Le restaurant Lakkis Farm, situé rue Kantari à Beyrouth. Photo tirée de son site
Des cris de terreur, une table renversée, des bruits de verre brisé, des hommes qui s'affrontent et forcent l’entrée du restaurant... Une vidéo montrant des actes de vandalisme, probablement perpétrés par des partisans du Hezbollah dans le restaurant Lakkis Farm, situé rue Kantari à Beyrouth, a provoqué un tollé vendredi sur les réseaux sociaux. L’incident serait survenu après la diffusion d’un message vocal dans lequel le gérant de l’établissement insistait sur la présence obligatoire de son personnel dimanche, jour des funérailles de l'ancien secrétaire général du parti chiite, Hassan Nasrallah.
Dans le message vocal adressé à ses employés, le gérant du restaurant a rappelé « l'importance du respect des horaires de travail, même dans des circonstances particulières », exigeant que « personne ne se dise incapable de travailler le dimanche, quelle qu'en soit la raison ». Il a insisté sur le fait que « tous les départements et sections de l'établissement doivent respecter les plannings sans aucune exception, ni tolérance pour les retards ou les absences ». Enfin, le gérant a averti que toute absence non justifiée le dimanche entraînerait une sanction, notamment une retenue sur salaire équivalente à au moins trois jours de travail.
Cette affaire a divisé l'opinion publique ces deux derniers jours, et sur le réseau social X le hashtag LakkisFarm est devenu viral. Certains jugent les propos du gérant « indécents » et « déloyaux », tandis que d'autres dénoncent les violences, qualifiant leurs auteurs de « voyous » et de « terroristes ».
Mohammad Safa, fils de Wafic Safa, responsable de l’unité de liaison et de coordination du Hezbollah, avait menacé jeudi de lancer une « campagne ciblée » contre ces comportements. « Un enregistrement vocal est en train d’être envoyé par l’un des directeurs de restaurants à Beyrouth, dans lequel il menace ses employés en leur interdisant toute absence le dimanche, sous peine de sanctions. Ils ont le droit de prendre les mesures qu’ils souhaitent, a-t-il écrit sur X. Mais il est de notre devoir, en tant que communauté (de Hassan Nasrallah NDLR), de boycotter sérieusement et fermement tous ceux qui manquent de loyauté. »
L’incident, filmé et largement partagé, a suscité de vives réactions parmi les internautes. Certains ont dénoncé une injustice à l'encontre du gérant. L’un d’entre eux a déclaré : « Plus ils (les pro-Hezbollah) agissent ainsi, plus ils suscitent la haine envers eux. » D’autres ont appelé au « boycott » du restaurant, certains n’hésitant pas à qualifier le propriétaire de « plus sale que l'ennemi israélien ».
Des internautes ont qualifié les auteurs de ces actes violents de « terroristes des funérailles », tandis que l’activiste Farouk Yacoub a écrit qu' « ils (les combattants du Hezbollah) avaient pour objectif de mener une guerre contre Israël, mais se contentaient désormais de renverser le gérant d’un restaurant ». Un autre internaute a estimé qu'il était « essentiel de soutenir tous les commerces et entreprises qui resteront ouverts dimanche », ajoutant que le propriétaire de Lakkis Farm était un « patriote qui privilégie le travail et le service de son pays » plutôt que de participer aux funérailles d’un « baril de déchets ».
« Honte à ce restaurant ! Au lieu de distribuer des sfihas (tartes garnies de viandes hachées) en mémoire du Sayyed, le gérant de Lakkis Farm menace ses employés ! Boycottons-le ! », a lancé un autre internaute.
La direction de l’établissement n’a pas tardé à réagir vendredi en diffusant un communiqué dans lequel elle annonce le licenciement « avec effet immédiat du directeur de la succursale ». « Cette décision fait suite à des propos tenus de sa propre initiative, sans consultation préalable de la direction générale », précise le texte. Il ajoute en outre que Mouhib Lakkis, propriétaire de l’établissement ainsi que ses associés n’ont à aucun moment interdit à leurs employés d’assister aux funérailles de Hassan Nasrallah.
Le Hezbollah prévoit la participation de « centaines de milliers » de personnes aux funérailles de Hassan Nasrallah et de son successeur éphémère Hachem Safieddine, qui se dérouleront à la cité sportive Camille Chamoun à Beyrouth.
À l'approche de cette journée, un regain de tension est perceptible, notamment entre partisans du Hezbollah et d'autres civils, comme ce fut le cas jeudi à l'Aéroport international de Beyrouth, lorsqu'une femme a brandi un portrait de l'ancien leader du parti. Des échauffourées ont également éclaté ces dernières semaines dans la banlieue-sud de la capitale, pendant des sit-in protestant contre la suspension par les autorités des vols en provenance d'Iran et contre des propos tenus par la diplomate américaine Morgan Ortagus à propos du Hezbollah.



Cette affaire me rappelle la situation de mon père, ingénieur / architecte / entrepreneur en bâtiment, il y a une cinquantaine d’années. Ses équipes de construction tendaient à venir d’un groupe de 3 villages voisins dans le Metn. Comme ils étaient tous plus ou moins apparentés, et que chaque personne décédée était le père des uns, l’oncle des autres, le frère ou cousin des troisièmes, etc., il faisait face a un fort absentéisme lors de funérailles. Un jour, excédé, il dit au contremaitre: “je ne veut plus entrendre “met flen, met fleiten”. A la rigueur, si le type lui-même casse sa pipe…” :-)
11 h 11, le 24 février 2025