Le Premier ministre libanais Nawaf Salam recevant une délégation américaine au Grand Sérail, le 21 février 2025. Photo X / @grandserail
Recevant chacun à son tour une délégation du Congrès américain conduite par le représentant d'origine libanaise Darrell Issa, le président de la République Joseph Aoun, le Premier ministre Nawaf Salam et le ministre des Affaires étrangères Joe Raggi ont tous appelé les États-Unis à exercer « une pression sur Israël » pour un retrait total du Liban-Sud, où l'armée de l’État hébreu occupe encore cinq positions, en violation des termes de l'accord de cessez-le-feu entre les deux pays entré en vigueur fin novembre, et dont les modalités devaient être appliquées avant le 18 février.
Au cours de sa rencontre avec la délégation américaine à Baabda en présence de l’ambassadrice Lisa Johnson, le président Aoun a réitéré sa demande pressante aux États-Unis, qui avec la France sont garants de l’accord de trêve. Il a exhorté Washington à exercer des pressions sur Israël pour qu'il poursuive son retrait des cinq points qu'il occupe encore au Liban-Sud. Il a également souligné l'importance de maintenir l’aide américaine à l’armée libanaise, pour lui permettre de remplir sa mission dans le Sud et d’autres régions du pays. Darrell Issa a assuré que l’aide se poursuivra, y compris avec de nouvelles formations et des équipements nécessaires. Le soutien américain à l'armée libanaise a été réaffirmé par le département d'État mardi dernier, qui a souligné que l'institution militaire libanaise reste « l'unique garant de la sécurité au Liban ».
L'élu américain a fait part au chef de l’État du « soutien total des États-Unis au Liban », selon des propos rapportés par l'Agence nationale d'information (ANI) tout en confirmant qu'il « travaillera avec l'administration américaine et le Congrès pour concrétiser la demande libanaise ».
Les caches d'armes
Après sa rencontre avec M. Aoun, le sénateur Issa a exprimé depuis Baabda la confiance que les États-Unis placent dans le nouveau président libanais. « Nous avons été heureux de son élection à la présidence », a-t-il déclaré. Il a précisé avoir discuté avec lui de sa vision pour le Liban, du « défi actuel de contrôler le pays dans son ensemble et de s'engager pleinement à respecter la résolution 1701 », ainsi que de « la possibilité d'améliorer les relations avec la Syrie et de mettre un terme au trafic de drogue » à la frontière.
Interrogé par les journalistes sur la manière dont les États-Unis comptent faire pression sur Israël pour appliquer la résolution 1701, Darrell Issa a répondu : « En moins de 60 jours, nous avons vu une coopération presque totale des deux parties, libanaise et israélienne. Les troupes israéliennes se sont retirées de la majeure partie du territoire libanais, à l'exception de cinq points, et l'armée libanaise a renforcé son contrôle dans le secteur. Mais ce qui n'a pas encore été fait, c'est la destruction des grandes caches d'armes. » Il a ajouté : « Chaque jour, il y a des explosions dues à la destruction d'armes et à la découverte de nouveaux tunnels remplis d'armements. Il y aura donc un temps de transition plus long pour s'en débarrasser, mais les deux parties comprennent que l'application complète de la résolution 1701 se produira, et cela inclut le retour d'Israël aux frontières historiquement reconnues. »
« Les deux parties travaillent dur pour éliminer les armes restantes issues de décennies de guerres, et cela prendra du temps et nécessitera de laisser un peu de temps aux deux parties. L'application complète de la résolution 1701 (...) nécessitera un certain temps pour se débarrasser des résidus de la guerre », a-t-il encore dit.
Interrogé sur la possibilité pour les États-Unis d'imposer des sanctions à des partis et des responsables politiques s'ils ne coopèrent pas pour désarmer le Hezbollah, il a répondu : « Le Hezbollah figure sur notre liste (de sanctions) depuis longtemps. Nous travaillerons avec le Premier ministre après que son gouvernement aura reçu la confiance, et bien entendu avec le président de la République. Tant que la coopération est établie avec le gouvernement légitime du Liban, il n'y a pas besoin de sanctions. »
« L'un des défis réside dans la levée de certaines sanctions imposées dans le passé qui ont entravé l'aide pour fournir de l'électricité 24 heures sur 24 au Liban, entre autres. Par conséquent, nous prévoyons l'inverse, c'est-à-dire la levée de certaines sanctions », a-t-il ajouté.
Soutien à l'armée
Le Premier ministre Nawaf Salam lui aussi reçu au Grand Sérail la délégation américaine, qui comprenait aussi les sénateurs Chuck Edwards et James Baird. En accueillant ses hôtes, il a souligné « la nécessité pour Washington de faire pression sur Israël pour qu'il se retire complètement des points qu'il occupe encore, le plus rapidement possible ». Cette occupation au Liban-Sud n'a selon lui « aucune justification militaire ni sécuritaire » et constitue une violation de l'accord de cessez-le-feu, de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, du droit international et de la souveraineté du Liban, a-t-il affirmé. Darrell Issa a exprimé de son côté son « soutien au Liban et à l'armée libanaise ».
Le chef de la diplomatie libanaise Joe Raggi a insisté lui aussi auprès des membres du Congrès sur la nécessité « d'un retrait complet d'Israël de tous les territoires libanais occupés, du respect de ses engagements dans l'accord de cessation des hostilités, et de l'application de la résolution 1701 ». Il a remercié le Congrès et l'administration américaine pour « avoir exempté le Liban de la décision de suspendre l'aide américaine, et pour avoir accordé une aide de 95 millions de dollars à l'armée libanaise », saluant le soutien américain à la troupe et aux institutions publiques libanaises. Le sénateur Issa a invité le ministre Raggi à effectuer une visite à Washington et ce dernier lui a promis de répondre à cette invitation dans les plus brefs délais.
Après une guerre dévastatrice qui a duré d’octobre 2023 jusqu’au cessez-le-feu de novembre 2024, l’armée israélienne, après avoir reporté de plus de deux semaines son retrait du Liban-Sud, a finalement quitté les villages frontaliers qu’elle occupait encore, ouvrant la voie à un déploiement de l’armée libanaise, conformément à la résolution 1701. Elle a cependant maintenu sa présence en cinq points sur les hauteurs à l’intérieur des terres libanaises, les estimant « stratégiques ». Le Liban officiel a répliqué en annonçant qu’il allait porter plainte auprès du Conseil de sécurité de l’ONU, mais qu’il ne privilégiait que la voie diplomatique, au grand dam du Hezbollah.


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