Une ambulance transportant des blessés à l’hôpital de l'Université américaine de Beyrouth, à la suite de l’explosion de bipeurs, le 17 septembre 2024. Mohammad Yassine/Photo d'archives L’Orient-Le Jour
Un message vocal accusant le Centre médical de l'université américaine de Beyrouth (AUBMC) de refuser de traiter les blessés des attaques israéliennes sur les bipeurs et talkies-walkies du Hezbollah suscite la polémique sur les réseaux sociaux depuis deux jours. Invité à réagir par L’Orient-Le Jour, le bureau de communication de l’AUBMC dément en bloc et rappelle son engagement auprès de « tous les patients », sans la moindre discrimination, précisant que « les blessés qui ont quitté l’hôpital ont tous bénéficié d’un plan global de soins, que ce soit au sein de l’AUBMC ou à l’extérieur ».
L'affaire fait polémique depuis deux jours. Elle a été suscitée par la publication d’une communication téléphonique de 30 secondes, par le média Lebanon Debate sur la plateforme X. Selon ce message vocal dont nous n’avons pas pu vérifier l’authenticité et sur lequel est inscrit en arabe « communication entre un blessé des bipeurs et l’hôpital américain de Beyrouth », un inconnu s’adresse en arabe avec agressivité à une femme et se présente auprès d'elle comme faisant partie des « blessés aux bipeurs », en référence à l'opération de piratage d'Israël qui avait fait exploser à distance et simultanément de nombreux bipeurs et talkies-walkies, les 17 et 18 septembre 2024. Ces attaques avaient fait au moins 26 morts et plus de 3 200 blessés. Ces dizaines de morts comptent des membres du Hezbollah, mais aussi des civils dont une jeune enfant.
Les personnes touchées avaient été transportées dans plusieurs hôpitaux de Beyrouth et ailleurs dans le pays, parmi lesquels l’AUBMC. La guerre sévissait alors au Liban entre le Hezbollah et Israël depuis le 8 octobre 2023, au lendemain de l’attaque du Hamas contre Israël depuis la bande de Gaza, et ces vagues d'attaques ont marqué un tournant dans l'escalade israélienne au Liban.
Les pro-Hezbollah condamnent
« J’ai appelé depuis peu et lorsque je vous ai dit que j’étais l’un des blessés des pagers (bipeurs en anglais), vous n’avez pas accepté de me donner rendez-vous, n’est ce pas ? » « En effet », répond la voix féminine dans l'extrait qui fait polémique. « Je veux juste que vous fassiez parvenir un message au docteur : qu’il apprenne d’abord l’humanité avant la médecine. » La voix féminine tente de répondre, l'homme l’interrompt. « Avant de vous laisser dire un mot, sachez que cette communication est enregistrée, de même que la précédente, et qu'elle sera diffusée à la télé et ailleurs », conclut l’homme.
Prenant la défense du prétendu patient, le journaliste Hussein Mortada proche du Hezbollah a accusé l’AUBMC d’avoir pris la décision de ne plus accueillir de blessés par les bipeurs. « Que sont devenus votre serment, votre humanité ? » a-t-il lancé, interpellant le médecin traitant du patient concerné. « Qu’attendent le ministère de la Santé et l’ordre des médecins pour réagir ? » poursuit-il dans une vidéo relayée sur les réseaux.
Jinan Zeaïter, une internaute, s’indigne aussi : « Dire à un patient “toi, le blessé des bipeurs, nous ne te donnons pas rendez-vous”, est-ce un comportement humain, professionnel, médical ou quoi ? »
Démenti de l'AUB
L’Orient-Le Jour a sollicité le bureau de communication de l’AUBMC qui souligne que « l’Université américaine de Beyrouth et ses centres médicaux ont toujours assuré à tous les patients la plus haute qualité de soins, sans distinction de religion, croyance ou situation socio-économique. Et plus particulièrement durant les derniers mois et dans des circonstances des plus difficiles. Le corps médical s’est dévoué pour assurer les services de la plus haute qualité ».
« Tout ce qui a été véhiculé sur les réseaux sociaux est faux, ajoute le bureau. Cela cause du tort à tous ceux qui ont profité de nos services médicaux. Chaque patient qui a été soigné chez nous et a quitté l’hôpital a bénéficié d’un plan de soins global, que ce soit au sein du centre de soins ou à l’extérieur », conclut l’institution.
D'autres internautes se sont affrontés sur les réseaux sociaux en réaction à cette affaire. « À votre place, j’irais me faire soigner en Iran… » lance un internaute. « Laissez les Américains ! Allez plutôt à l’hôpital al-Rassoul al-Aazam (proche du Hezbollah) », rétorque un autre.
Le journaliste Rabih Farran n’a pas tardé à réagir, estimant l’affaire louche. « Ce n’est pas pour prendre la défense (de l’AUBMC). Mais quelque chose cloche », a-t-il affirmé. « Car de nombreux blessés par les bipeurs ont été vus en train d’être soignés à l’hôpital » américain.
De même, le journaliste Ricardo Karam dénonce « les fausses accusations contre l'AUB alléguant une discrimination dans les soins aux patients, des préjugés et un manque d’inclusivité (...) Soyons clairs, il ne s'agit que de rumeurs dangereuses et sans fondement. L'AUB a été et continuera d'être une université pour tous, un hôpital pour tous et un phare de la diversité où les origines et les affiliations sont fondées sur la science et la guérison… »




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Désolé, quand il n’y a pas de place pour tout le monde, on soigne d’abord les victimes, et ensuite seulement les agresseurs. Les bipeurs du Hezbollah sont des armes illégales comme les autres, ce qui fait de leurs porteurs des agresseurs contre la souveraineté du Liban. Donc SI IL Y A DE LA PLACE on se doit de vous soigner, sinon allez voir ailleurs.
06 h 19, le 03 février 2025