Les parents d'Evaelle et leur avocate Delphine Meillet s'adressent à la presse au palais de justice de Pontoise, le 10 mars 2025. Photo GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
La justice française a relaxé jeudi une enseignante des poursuites pour harcèlement sur une collégienne de 11 ans, Evaëlle, qui s'est suicidée en 2019, provoquant la colère de ses parents qui vont faire appel.
« Je suis dans l'incompréhension totale », a déclaré en larmes la mère d'Evaëlle.
La présidente du tribunal correctionnel de Pontoise, en région parisienne, a considéré que les éléments à charge étaient « discordants, indirects, peu circonstanciés » ou relevant de « comportements adaptés et légitimes s'agissant de l'autorité dont doit faire preuve un enseignant en classe ».
« La vérité éclate enfin », a réagi, via une déclaration écrite à l'AFP, l'enseignante qui estime que « le jugement du tribunal correspond aux éléments du dossier ».
Le 11 mars, au terme de deux jours d'audience, la procureure avait requis 18 mois de prison avec sursis et une interdiction définitive d'enseigner à l'encontre de cette femme de 62 ans.
L'ancienne enseignante était dans une position de « toute puissance » et avait un « contact assez rude avec les élèves », a décrit le ministère public.
Dans sa relation avec Evaëlle, elle « la jette en pâture au collectif, la fait pleurer ». Son « harcèlement est le déclencheur et catalyseur du harcèlement des mineurs », avait affirmé la procureure.
« Révoltés » par la relaxe, les parents d'Evaëlle vont faire appel, a annoncé leur avocate, Me Delphine Meillet. Mais si le parquet ne fait pas appel de son côté, il n'y aura pas de second procès au pénal. L'enseignante pourra être toutefois rejugée en appel au civil et éventuellement être condamnée à verser des dommages et intérêts.
Le tribunal a considéré qu'il n'y avait « pas d'élément permettant de caractériser l'élément intentionnel de l'infraction » soit que l'enseignante « aurait volontairement cherché la dégradation des conditions de vie » d'Evaëlle.
« Les défaillances du système scolaire et de l'Education nationale (...) ne relèvent pas de la mission attribuée par la loi au tribunal correctionnel », a souligné la présidente du tribunal.
Jeudi soir, la ministre de l'Education nationale Elisabeth Borne a adressé « ses sincères pensées aux parents et proches d'Evaëlle ».
La ministre a également rappelé « sa détermination et celle du ministère à lutter sans relâche contre le fléau du harcèlement et contre toutes les formes de violences ».
L'enseignante était jugée pour harcèlement moral sur trois élèves, dont Evaëlle.
L'arrivée de cette dernière au collège à Herblay, en région parisienne, avait été éprouvante pour la pré-adolescente, bouc émissaire de camarades qui l'insultent et la violentent.
« Pire journée »
Dès septembre 2018, elle avait également fait face à des tensions avec sa professeure de français.
Un portrait très contrasté de l'enseignante aux 30 années d'expérience a été brossé par ses anciens collègues. « Autoritaire et cassante » d'un côté, « bienveillante et aidante » de l'autre. Pour l'une des victimes, elle avait « ses chouchous et ses cibles ».
Face au tribunal, elle a exprimé peu de regrets sur sa pratique professionnelle.
Confrontée à une kyrielle de témoignages relatant des humiliations sur des élèves - « tu es bête », « tu n'as pas de cerveau » - l'ancienne enseignante a contesté plusieurs insultes et admis certaines paroles.
« Oui, ça m'arrivait de crier, de dire ça dans des moments », a-t-elle reconnu, estimant qu'elle était « exigeante », « à l'écoute » et déterminée à « aider ses élèves ».
« Je n'ai pas humilié Evaëlle », a-t-elle affirmé à plusieurs reprises.
Durant une session consacrée au harcèlement scolaire, elle avait demandé aux élèves d'exprimer leurs reproches à Evaëlle qui devait ensuite s'expliquer. Face à ses pleurs, l'enseignante s'était énervée et lui avait intimé de répondre aux questions, d'après les récits des élèves.
« Ce n'était pas dans le but de la mettre en difficulté mais essayer de régler ce problème relationnel dans la classe », s'est justifiée la prévenue.
Mais pour Evaëlle, comme elle le raconte à sa mère, « c'était la pire journée de toute (sa) vie ».
Evaëlle change de collège, elle va d'abord mieux mais est rattrapée par des difficultés, notamment avec un camarade. Le 21 juin 2019, elle se pend à son lit.
Les parents ont dénoncé aussi bien l'inertie de l'Education nationale - contre laquelle il n'y aura aucune poursuite pénale à la suite d'une indemnisation - que le manque d'investigations des autorités, une première plainte ayant été classée alors qu'Evaëlle était encore vivante.
Ce suicide, « c'est le drame de toute l'institution scolaire », avait reconnu l'ancien principal du collège.
Depuis une loi de mars 2022, le harcèlement scolaire est reconnu comme un délit en France.
La justice française a relaxé jeudi une enseignante des poursuites pour harcèlement sur une collégienne de 11 ans, Evaëlle, qui s'est suicidée en 2019, provoquant la colère de ses parents qui vont faire appel.« Je suis dans l'incompréhension totale », a déclaré en larmes la mère d'Evaëlle. La présidente du tribunal correctionnel de Pontoise, en région parisienne, a considéré que les éléments à charge étaient « discordants, indirects, peu circonstanciés » ou relevant de « comportements adaptés et légitimes s'agissant de l'autorité dont doit faire preuve un enseignant en classe ».« La vérité éclate enfin », a réagi, via une déclaration écrite à l'AFP, l'enseignante qui estime que « le jugement du tribunal correspond aux éléments du dossier ».Le 11 mars, au terme de deux jours...


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