Le Premier ministre Nawaf Salam s’exprimant à la tribune du palais de Baabda, le 14 janvier 2025. Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour
Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a fermement condamné lundi les propos de son homologue israélien Benjamin Netanyahu, qui avait suggéré la création d'un État palestinien sur le territoire saoudien. Il a qualifié ces déclarations d'« atteinte continue aux pays arabes et d’ingérence dans leurs affaires ».
Dans un communiqué cité par l'Agence nationale d'information (ANI, officielle), Nawaf Salam a réaffirmé « le droit inaliénable du peuple palestinien à établir son propre État indépendant sur son territoire, conformément à l'initiative de paix arabe adoptée lors du sommet de Beyrouth ».
Le sommet de Beyrouth en 2002 avait abouti à l'adoption de l'« initiative de paix arabe » proposée par l'Arabie saoudite. Ce plan offrait à Israël une paix globale et une normalisation des relations avec les pays arabes, en échange du retrait des territoires occupés depuis 1967 (la Cisjordanie, la bande de Gaza et le Golan syrien), de la création d’un État palestinien avec Jérusalem-Est pour capitale, ainsi que d'une solution au problème des réfugiés palestiniens.
Le chef du gouvernement a également exprimé son soutien à l'appel de l'Égypte en faveur d'un sommet arabe d'urgence, prévu le 27 février, pour adopter une position unifiée face à ce qu'il a qualifié de « plan dangereux visant la Palestine, son peuple et les autres États arabes ». Il a exprimé l'espoir que cette réunion permettra d'adopter « une position arabe uniforme pour mettre fin aux projets de destruction et de déplacement ».
L’Égypte a annoncé dimanche qu'elle organiserait ce sommet pour discuter des « derniers développements graves » concernant la question palestinienne, à la suite de l'annonce par Donald Trump d'un plan visant à placer Gaza sous contrôle américain. Ce « sommet arabe d'urgence » se tiendra alors que l’Égypte a rallié des soutiens régionaux contre le plan du président américain, qui propose de déplacer les habitants de Gaza vers l’Égypte et la Jordanie et de placer le territoire palestinien sous contrôle des États-Unis pour sa reconstruction.
Avant M. Salam, le ministère libanais des Affaires étrangères avait diffusé un communiqué dans le même sens, dénonçant les déclarations de M. Netanyahu. « Nous exprimons notre solidarité avec l'Arabie saoudite face à toute menace pour sa sécurité, sa stabilité, sa souveraineté et l'intégrité de son territoire », indiquait le texte. Le ministère a également rejeté « toutes les tentatives d'expulsion des Palestiniens ou de leur implantation, notamment au Liban », en référence aux propos réitérés du président américain Donald Trump sur ce sujet, réaffirmant ainsi la position libanaise en faveur de la solution à deux États.
Au cours d'une interview télévisée avec Benjamin Netanyahu jeudi, le journaliste israélien de droite Yaakov Bardugo évoquait la perspective d'une normalisation diplomatique avec l'Arabie saoudite lorsqu'il a semblé faire un lapsus, attribuant à Riyad la position selon laquelle « il n'y aurait pas de progrès sans un État saoudien ». « Un État palestinien ? », l'a alors interrompu M. Netanyahu. « A moins que vous ne vouliez que l’État palestinien soit en Arabie saoudite, les Saoudiens ont beaucoup de territoire », a-t-il ajouté avant d'évoquer les négociations ayant conduit aux accords d'Abraham, qui ont permis la normalisation des relations entre Israël et plusieurs pays arabes en 2020, concluant : « Je pense que nous devrions laisser ce processus suivre son cours ».
La création d'un État palestinien en dehors de Gaza et de la Cisjordanie occupée a suscité une vague de condamnations régionales. « Le royaume rejette catégoriquement ces déclarations, qui visent à détourner l'attention des crimes successifs commis par l'occupation israélienne contre nos frères palestiniens à Gaza, y compris le nettoyage ethnique auquel ils sont soumis », a souligné le ministère saoudien des Affaires étrangères.
L'Arabie saoudite avait entamé en 2020 des négociations pour un rapprochement avec Israël, en échange d'un pacte de défense avec Washington et d'une assistance américaine pour un programme nucléaire civil. Mais les discussions ont été suspendues après le début de la guerre dans la bande de Gaza, déclenchée par une attaque du Hamas territoire israélien le 7 octobre 2023, Riyad conditionnant toute reconnaissance d'Israël à la création d'un État palestinien.


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