Des pompiers éteignant un feu après une frappe russe sur Dobropillia, dans la région de Donetsk, le 8 mars 2025. Photo AFP / STATE EMERGENCY SERVICE OF UKRAINE
La Russie a revendiqué samedi la reprise de trois villages dans sa région de Koursk face aux troupes ukrainiennes qui s'y trouvent en difficulté, un nouveau revers pour Kiev à l'heure où la perspective de pourparlers semble se renforcer.
Une délégation ukrainienne de haut niveau, composée notamment de ministres, rencontrera une équipe américaine mardi en Arabie saoudite, a déclaré samedi le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Washington avait affirmé que cette réunion devait définir "un cadre pour un accord de paix", mais Kiev est resté plus vague. "Nous espérons discuter et se mettre d'accord sur les décisions et étapes nécessaires", a dit Volodymyr Zelensky, rappelant que son pays veut "la paix".
L'Ukraine se trouve en difficulté sur le front et est critiquée par le président américain Donald Trump, dont le pays a gelé cette semaine l'aide militaire et le partage de renseignements qu'il lui apportait. Kiev espère utiliser son contrôle de quelques centaines de kilomètres carrés de la région russe de Koursk comme monnaie d'échange dans de potentiels pourparlers.
Mais la position de ses soldats s'y est détériorée ces dernières semaines après une percée de l'armée de Moscou, selon des observateurs. Preuve de ces difficultés, les troupes russes ont repris les villages de Viktorovka, Nikolaïevka et Staraïa Sorotchina, a indiqué samedi le ministère russe de la Défense dans un communiqué.
Selon le blog militaire DeepState, proche de l'armée ukrainienne, une "brèche" s'est produite dans les défenses ukrainiennes au sud de la petite ville de Soujda, sous occupation des forces de Kiev. L'armée russe pourrait être en mesure de cibler les routes utilisées pour le ravitaillement des soldats ukrainiens. L'armée ukrainienne n'a pour l'heure pas fait de commentaire, mais la Russie a déjà repris plus des deux tiers des territoires initialement conquis par Kiev dans la région de Koursk.
Rencontre en Arabie saoudite
Des négociations de paix restent une perspective lointaine, tant les positions de Kiev et Moscou sont opposées, mais cette hypothèse est de plus en plus souvent évoquée depuis le retour à la Maison Blanche de Donald Trump en janvier.
Le président américain a opéré un virage diplomatique radical, tendant la main à Vladimir Poutine tout en tançant Volodymyr Zelensky. La rencontre entre les délégations ukrainienne et américaine en Arabie saoudite mardi doit définir "un cadre pour un accord de paix et un cessez-le-feu initial", selon Steve Witkoff, émissaire américain pour le Moyen-Orient.
L'Ukraine n'a pas détaillé le menu des discussions, mais enverra une équipe de hauts responsables. Le pays sera représenté par le chef de l'administration présidentielle, Andriï Iermak, le ministre des Affaires étrangères, Andriï Sybiga, le ministre de la Défense Roustem Oumerov ainsi que le chef adjoint de cabinet du président, Pavlo Palissa, a détaillé samedi Volodymyr Zelensky.
Donald Trump assure vouloir mettre fin à la guerre dès que possible, mais Kiev craint d'être contraint à de lourdes concessions territoriales au profit de Moscou. La suspension de l'aide américaine et du partage de renseignement, très importants pour les forces ukrainiennes, se produit au moment où l'armée ukrainienne est à la peine dans l'est du pays. Donald Trump a néanmoins menacé vendredi la Russie de nouvelles sanctions si elle ne cesse de "pilonner" l'Ukraine.
Volodymyr Zelensky s'est joint à cet appel samedi en estimant que la nouvelle nuit d'attaques ayant fait au moins une quinzaine de morts prouve qu'il faut "durcir les sanctions contre la Russie". Ces frappes ont suscité des condamnations occidentales. La cheffe de la diplomatie de l'UE, Kaja Kallas, a estimé que Vladimir Poutine "montre qu'il n'a aucun intérêt pour la paix". Le Premier ministre polonais Donald Tusk, dans un sous-entendu au rapprochement entre Washington et Moscou, a jugé que ces attaques sont "ce qui arrive quand on apaise les barbares".
"Apocalypse"
Onze personnes ont été tuées à Dobropillia, ville de la région orientale de Donetsk, et trente autres, dont cinq enfants, ont été blessés, selon Volodymyr Zelensky. Samedi matin, les murs de béton noircis d'immeubles étaient constellés de centaines d'impacts de fragments de bombes à sous-munitions, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Irina Kostenko, habitante de 59 ans, a été blessée à la main par un éclat de verre. Les frappes sont régulières à Dobropillia, mais celles-ci tenaient de l'"apocalypse", témoigne-t-elle. En sortant de son immeuble, elle dit avoir vu sa voisine "allongée par terre, morte, recouverte d'un draps". Trois autres personnes ont été tuées dans une attaque distincte à Bogodoukhiv, dans la région de Kharkiv (nord-est), a indiqué Oleg Synegoubov, chef de l'administration militaire régionale.

