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Politique - Décryptage

Derrière les initiatives saoudiennes à l’égard du Liban, l’ombre de la Turquie

La dernière visite du président du Conseil Nawaf Salam en Arabie saoudite pour dire la prière de l’aube du premier jour de la fête du Fitr aux côtés de l’émir Mohammad ben Salmane est certainement un grand geste de la part du dirigeant saoudien en faveur du responsable libanais. Elle a d’ailleurs été unanimement interprétée dans ce sens par les milieux politiques et médiatiques, certains y ont même vu un message d’encadrement de la part de MBS à l’égard du Premier ministre après le vote du gouvernement en faveur du nouveau gouverneur de la banque centrale. Cette visite a en tout cas suscité plus de commentaires que la rencontre sécuritaire libano-syrienne qui a eu lieu jeudi dernier à Djeddah. Pourtant, cette rencontre initialement prévue le jour d’avant à Damas entre les ministres de la Défense et les principaux responsables sécuritaires des deux pays avait été soudainement annulée dans un premier temps par le côté syrien, avant qu’un nouveau rendez-vous soit fixé le lendemain à Djeddah. Que s’est-il donc passé pour justifier un tel changement ?

Selon des sources proches de la délégation libanaise, les autorités turques seraient intervenues pour entraver la réunion prévue à Damas. Le ministre turc des Affaires étrangères Haqan Fidan, qui est très influent auprès des nouvelles autorités de Damas, aurait demandé au ministre syrien de la Défense Mourhaf Abou Qasra de reporter la visite de la délégation libanaise, en invoquant le fait que les dossiers qui devraient être examinés par les deux parties ne sont pas encore prêts, surtout qu’un nouveau gouvernement est sur le point d’être formé à Damas. Toutefois, derrière cette excuse somme toute plausible, il y aurait une autre raison qui tient à la volonté des autorités turques de montrer que toute relation avec le nouveau pouvoir de Damas devrait obtenir avant tout leur bénédiction et se faire sous leur houlette. En effet, depuis le renversement du régime des Assad, la Turquie a voulu montrer à tous les acteurs arabes et internationaux qu’elle est désormais la partie la plus influente auprès des nouvelles autorités syriennes. C’est ainsi Haqan Fidan, qui est l’ancien chef des renseignements du pays et un proche du président Erdogan, qui a supervisé les relations avec Ahmad el-Chareh depuis la chute du régime Assad le 8 décembre dernier et qui joue en quelque sorte le rôle de « conseiller superviseur ». D’ailleurs, chaque visite d’un responsable libanais officiel ou politique a été soit suivie, soit précédée par une visite en Turquie, en accord avec les autorités de Damas. Ce fut notamment le cas avec le leader druze Walid Joumblatt, puis avec le président du Conseil démissionnaire Nagib Mikati. Le même scénario devait donc être adopté avec la délégation officielle présidée par le ministre de la Défense Michel Menassa. Mais comme cela n’a pas été le cas, le rendez-vous a été reporté. Toutefois, les Saoudiens ont rapidement saisi la perche et sont intervenus pour sauver la situation. Sous prétexte de la tenue d’une réunion régulière entre des délégations sécuritaires arabes et musulmanes à Djeddah le 27 mars, les délégations libanaise et syrienne ont été invitées à se rencontrer en marge de cet événement sur l’impulsion des autorités saoudiennes. La proposition a été immédiatement acceptée par les Libanais et les Syriens qui sentaient peser sur eux la pression des dossiers en suspens entre leurs deux pays. Quant aux Turcs, ils estiment qu’un tel scénario peut leur être utile au moment où ils sont occupés par des développements internes qui pourraient prendre une dimension plus grave. Dans cette période délicate et avec la politique agressive de la nouvelle administration américaine, la Turquie souhaite avoir entre ses mains le plus grand nombre de cartes possibles, tout en ayant de bonnes relations avec l’Arabie saoudite qui reste le pilier arabo-musulman dans la région.

Entre Ankara et Riyad, la rivalité est donc réelle et elle s’est aiguisée avec la chute du régime Assad et l’arrivée au pouvoir d’Ahmad el-Chareh qui ne cache pas sa proximité avec les Turcs. Au début, les Saoudiens sont restés méfiants, mais très vite, et avec l’aval de la Turquie, le nouveau pouvoir en Syrie s’est employé à les rassurer et la première visite à l’étranger de Chareh a été pour l’Arabie saoudite. Ankara et Riyad sont désormais en train d’essayer de trouver un accord tacite pour gérer leurs divergences dans la région. Tout en cherchant chacun de son côté à augmenter son influence, les deux pays veulent garder un minimum de coopération, voire de coordination. Mais il reste quand même des « lignes rouges ». Par exemple si la Syrie est désormais plus proche de la Turquie que des États arabes, le Liban, lui, doit rester dans le giron arabe. C’était donc le message principal de la proposition saoudienne d’accueillir la réunion des délégations sécuritaires libano-syriennes et derrière l’invitation, par la suite, de Nawaf Salam.

Selon les sources proches de la délégation libanaise précitées, le regain d’intérêt de Riyad envers le Liban est certainement dicté par de nombreuses raisons et il est forcément dans l’intérêt du pays, mais l’une des raisons, c’est justement de l’empêcher de tomber sous l’influence de la Turquie. Comme cela a été plus ou moins le cas de la Syrie. Une rivalité positive, en somme.

La dernière visite du président du Conseil Nawaf Salam en Arabie saoudite pour dire la prière de l’aube du premier jour de la fête du Fitr aux côtés de l’émir Mohammad ben Salmane est certainement un grand geste de la part du dirigeant saoudien en faveur du responsable libanais. Elle a d’ailleurs été unanimement interprétée dans ce sens par les milieux politiques et médiatiques, certains y ont même vu un message d’encadrement de la part de MBS à l’égard du Premier ministre après le vote du gouvernement en faveur du nouveau gouverneur de la banque centrale. Cette visite a en tout cas suscité plus de commentaires que la rencontre sécuritaire libano-syrienne qui a eu lieu jeudi dernier à Djeddah. Pourtant, cette rencontre initialement prévue le jour d’avant à Damas entre les ministres de la Défense et les...
commentaires (1)

Très bien dit au sujet des visées de la Turquie. En fait, chacun des protagonistes veut exercer son influence sur le Liban et la nouvelle Syrie post-Assad. Voyons quand décidera Trump de renverser le dictateur Erdogan plus islamiste que son homologue syrien.

Hitti arlette

16 h 04, le 02 avril 2025

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Commentaires (1)

  • Très bien dit au sujet des visées de la Turquie. En fait, chacun des protagonistes veut exercer son influence sur le Liban et la nouvelle Syrie post-Assad. Voyons quand décidera Trump de renverser le dictateur Erdogan plus islamiste que son homologue syrien.

    Hitti arlette

    16 h 04, le 02 avril 2025

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