« Le peuple, l’armée et la justice », peut-on lire devant les silos du port de Beyrouth, ravagé par la double explosion du 4 août 2020. Photo d’archives Matthieu Karam / L'OLJ
Le juge d'instruction près la cour de justice Tarek Bitar a entendu vendredi matin l’avocat général auprès du parquet de cassation, Ghassan Khoury, dans le cadre de son enquête sur la double explosion au port de Beyrouth. Selon des informations de presse, l'interrogatoire a duré environ 15 minutes, avant que M. Khoury ne retourne à son bureau au Palais de Justice de Beyrouth.
Le magistrat fait partie des responsables contre lesquels Tarek Bitar avait engagé des poursuites, notamment pour négligence dans la gestion des procédures liées au stockage du nitrate d'ammonium. La justice avait notamment reçu un rapport de la Sécurité de l'État à ce sujet, qui n'avait pas mené à une enquête plus approfondie.
Troisième juge interrogé
Le 4 août 2020, l'une des plus grandes explosions non nucléaires de l'histoire avait dévasté des pans entiers de la capitale libanaise, tuant plus de 220 personnes, et en blessant plus de 6.500. La déflagration a été provoquée par un incendie dans un entrepôt au port où étaient stockées sans précaution des tonnes de nitrate d'ammonium, malgré des avertissements répétés aux plus hauts responsables, accusés de négligence. Une enquête avait été ouverte au Liban et le juge Bitar avait dû l'interrompre en janvier 2023, se heurtant à l'hostilité d'une grande partie de la classe politique, notamment du Hezbollah, ainsi qu'à une série de poursuites judiciaires le visant. Il avait repris ses investigations début 2025, et interrogé dans ce cadre plusieurs anciens responsables, dont l'ex-Premier ministre Hassane Diab et l'ancien ministre de l'Intérieur, Nohad Machnouk.
Le juge Khoury est le troisième confrère auditionné par le juge Bitar depuis sa reprise de l'instruction, après les interrogatoires de deux juges des référés, en fonctions à Beyrouth respectivement lors du débarquement et pendant la durée du stockage du nitrate d'ammonium à l'origine de la déflagration monstre.
Parmi les responsables que doit encore interroger Tarek Bitar, figurent donc l'ancien procureur de la République, Ghassan Oueidate, et l'ex-ministre des Transports, Ghazi Zeaïter. Après l'annonce de poursuites à son encontre, M. Oueidate avait riposté en lançant à son tour des poursuites contre Tarek Bitar, qu'il avait accusé d' « usurpation de pouvoir et de rébellion contre la justice ».

