proches de victimes de la double explosion au port des Beyrouth (4 août 2020) à savoir qu’il avait ordonné l’incarcération pendant 24 heures, en janvier 2023, de William Noun, frère d'une victime, pour avoir jeté des pierres sur des vitres du Palais de justice de Beyrouth.
« Comparaître serait violer la loi »
Contactée par L’OLJ, Carine Abdelnour indique qu’une nouvelle audience est prévue jeudi, à 10h30, devant l’avocate générale près la Cour de cassation, Myrna Kallas, affirmant qu’elle ne comparaîtra pas, « au nom du respect des articles 28 et 29 de la loi sur les imprimés et des recommandations du président du syndicat des rédacteurs ».
À l’opposé, un haut magistrat haut placé affirme à L’OLJ que le parquet se considère compétent parce qu’il détient « l’autorité de poursuite ». « Comment un dossier pourrait-il parvenir à un juge d’instruction si le parquet n’engage pas de poursuites ? » se demande-t-il, affirmant qu’en tout état de cause, depuis de nombreuses années, des affaires liées aux imprimés sont soumises au parquet, qui les classe le plus souvent sans suite.
Que ferait le parquet si Carine Abdelnour ne comparaît pas ? Joint par notre journal, Me Tohmé affirme qu’il a deux options légales : soit transmettre le dossier au juge d’instruction ou au tribunal des imprimés, soit le classer sans suite. « En aucun cas, il ne peut émettre un mandat de recherche », martèle-t-il, dénonçant la menace d’un tel mandat adressée vendredi par l’agent sécuritaire à Mme Abdelnour. « Le cas échéant, nous saisirons les instances internationales, d’autant que le Liban a signé des conventions sur la liberté d’expression et les droits de l’homme, ainsi que la convention des Nations unies sur la lutte contre la corruption », avertit l’avocat. Il précise, dans ce cadre, que l’article de presse est lié aux nominations judiciaires et vise à sensibiliser sur les risques de la corruption en cas de choix inappropriés.



Et que les juges corrompus soient dessaisis des dossiers et demis de leur fonction POINT. Qu’on arrête de prendre les citoyens pour des bœufs en leur vendant de bonnes paroles pendant que les accent prouvent le contraire.
14 h 46, le 02 juillet 2025