Des pompiers et un sauveteur dans la rue des Rosiers après l’attentat ayant visé le restaurant de charcuterie Jo Goldenberg, à Paris, le 9 août 1982. JACQUES DEMARTHON / AFP
Plus de quarante ans après l'attentat de la rue des Rosiers qui avait fait six morts dans le quartier juif historique du Marais à Paris, en 1982, un juge d'instruction a clos les investigations, ouvrant la voie à un procès. Deux suspects, dont le Norvégien d'origine palestinienne Abou Zayed, pourraient être jugés. L'avis de fin des investigations a été signé mardi par un juge d'instruction antiterroriste du tribunal judiciaire de Paris, ont indiqué à l'AFP mercredi des sources proches du dossier. Une étape très attendue des victimes et leurs familles.
Cet acte de procédure ouvre un délai d'un mois pour le Parquet national antiterroriste (Pnat) pour prendre ses réquisitions et pour les observations des parties, avant la décision finale du juge d'instruction sur la tenue ou non d'un procès, devant une cour d'assises spéciale. Le 9 août 1982, six personnes ont péri et 22 ont été blessées dans l'explosion d'une grenade dans le restaurant Jo Goldenberg, puis dans une fusillade dans le quartier du Marais, dans le centre de Paris, commise par un commando de trois à cinq hommes.
L'attentat a depuis été attribué au Fatah-Conseil révolutionnaire (Fatah-CR) d'Abou Nidal, groupe palestinien dissident de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). Deux personnes sont inculpées dans cette enquête et quatre sont visées par un mandat d'arrêt, selon une source proche du dossier. Abou Zayed, dont le nom complet est Walid Abdulrahman Abou Zayed, est inculpé depuis 2020 pour assassinats et tentatives d'assassinats. Il est soupçonné d'être l'un des tireurs de l'attentat.
Le juge d'instruction s'est notamment fondé sur des notes du renseignement et sur trois témoins, se présentant comme des anciens membres d'Abou Nidal, entendus par les enquêteurs entre 2011 et 2015. Deux évoquent Abou Zayed comme membre du commando. L'un d'eux, sous couvert d'anonymat, le décrit comme un « exécutant très important de 1977 à 1984 » de l'organisation.
Aujourd'hui âgé de 66 ans, Abou Zayed a été extradé en décembre 2020 de ce pays où il vivait. Il est toujours en détention provisoire en France. Il nie les accusations et conteste jusqu'à sa présence en France au moment des faits. Il a toutefois fini par reconnaître en décembre 2022, après l'avoir longtemps niée, son appartenance en 1982 au Comité militaire du Fatah-CR d'Abou Nidal, dont l' »objet même », selon le juge d'instruction, était de commettre des attentats en Europe.
« Entêtement judiciaire »
« Depuis cinq ans, le juge a fait le tour du monde et interrogé la plupart des services de renseignements de la planète sans jamais trouver le moindre élément concret et vérifiable à l'encontre de notre client. Aucun service secret ne le connaît par ailleurs », a déclaré à l'AFP Me Romain Ruiz, qui défend Abou Zayed avec Bruno Gendrin.
« Acculé et ayant étiré tous les délais légaux de détention, il n'y a donc rien d'étonnant à ce que le juge décide de clôturer une instruction qui n'aura finalement rien démontré d'autre qu'un entêtement judiciaire pour trouver un accusé à tout prix », a encore dit Me Ruiz. Récemment, un Franco-Jordanien de 65 ans a été inculpé pour complicité d'assassinats et de tentatives d'assassinats par fourniture de moyens. Il est libre sous contrôle judiciaire. Ses avocats n'ont pas répondu dans l'immédiat à l'AFP.
« Quarante-trois ans après les faits, les familles des victimes peuvent enfin espérer un procès », s'est félicité Me Alain Jakubowicz, qui défend certaines parties civiles. « Les parties civiles se réjouissent de l'aboutissement de cette information judiciaire qui n'a que trop duré », a ajouté Me Romain Boulet, autre avocat de parties civiles. Il a regretté que certains mis en cause soient toujours « libres à l'étranger et risquent d'échapper à toute poursuite ».
Au cours de la procédure, la défense d'Abou Zayed avait sollicité, en vain, l'annulation de son inculpation. Ses avocats s'appuyaient notamment sur la « volte-face » du « principal accusateur » du Norvégien, qui avait reconnu lors d'une audition qu'il n'était « plus sûr de l'avoir rencontré ».


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine