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Politique - Décryptage

Que se cache-t-il derrière la démilitarisation des camps palestiniens ?

13 avril 1975-13 avril 2025. L’étincelle qui a provoqué une guerre qui a duré 15 ans et qui se préparait dans les coulisses depuis la signature de l’accord du Caire en 1969 est-elle aujourd’hui réellement éteinte ? Les pressions étrangères pour régler le problème des armes palestiniennes dans les camps soulèvent beaucoup de questions sur leur cause véritable et sur la possibilité de l’existence d’un plan caché, qui aboutirait au final à l’implantation des réfugiés palestiniens au Liban.

Au cours de toutes ces années, ces armes semblaient en effet un sujet plutôt tabou, et en dépit des secousses régulières, il semblait interdit au Liban d’y toucher. L’armée et les forces de l’ordre libanaises étaient interdites d’entrer dans les camps palestiniens, même pour y arrêter des personnes recherchées, et les camps étaient en quelque sorte des lieux placés hors de la juridiction et de l’autorité du Liban.

À plusieurs reprises d’ailleurs, la question de changer le statut de ces camps a été soulevée et de multiples délégations de l’Autorité palestinienne sont venues au Liban pour en discuter, mais à chaque fois, le dossier était refermé sans qu’il y ait le moindre changement. Officiellement, le statut des camps palestiniens au Liban est directement lié au droit au retour des Palestiniens. Dans ce contexte, les Palestiniens du Liban rappellent que les camps ont été créés au Liban et dans d’autres pays arabes, après la naissance de l’État d’Israël, comme lieux de résidence provisoires en attendant le retour de ceux qu’ils abritent sur leur terre en Palestine. Et, toujours dans ce même contexte, le droit des Palestiniens des camps à porter les armes, sans être soumis au contrôle de l’État libanais, était lié à leur droit à résister militairement pour pouvoir retourner chez eux.

Les armes des camps étaient donc en quelque sorte le symbole de la résistance et la concrétisation du droit au retour, et y toucher, c’était renier ce droit et trahir la cause palestinienne. Il y a certes eu, au cours des 50 dernières années, de graves remises en question de ce statut, notamment au début de la guerre, lorsque les forces palestiniennes menées alors par le Fateh, le FPLP et le FDLP avaient décidé de créer ce qu’on avait appelé « un État dans l’État », provoquant la colère des partis chrétiens qui avaient décidé de fermer les camps palestiniens dans les régions que l’on appelait alors « les régions est », notamment à la Quarantaine, à Jisr el-Bacha et à Tell el-Zaatar. Mais face à la montée en puissance du Hezbollah, à partir de 1984, et à l’affaiblissement progressif des Palestiniens, le statut est resté le même et les camps se faisaient plus ou moins oublier.

Toutefois, le spectre de l’implantation des Palestiniens dans les pays d’accueil n’a jamais vraiment disparu et il revenait avec plus ou moins de force chaque fois qu’il était question d’une solution réelle au problème palestinien. Peu avant Déluge d’al-Aqsa, une étude a été publiée au Liban selon laquelle le nombre de réfugiés palestiniens dans ce pays ne dépasserait plus les 320 000. Par conséquent, l’idée était de les implanter puisqu’ils ne constitueraient pas une véritable menace pour les équilibres confessionnels dans le pays.

