Le lieu de la frappe israélienne sur un bâtiment de Hadath, dans la banlieue sud de Beyrouth, le 28 mars 2025. Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour
Quatre mois après l’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah mettant fin à un conflit ouvert le 8 octobre 2023, l’État hébreu a attaqué vendredi la banlieue sud de Beyrouth, une première depuis la proclamation de cette trêve. Après plusieurs tirs d’avertissement, l’aviation israélienne a frappé un bâtiment à Hadath, dont les habitants avaient été appelés à quitter les lieux plus d’une heure plus tôt.
Samedi dernier, des roquettes avaient été tirées depuis le Liban en direction d’Israël. Ces tirs n’ont toujours pas été revendiqués. Le chef des Forces libanaises Samir Geagea a dans ce contexte demandé à l’État les conclusions de l’enquête sur l’incident de la semaine dernière, sachant qu’il pouvait entraîner une « riposte israélienne meurtrière » sur le Liban. « À part le narratif traditionnel devenu lassant sur l’agression israélienne brutale, qui ne nourrit personne ni n’apaise la colère, nous interrogeons le ministère de la Défense et le ministère de l’Intérieur sur l’issue des investigations qui auraient dû être terminées concernant l’incident du lancement de roquettes depuis le Liban le 22 mars dernier. Quelles ont été les conclusions de ces enquêtes ? Et qui est responsable du tir de ces roquettes ? » a-t-il écrit sur son compte X.
« En tout cas, il est absolument inacceptable d’exposer les habitants du Sud ou ceux de la banlieue sud de Beyrouth à ce qu’ils subissent actuellement » a poursuivi le chef des FL, estimant que les « incidents fournissent à Israël des prétextes supplémentaires pour poursuivre ses frappes continues contre le Liban ».
Salam dénonce une « escalade dangereuse »
Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a condamné pour sa part les frappes israéliennes sur la banlieue sud de Beyrouth, les qualifiant d’« escalade dangereuse ». Il a dénoncé ces attaques contre des « civils et des zones résidentielles où se trouvent des écoles et des universités », soulignant « la nécessité de mettre fin aux violations permanentes par Israël des accords de cessation des hostilités, et la nécessité d’un retrait total, dès que possible, des positions encore occupées » au Liban-Sud.
Le chef du gouvernement a une nouvelle fois mis en garde contre la reprise des opérations militaires à la frontière sud et a convoqué le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Rodolphe Haykal, pour une mise à jour de la situation au Liban-Sud, selon un communiqué du Grand Sérail. Il lui a également demandé d’enquêter rapidement pour identifier les auteurs des tirs de roquettes effectués vendredi depuis le Liban , qualifiant ces actes « d’irresponsables, qui menacent la sécurité et la stabilité du pays ». M. Salam a en outre réitéré son appel pour que toutes les armes des milices et groupes partisans soient remises à l’armée.

Il s’est aussi entretenu par téléphone avec le président Joseph Aoun, avec le président français, Emmanuel Macron, avec l’adjointe de l’envoyé spécial du président américain pour la paix au Moyen-Orient, Morgan Ortagus, avec le président du Parlement, Nabih Berry et avec des responsables arabes et internationaux, a indiqué le Sérail.
Le ministre des Finances, Yassine Jaber, a lui condamné « les frappes israéliennes sur plusieurs régions du Liban sud et sur la banlieue sud de Beyrouth malgré l'engagement total de la partie libanaise à respecter l'accord de cessez-le-feu ». « Israël n'attend pas de prétexte pour poursuivre son agression. Mais la partie qui lui a donné le prétexte en lançant des roquettes, ne peut être que suspecte, car elle veut nuire aux intérêts du Liban », a-t-il déclaré dans un communiqué. Il a également appelé les parrains de l'accord de cessez-le-feu à « exercer davantage de pression sur Israël pour qu'il mette fin à son agression et respecte pleinement les dispositions de la résolution 1701 ».
