A Rehovot, petite ville cossue au sud de Tel-Aviv, une foule silencieuse afflue, au milieu des drapeaux bleu et blanc israéliens, à l'enterrement de Ronel Ben-Moché. Il est mort à 20 ans mardi avec six autres soldats dans le sud de la bande de Gaza.
Quand son cercueil arrive sous la grande toile blanche, porté par six frères d'armes, l'assistance peine a retenir ses sanglots. Le choc est palpable, après l'un des incidents les plus meurtriers pour Israël en plus de 20 mois de guerre à Gaza.
"C'est tôt, 20 ans, pour mourir", hoquète une dame effondrée. Autour d'elle, ils ne sont pas beaucoup plus âgés, visages poupins fraichement rasés.
Beaucoup portent l'uniforme kaki, et un fusil d'assaut en bandoulière, mais n'en mènent pas large. Les larmes coulent sur les joues, mouillant parfois les épaulettes.
Comme quand l'amie de Ronel relate leur rencontre, les sentiments naissants, les sms nocturnes et l'attente, trop longue, à chaque fois que l'"amour de (sa) vie" partait en mission.
Les témoignages des frères et soeurs à propos de leur aîné provoquent de nouvelles secousses dans l'assistance.
"Ronel, le seul pour qui je sortais de la maison en pyjama, les cheveux décoiffés, juste pour venir te chercher à la gare quand tu rentrais de l'armée. J’attendais toujours ton appel", raconte sa cadette Adi, inconsolable.
Le jeune homme achevait une année préparatoire en biologie et mathématiques lorsqu'il a été appelé, début 2023. Quelques mois d'entraînement sur une base militaire d'Eilat, dans le sud du pays, et puis le 7-Octobre est arrivé.
L'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas sur Israël a entraîné la mort de 1.219 personnes, en majorité des civils, traumatisant le pays entier, déclenchant une guerre qui a conduit Israël à combattre sur de multiples fronts.
Sur les 251 personnes enlevées ce jour là et emmenées à Gaza, 49 ne sont toujours pas revenues, dont au moins 27 sont mortes, selon les autorités israéliennes.
- "Il est temps que ça s'arrête" -
Ronel Ben Moché enchaîne les missions. Une première à Gaza, une autre à la frontière libanaise, avant de repartir à Gaza.
"Il était toujours le premier à se mobiliser pour les otages retenus par le Hamas, il fouillait les maisons une par une", assure à l'AFP Ariel, 21 ans, qui a combattu à ses côtés à Gaza.
Cette mission-là devait être l'une des dernières, son service militaire s'achevant dans deux mois.
"Tout le monde lui avait de ne pas y retourner, c'était déjà un vétéran, il n'était pas obligé. Mais il n'a rien voulu entendre", confie son oncle Shmoulik Yannay. "Il fallait qu'il soutienne ses amis restés là-bas".
Mardi, les soldats du corps de génie de combat dont il faisait partie menaient une mission de reconnaissance, selon un porte-parole militaire, quand un engin explosif fixé à leur véhicule blindé s'est déclenché près de Khan Younès.
Alors qu'Israël vient de conclure une guerre de 12 jours avec l'Iran par un cessez-le-feu, les appels se multiplient à l'étranger et en Israël pour une trêve sur le front de Gaza, qui s'éternise.
Les représailles israéliennes au 7-Octobre ont fait plus de 56.077 morts palestiniens, majoritairement des civils, dans la bande de Gaza, selon des données du ministère de la Santé du Hamas, jugées fiables par l'ONU.
Côté israélien, 441 soldats sont morts depuis le début de l'offensive terrestre le 27 octobre 2023, selon les autorités.
Ariel, l'ancien compagnon d'armes de Ronel, confie l'épuisement qui gagne certains des appelés. "Moi, je n'ai pas pu finir mon service", dit-il. "J'étais tellement mal, mentalement, que j'ai été démobilisé".
"J'ai vu trop de gamins comme moi mourir. Il est temps que ça s'arrête", dit ce jeune, reconverti dans le commerce de cryptomonnaie.
Un avis pas toujours partagé par ses compatriotes. "Ca s'arrêtera quand tous les otages seront rentrés", dit l'oncle du défunt. "On ne va pas les abandonner".
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© Agence France-Presse


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