Le président des États-Unis, Donald Trump, prononce un discours sur les tarifs réciproques à la Maison-Blanche à Washington, le 2 avril 2025. Photo Brendan SMIALOWSKI / AFP
L'inflation américaine était proche de la cible de la banque centrale des États-Unis en avril selon des données officielles publiées vendredi qui ne rassurent guère les experts anticipant un rebond des prix avec les nouveaux droits de douane. Selon l'indice officiel PCE publié vendredi, les prix ont progressé de 2,1% sur un an en avril (contre 2,3% en mars et 2,6% en février).
Les analystes s'attendaient à voir l'inflation ralentir un peu moins, à +2,2%, selon le consensus publié par MarketWatch. Cette décélération s'explique avant tout par la baisse des prix de l'énergie, mais l'indice d'inflation sous-jacente (hors prix volatils de l'alimentation et de l'énergie) a aussi ralenti à +2,5%.
Le résultat rapproche donc nettement l'inflation de la cible de long terme de la Réserve fédérale (Fed), qui est de 2%, et montre le chemin parcouru depuis les 7% atteints au printemps 2022 en raison de la flambée post-Covid.
« Le président Trump est en train de vaincre la crise inflationniste de [son prédécesseur Joe] Biden et de rendre à nouveau l'Amérique abordable », s'est réjouie sa porte-parole Karoline Leavitt sur X. Il « continue à montrer aux +experts+ apocalyptiques qu'ils se trompent au sujet de son programme économique America First (L'Amérique d'abord) qui bénéficie déjà aux Américains », a-t-elle affirmé dans un message séparé.
La consommation scrutée
Le président de la Fed Jerome Powell « et le reste du comité de politique monétaire mériteraient des applaudissements pour avoir réussi cet atterrissage en douceur », a déclaré à l'AFP Gregory Daco, chef économiste d'EY. « Malheureusement, en raison d'éléments qu'ils ne maîtrisent pas, nous allons assister une accélération inflationniste », a-t-il considéré.
L'élément perturbateur est selon lui la « tempête douanière » déclenchée par Donald Trump. Depuis son retour au pouvoir en janvier, le chef de l'État a érigé un mur de nouveaux droits de douane sur les produits entrant aux États-Unis. Il a en partie fait marche arrière depuis et ses initiatives sont contestées en justice, mais pour l'heure les taxes sur les importations restent bien supérieures à ce qu'elles étaient quelques mois plus tôt. Les experts s'attendent à un impact sur les prix.
Les chiffres publiés vendredi sont d'ailleurs plus contrastés dans le détail. D'un mois sur l'autre, l'indice PCE de l'inflation a frémi à la hausse (+0,1%). Il est surtout marqué par une accélération des prix des biens durables (+0,5%). L'automobile, qui fait partie des premiers secteurs concernés par l'offensive protectionniste de Donald Trump, entre dans cette catégorie, de même que l'ameublement ou l'électroménager, massivement importés.
« Il y a des délais » avant que les nouveaux droits de douane soient vraiment collectés et répercutés dans les prix de vente, a relevé Gregory Daco, pour qui ces surtaxes vont davantage tirer l'inflation « dans les mois qui viennent ». Pour Carl Weinberg, économiste à HFE, « le point positif de ce rapport est que le revenu disponible a continué à augmenter » (+0,8% sur un mois), mais « cela ne tirera pas la croissance si les gens ne dépensent pas cet argent » et préfèrent épargner par crainte d'une détérioration de la situation économique. La consommation a ralenti en avril (+0,2% après +0,7%).
Un sondage sur le moral des consommateurs de l'université du Michigan, actualisé vendredi, montre que celui-ci a cessé de se dégrader en mai. « Dans l'ensemble, les consommateurs ne voient pas les perspectives économiques d'un oeil plus sombre » qu'en avril, relève la directrice de cette enquête, Joanne Hsu, citée dans un communiqué. « Toutefois, ajoute-t-elle, ils restent assez inquiets concernant l'avenir. »


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