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Politique - Décryptage

Le message caché de Walid Joumblatt... vu par le Hezbollah



Le leader druze Walid Joumblatt a surpris tout le monde en annonçant que son Parti socialiste progressiste a remis ses armes à l’armée libanaise. Alors qu’aucune partie ne lui demandait de prendre la moindre initiative à ce sujet, cette déclaration a secoué les milieux politiques et les interprétations de la démarche de Joumblatt se sont multipliées. En cette période particulièrement délicate, où la question du monopole des armes par l’État prend le devant sur toutes les autres considérations, il était normal que l’on considère que la démarche de M. Joumblatt s’adresse principalement au Hezbollah. D’autant plus que la dernière fois où les armes du PSP ont été utilisées dans un combat, c’était le 7 mai 2008, dans la Montagne, contre justement les combattants du Hezbollah qui avaient voulu réaliser un coup de force.


Pour de nombreuses parties libanaises, le leader druze aurait donc voulu, d’une certaine façon, montrer au Hezbollah la voie à suivre et lui donner l’exemple. Certains ont même été jusqu’à dire qu’à travers son action et sa déclaration, M. Joumblatt s’est clairement inscrit dans le camp qui réclame la remise à l’État des armes du Hezbollah et a désormais pris ses distances avec cette formation qu’il ménageait depuis le 7-Octobre.


Toutefois, le Hezbollah a, lui, une autre lecture. Un de ses responsables confie ainsi que le Hezbollah connaît parfaitement la propension du leader druze Walid Joumblatt à modifier ses positions, selon ce que « captent ses antennes ». On se souvient d’ailleurs que l’ancien secrétaire général de la formation chiite Hassan Nasrallah avait évoqué ce point dans un de ses discours, dans lequel il avait invité le leader druze à régler ses antennes. Mais là, il ne s’agit pas, selon le responsable du Hezbollah, d’une volte-face en fonction de l’évolution de la situation, mais plutôt de l’expression du climat de peur dans lequel vit actuellement le leader druze. Ce climat serait essentiellement causé par les développements dans la région et en particulier ceux qui touchent la communauté druze, partagée entre trois États aux relations déjà complexes, le Liban, la Syrie et Israël. Walid Joumblatt se sent ainsi directement concerné par tout ce qui touche la communauté druze, et celle-ci est actuellement tiraillée entre plusieurs courants : l’un dirigé par le chef des druzes d’Israël, cheikh Mouaffaq Tarif, le deuxième mené par le chef des druzes de Syrie, cheikh Hekmat el-Hajri, et le troisième concerne la communauté druze au Liban. Après l’arrivée du nouveau pouvoir en Syrie et les conflits entre les nouvelles autorités et la communauté druze de Syrie, celle-ci a commencé à se sentir tentée par une éventuelle aide de la part des druzes d’Israël, ainsi que par des projets de partition, englobant la création d’une entité druze autonome, alliée à Israël. Ces projets ont en effet commencé à circuler en douce. D’ailleurs, des parties israéliennes ont commencé à parler ouvertement dans les médias de leur volonté de protéger les minorités dans la région, en particulier en Syrie... et au Liban. Toutes ces possibilités inquiètent Walid Joumblatt, surtout en cette période sensible où le tableau global reste confus et où tous les scénarios peuvent devenir plausibles.


Pour le responsable du Hezbollah, M. Joumblatt – dont l’héritage familial s’est toujours opposé à la création d’entités confessionnelles – a donc voulu, en prenant l’initiative de contacter le chef de l’État pour lui demander de prendre le contrôle des dépôts d’armes du PSP, s’inscrire dans la continuité et se placer lui et le parti ainsi que la plus grande partie de la communauté, sous le plafond de la légalité et de l’État. Il requiert aussi d’une certaine manière leur protection, face aux projets d’effritement et de discorde. Bien entendu, le Hezbollah est conscient que le message s’adresse aussi à lui, mais selon ses estimations, la priorité de Walid Joumblatt dépasse le Liban et elle porte sur l’ensemble de la région. D’ailleurs, ses deux visites à Damas pour rencontrer la nouvelle équipe au pouvoir indiquaient déjà le chemin qu’il voulait prendre, pour lui et pour la communauté en général, ainsi que pour les peuples de la région. Le chemin qu’il a choisi est celui de l’intégration au sein de l’État pour faire face aux campagnes, menées par ses rivaux au sein de la communauté, pour pousser les druzes à se détacher de l’État et à accepter du même coup la protection d’Israël.


Le responsable du Hezbollah estime aussi qu’en se plaçant, avec les armes de son parti, sous la houlette de l’État et de l’armée libanaise, M. Joumblatt a voulu adresser un message à toutes les composantes libanaises pour empêcher toute possibilité de discorde interne. Le Liban ne peut pas se permettre aujourd’hui ce genre de situation et le message s’adresse aussi à tous ceux qui seraient tentés de provoquer des troubles en profitant de ce qu’ils croient être « l’affaiblissement du Hezbollah », selon les termes du responsable précité.


De toute façon, toujours selon ce responsable, dans le cadre du dialogue avec les autorités libanaises, il n’est question pour l’instant que du sort des missiles sophistiqués de longue portée, non des armes légères, telles que celles remises par Walid Joumblatt à l’État libanais. Le PSP avait en effet déjà abandonné ses armes lourdes lors de la dissolution des milices au début des années 90, après l’adoption de l’accord de Taëf. Mais le Hezbollah avait alors été exclu du processus parce qu’il était considéré comme une résistance contre l’occupation israélienne...

Le leader druze Walid Joumblatt a surpris tout le monde en annonçant que son Parti socialiste progressiste a remis ses armes à l’armée libanaise. Alors qu’aucune partie ne lui demandait de prendre la moindre initiative à ce sujet, cette déclaration a secoué les milieux politiques et les interprétations de la démarche de Joumblatt se sont multipliées. En cette période particulièrement délicate, où la question du monopole des armes par l’État prend le devant sur toutes les autres considérations, il était normal que l’on considère que la démarche de M. Joumblatt s’adresse principalement au Hezbollah. D’autant plus que la dernière fois où les armes du PSP ont été utilisées dans un combat, c’était le 7 mai 2008, dans la Montagne, contre justement les combattants du Hezbollah qui avaient voulu réaliser un...
commentaires (2)

Sur la forme, Votre article aurait eu le même impact s il était condensé sur trois lignes. Sur le fond, passons.

Farandole

02 h 31, le 02 juillet 2025

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Commentaires (2)

  • Sur la forme, Votre article aurait eu le même impact s il était condensé sur trois lignes. Sur le fond, passons.

    Farandole

    02 h 31, le 02 juillet 2025

  • Joumblatt ménage le chou et la chèvre, comme d’habitude, de façon à ce que tout le monde interprète sa politique comme il veut. Il dit la chose et le lendemain son contraire. Et si le hezbollah lui trouve des excuses eh bien tant mieux pour les deux, et le tour est joué !

    Goraieb Nada

    07 h 16, le 01 juillet 2025

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