Selon un responsable du Hamas au Liban, cette idée revient aujourd’hui avec force. Selon lui, le président américain Donald Trump l’a clairement déclaré : il veut aboutir à une solution définitive dans la région et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a été encore plus clair en annonçant sa volonté d’en finir définitivement avec la cause palestinienne. Cela passe forcément par la nécessité de vider Gaza de ses habitants, ce qui est ouvertement déclaré et entamé, de mettre la main sur la Cisjordanie et d’implanter les réfugiés palestiniens dans les pays d’accueil. Selon ce responsable du Hamas, le Liban est donc directement concerné par ce projet. Les soudaines pressions étrangères pour désarmer les camps palestiniens alors que cette démarche était justement rejetée par les instances régionales s’inscriraient dans ce cadre. Il s’agirait en quelque sorte d’un premier pas en vue de la fermeture totale des camps en tant que tels, puisque les armes sont la principale justification de leur existence comme un moyen de faciliter le retour des habitants chez eux. Il serait alors plus facile, par la suite, d’intégrer leurs habitants dans le tissu social libanais. De plus, toujours selon le responsable du Hamas, ce serait le bon moment de lancer un tel processus, avec les pressions pour le désarmement du Hezbollah, sachant que la formation libanaise ne peut pas être désarmée alors que les Palestiniens ont encore leurs armes. Avec la dernière guerre israélienne et ses résultats, notamment l’affaiblissement du Hezbollah, ces décisions peuvent être plus facilement prises et l’opinion publique libanaise serait plus ouverte à ce sujet. D’autant qu’aujourd’hui, le Liban affirme préférer recourir aux voies diplomatiques pour régler son contentieux avec les Israéliens. Le climat général serait donc propice à une telle décision qui aurait été impensable il y a quelque temps encore, ajoute le responsable du Hamas. Et, après la remise à l’État des armes des camps, ceux-ci n’auraient plus un statut particulier et il serait alors plus facile de renforcer naturellement les liens entre les Libanais et les Palestiniens, pour aboutir finalement à leur implantation au Liban.

Ce scénario est-il plausible, ou bien s’agit-il une fois de plus d’un moyen d’utiliser le spectre de l’implantation des Palestiniens pour empêcher le désarmement des forces non officielles au Liban ? L’avenir proche devrait permettre d’y voir plus clair.

13 avril 1975-13 avril 2025. L’étincelle qui a provoqué une guerre qui a duré 15 ans et qui se préparait dans les coulisses depuis la signature de l’accord du Caire en 1969 est-elle aujourd’hui réellement éteinte ? Les pressions étrangères pour régler le problème des armes palestiniennes dans les camps soulèvent beaucoup de questions sur leur cause véritable et sur la possibilité de l’existence d’un plan caché, qui aboutirait au final à l’implantation des réfugiés palestiniens au Liban. Au cours de toutes ces années, ces armes semblaient en effet un sujet plutôt tabou, et en dépit des secousses régulières, il semblait interdit au Liban d’y toucher. L’armée et les forces de l’ordre libanaises étaient interdites d’entrer dans les camps palestiniens, même pour y arrêter des personnes...
commentaires (2)

Depuis qu’il a été planifié, le “scénario” diabolique d’implanter les palestiniens est sur le point de devenir un fait accompli . Et ce n’est pas le président Joseph Aoun, lui-même élu par un forcing américain, qui contestera la décision de les garder chez nous ad vital aeternam. PS: Excellent historique de la guerre civile du siècle dernier.

Hitti arlette

14 h 08, le 12 avril 2025

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Commentaires (2)

  • Depuis qu’il a été planifié, le “scénario” diabolique d’implanter les palestiniens est sur le point de devenir un fait accompli . Et ce n’est pas le président Joseph Aoun, lui-même élu par un forcing américain, qui contestera la décision de les garder chez nous ad vital aeternam. PS: Excellent historique de la guerre civile du siècle dernier.

    Hitti arlette

    14 h 08, le 12 avril 2025

  • Il serait grand temps de placer ce dossier des armes palestiniennes comme une priorité, Que l’armée et les forces de l’ordre libanaises soient interdites d’entrer dans les camps au moment où l'on parle de désarmement du hezbollah, relève d'une pure incongruité tout comme le droit des Palestiniens des camps à porter les armes. Faut il rappeler que ces lieux ne sont que lieux de résidence provisoires donc ils devraient se soumettre au meme titre que tout le monde aux lois de la République.

    C…

    08 h 39, le 12 avril 2025

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