Des habitants viennent constater les dégâts après la frappe israélienne nocturne qui a visé les derniers étages d’un immeuble dans la banlieue sud de Beyrouth, le 1er avril 2025. Ibrahim Amro/AFP
Dans un développement dangereux et sans précédent, Israël a tué mardi à l’aube un responsable du Hezbollah et son fils dans une frappe contre un immeuble de la banlieue sud de Beyrouth, le deuxième raid à viser ce fief du parti chiite depuis le début du cessez-le-feu il y a quatre mois.Deux autres personnes, dont une femme, ont péri dans cette frappe survenue, cette fois-ci, sans avertissement préalable vers 03h30 (00h30 GMT), selon les autorités libanaises. Vendredi dernier, l’armée israélienne avait appelé la population à évacuer avant un bombardement sur la banlieue sud de Beyrouth, en représailles à des tirs de roquettes du Liban-Sud vers le nord d’Israël, une opération dont le Hezbollah s’est lavé les mains.
Les deux derniers étages de l’immeuble visé, près de la mosquée Imam el-Kazem, dans le quartier de Sfeir, ont été détruits dans la frappe, selon des images de l’AFP. L’explosion a été entendue dans la capitale, suivie du passage d’avions de chasse à basse altitude à travers le pays. Dans un communiqué conjoint, l’armée, le Shin Bet et le Mossad israéliens ont annoncé « l’élimination » de Hassan Bdeir, un responsable du Hezbollah, qu’ils ont accusé d’avoir « aidé des terroristes du Hamas à planifier une attaque terroriste importante et imminente contre des civils israéliens ».
Le Hezbollah a confirmé la mort de Hassan Bdeir et de son fils dans la frappe. Selon une source proche du mouvement, Hassan Bdeir était en charge du dossier palestinien au sein de la formation. Peu après, le porte-parole de l’armée israélienne Avichay Adraee a confirmé cette information dans une publication sur X, ajoutant que Bdeir faisait partie de l’unité 3900 du Hezbollah.
« Éliminer les organisations terroristes »
Le département d’État américain a rapidement pris la défense d’Israël. Dans un courriel envoyé à Reuters pendant la nuit, il a déclaré que l’État hébreu se défendait contre les tirs de roquettes en provenance du Liban et que Washington blâmait les « terroristes » pour la reprise des hostilités. Après des tirs de roquettes en direction d’Israël à partir du Liban voisin, les 22 et 28 mars, l’armée israélienne a mené des frappes intenses contre des cibles du Hezbollah principalement dans le sud du Liban, et a ciblé deux fois la banlieue sud de Beyrouth. Les tirs de roquettes n’ont pas été revendiqués et le Hezbollah a nié toute responsabilité. Les autorités libanaises ont annoncé l’arrestation de « suspects », sans plus de détails. Après ces tirs, les premiers depuis le début du cessez-le-feu, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré qu’Israël frapperait « partout au Liban contre toute menace ». Mardi, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a déclaré que l’État libanais se devait d’éliminer « les organisations terroristes opérant depuis son territoire contre Israël ». Il a ajouté qu’ « Israël continuera à éliminer toute menace visant ses citoyens », lors d’une conférence de presse à l’intention des médias étrangers, rapportée par le Times of Israel. « Nous attendons du Liban qu’il prenne des mesures pour éliminer les organisations terroristes opérant depuis son territoire contre Israël » a-t-il déclaré. Commentant la frappe qui a tué Hassan Bdeir, Gideon Saar a estimé que « ce que nous avons vu ici, c’est une coopération entre l’Iran, le Hezbollah et le Hamas sur le sol libanais en vue d’initier des attaques terroristes contre des Israéliens ». Le ministre israélien des Affaires étrangères a enfin annoncé qu’il se rendra à Paris mercredi pour rencontrer son homologue français, Jean-Noël Barrot, ainsi que d’autres responsables, afin de discuter des « défis et menaces posés par l’axe radical dans la région, principalement l’Iran », rapporte le Times of Israël.
« Le Hezbollah ne peut répondre militairement »
Le Hezbollah est sorti très affaibli de sa guerre avec Israël, qui a fait plus de 4 000 morts au Liban.
Aux termes de l’accord de cessez-le-feu conclu fin novembre, seuls l’armée libanaise et les Casques bleus de l’ONU doivent être déployés dans le sud du Liban, tandis que le Hezbollah doit se retirer au nord du fleuve Litani, à environ 30 km de la frontière avec Israël, et démanteler ses infrastructures militaires dans le Sud. L’armée israélienne ne s’est pas complètement retirée du sud du Liban y maintenant des troupes dans plusieurs positions. Malgré la trêve, Israël a mené régulièrement des frappes au Liban, affirmant viser des cibles du Hezbollah, les deux parties s’accusant de violer le cessez-le-feu. Au moins 117 personnes ont été tuées dans ces frappes depuis fin novembre, selon le décompte de L’Orient-Le Jour. « Le Hezbollah ne peut répondre militairement, car s’il le fait, les Israéliens riposteraient avec une plus grande force », a indiqué à l’AFP Nicholas Blanford, expert à l’Atlantic Council, en estimant que les capacités de « dissuasion » de ce mouvement avaient été « complètement détruites ». Pour Heiko Wimmen, du groupe de réflexion International Crisis Group, Israël « continue d’adopter une interprétation large du +droit à la légitime défense+ tel que stipulé dans l’accord de cessez-le-feu, alors que le Liban officiel n’a pas les moyens de se défendre ». C’est le cas depuis le début de la trêve et ce « qui est nouveau » c’est qu’Israël vise maintenant la région de Beyrouth, a-t-il dit à l’AFP.

