L'envoyé spécial des États-Unis pour la Syrie, Thomas Barrack, à la résidence de l’ambassadeur américain à Damas, en Syrie, le 29 mai 2025. REUTERS/Firas Makdesi/Photo d’archives
Les États-Unis ont donné leur aval à un projet du nouveau leadership syrien visant à intégrer des milliers d’anciens combattants rebelles jihadistes étrangers au sein de l’armée nationale, à condition que cette initiative soit mise en œuvre de manière transparente, a déclaré l’émissaire du président Donald Trump.
Selon trois responsables de la Défense syrienne, le plan prévoit l’incorporation d’environ 3 500 combattants étrangers, principalement des Ouïghours originaires de Chine et de pays voisins, dans une unité nouvellement créée : la 84ᵉ division de l’armée syrienne, qui comprendra également des soldats syriens.
Interrogé par Reuters à Damas sur la position de Washington concernant cette intégration, Thomas Barrack, ambassadeur des États-Unis en Turquie et récemment nommé émissaire spécial de Trump pour la Syrie, a répondu : « Je dirais qu’il existe un accord, sous réserve de transparence. »
Selon lui, il est préférable de maintenir ces combattants, dont beaucoup sont « très loyaux » envers les nouvelles autorités syriennes, dans un cadre étatique structuré, plutôt que de les exclure.
Le sort des étrangers ayant combattu au sein de Hay'at Tahrir el-Cham (HTC) durant les 13 années de guerre entre les groupes rebelles et le régime de Bachar el-Assad demeure l’un des dossiers les plus sensibles dans le cadre d’un rapprochement avec l’Occident. Ancienne branche d’el-Qaëda, HTC a renversé Assad et pris le pouvoir l’an dernier.
Jusqu’à début mai, les États-Unis exigeaient encore que le nouveau pouvoir syrien exclue largement les combattants étrangers des forces de sécurité.
Mais la politique américaine à l’égard de la Syrie a connu un tournant majeur depuis la tournée de Donald Trump au Moyen-Orient le mois dernier. Le président américain a accepté de lever les sanctions imposées sous Assad, a rencontré le président intérimaire syrien Ahmad el-Chareh à Riyad, et a nommé Thomas Barrack au poste d’émissaire spécial.
Deux sources proches du ministère syrien de la Défense ont confié à Reuters qu'Ahmad el-Chareh et ses conseillers ont plaidé auprès de leurs interlocuteurs occidentaux en faveur de l’intégration de ces combattants étrangers, estimant qu’il s’agissait là d’un moindre risque sécuritaire que leur abandon, lequel pourrait les pousser vers des groupes extrémistes comme el-Qaëda ou l’État islamique.
Le Département d’État américain et un porte-parole du gouvernement syrien n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.
Pékin fait part de ses inquiétudes
Des milliers de combattants sunnites étrangers ont rejoint les rangs rebelles au début du conflit syrien, pour lutter contre le régime d’Assad, alors soutenu par des milices chiites pro-iraniennes.
Certains ont constitué leurs propres factions, d’autres ont rallié des groupes établis comme l’État islamique, qui a brièvement proclamé un califat sur de vastes territoires en Syrie et en Irak, avant d’être défait par une coalition hétéroclite appuyée à la fois par les États-Unis et l’Iran.
Les combattants étrangers au sein de HTC se sont rapidement forgé une réputation de militants disciplinés et expérimentés. Ils ont constitué l'épine dorsale des unités d’élite dites « suicides » du groupe. À partir de 2016, année où HTC a rompu avec el-Qaëda, ils ont affronté à la fois l’État islamique et d’autres factions jihadistes.
Les combattants ouïghours originaires de Chine et d’Asie centrale sont pour la plupart affiliés au Parti islamique du Turkestan (TIP), une organisation classée terroriste par Pékin. Un responsable syrien et un diplomate étranger ont affirmé que la Chine cherche à limiter l’influence de ce groupe en Syrie.
« La Chine espère que la Syrie s’opposera fermement à toutes les formes de terrorisme et d’extrémisme, en réponse aux préoccupations de la communauté internationale », a déclaré un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Osman Bughra, responsable politique du TIP, a affirmé par écrit à Reuters que son groupe avait officiellement été dissous et intégré à l’armée syrienne. « Nous opérons désormais entièrement sous l’autorité du ministère de la Défense, conformément à la politique nationale, sans aucun lien avec des entités ou groupes extérieurs », a-t-il dit.
En décembre dernier, la nomination de plusieurs anciens dirigeants jihadistes étrangers de HTC à des postes militaires de haut rang avait alarmé les gouvernements occidentaux, suscitant de vives inquiétudes quant à l’orientation islamiste du nouveau pouvoir syrien. Les demandes de gel de ces nominations et d’expulsion des combattants étrangers ont constitué un point de tension majeur avec Washington et d’autres capitales occidentales, jusqu’à la rencontre historique entre Donald Trump et Ahmad el-Chareh.
Le président intérimaire syrien a déclaré que les combattants étrangers et leurs familles pourraient bénéficier de la nationalité syrienne, en reconnaissance de leur rôle dans la chute du régime d’Assad. Selon Abbas Sharifa, expert basé à Damas des groupes jihadistes, les combattants intégrés dans l’armée ont été « filtrés idéologiquement » et ont démontré leur loyauté envers les nouvelles autorités. « Si vous les abandonnez, ils deviendront une proie facile pour Daech ou d’autres groupes radicaux », a-t-il averti.
Cet article est une traduction d'une information diffusée par Reuters en anglais.




Çà sent le roussi pour notre pays !
10 h 40, le 03 juin 2025