Appel de Aoun
Le chef de l’État Joseph Aoun a informé les présidents français Emmanuel Macron, chypriote Nikos Christodoulidès, et grec Kyriakos Mitsotakis, lors d’une réunion à Paris, que la frappe israélienne sur Hadath entre dans le cadre des « violations continues de la trêve par Israël ». « La communauté internationale doit mettre fin à ces attaques et forcer l’État hébreu à respecter l’accord comme le Liban s’y est engagé », a ajouté M. Aoun, selon le compte X de la présidence.
De son côté, Emmanuel Macron a jugé que les frappes israéliennes au Liban étaient « inacceptables » et « en violation du cessez-le-feu », estimant que « les frappes sont des actions unilatérales qui trahissent une promesse donnée et qui font le jeu du Hezbollah ».
Le président Macron a annoncé qu’il allait s’entretenir par téléphone avec son homologue américain Donald Trump « dans les prochaines heures » et avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu d’ici deux jours, au sujet des nouvelles frappes israéliennes au Liban. « Nous n’avons pas eu d’informations signalant des frappes du Hezbollah et des activités militaires au Sud », a-t-il affirmé à l’Élysée aux côtés du président Aoun. « Il est absolument nécessaire que le cadre (de cessez-le-feu) que nous avons défini, qui a été agréé par le Liban et par Israël, soit dûment respecté. Il n’a pas été respecté aujourd’hui par Israël de manière unilatérale et sans que nous ayons eu ni informations ni preuve de faits générateurs », a-t-il ajouté, dans des propos rapportés par l’AFP.
Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, a lui contacté le Premier ministre libanais Nawaf Salam, à qui il a assuré que « l’Égypte soutient le Liban et condamne fermement le bombardement d’un bâtiment à Beyrouth ce matin », a annoncé le ministère égyptien des Affaires étrangères. M. Abdelatty a exprimé le refus du Caire de « tout acte susceptible de porter atteinte à la sécurité, à la sûreté et à la stabilité du peuple libanais », et a souligné « la nécessité de l’application complète de l'accord de cessez-le-feu dans le sud du Liban et du retrait immédiat et inconditionnel des forces israéliennes ». Le ministre égyptien a fait part de « l'inquiétude profonde de l’Égypte face à l’escalade dangereuse au Liban » et a mis en garde « contre une confrontation grave qui menacerait la sécurité régionale ». Dans ce cadre, il a appelé la « communauté internationale à prendre ses responsabilités afin de mettre fin aux violations israéliennes répétées de la souveraineté libanaise ».
« Nous sommes profondément préoccupés par l'escalade le long de la Ligne bleue », a de son côté déclaré Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général de l'ONU, lors de son point presse. « Nous exhortons toutes les parties à faire preuve du maximum de retenue et à s'abstenir de toute activité susceptible d'aggraver la situation, ce qui met en danger les civils », a-t-il ajouté. Il a précisé que la Coordonnatrice spéciale pour le Liban, Jeanine Hennis-Plasschaert, ainsi que le chef de la mission de maintien de la paix de l'ONU (FINUL), le général Aroldo Lázaro, « sont en contact avec tous les acteurs dans le but de désamorcer la situation et de prévenir tout nouvel incident, qui représente des menaces graves des deux côtés de la Ligne bleue ».
Avant lui, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a indiqué lors d'une conférence de presse avoir « toujours appelé la communauté internationale à soutenir le gouvernement et l'armée libanaise pour garantir pleinement la souveraineté du pays et la sécurité d'Israël ». « Notre position est très claire : nous avons toujours appelé à ce que le cessez-le-feu soit entièrement respecté, a-t-il dit. Nous avons toujours appelé Israël à quitter les points où il est encore présent au Liban et à respecter l'intégrité territoriale du pays. »




Il est très facile pour les soldats israéliens qui n'ont pas voulu dégager du sud de tirer sur le nord de leur propre entité : ainsi ils offrent un prétexte en or à Israël qui n'a jamais voulu la paix et surtout à Netanyahou qui ne survit que tant que la guerre continue.
20 h 52, le 29 mars 2025