Dans un cimetière du centre de la Syrie, Fairouz Shalish est agenouillée, agrippant la terre rouge en pleurant devant une tombe anonyme où elle pense que son fils Mohammed, 27 ans, arrêté par les hommes de Bachar al-Assad, pourrait se trouver.
Elle ne l'a pas revu depuis que des agents de la sécurité militaire ont fait irruption à leur domicile proche de la ville de Homs à l'aube, début novembre, un mois avant la chute d'Assad.
"Je hurlais", raconte cette femme de 59 ans, au cimetière de Tal al-Nasser, près de Homs. "Ils lui ont tiré dans la jambe, il est tombé au sol" et deux d'entre eux l'ont emmené, ajoute-t-elle.
"Il a quatre jeunes enfants... Il a un fils de deux ans", ajoute-t-elle. "Je lui dis que (papa) reviendra demain."
Le sort de dizaines de milliers de détenus et de disparus constitue l'un des aspects les plus douloureux des années Bachar al-Assad, qui a réprimé dans le sang un soulèvement populaire en 2011 ayant dégénéré en guerre civile.
"Des gens l'ont accusé (Mohammed) d'être en contact avec des révolutionnaires dans le nord", explique à l'AFP Fairouz Shalish.
Son autre fils, arrêté en même temps, a été libéré plus tard, mais elle a appris de manière officieuse le décès de Mohammed.
- "Besoin d'être certaine" -
Dans le vaste cimetière, où une odeur de putréfaction règne malgré l'air frais, des blocs de parpaing servent de pierres tombales par endroits.
Lors d'une visite précédente, elle a appris qu'un homme non identifié enterré dans la tombe devant laquelle elle se trouvait avait la même date de décès que son fils.
Mais elle n'a pas pu obtenir l'autorisation d'exhumer le corps.
"S'il faut aller au bout du monde, j'irai. Je dois savoir si c'est mon fils ou non", dit-elle. "Je dois être certaine, pour que mon coeur soit apaisé."
Depuis qu'une coalition armée emmenée par des islamistes a renversé Assad le 8 décembre, nombre de Syriens comme elle cherchent désespérément des dizaines de milliers de proches, redoutant que beaucoup soient morts.
Dans son bureau, à l'entrée du cimetière, Adnan Deeb, connu sous le nom d'Abou Sham, trie des registres contenant les noms des personnes enterrées à Tal al-Nasser, feuilletant des pages manuscrites usées, classées par date.
Dès le début du soulèvement de 2011, les autorités ont commencé à apporter des corps "de l'hôpital militaire pour les enterrer", dit-il.
"Certains portaient des codes, d'autres étaient identifiés par leur nom", ajoute cet homme, la tête enroulée dans un keffieh.
"Parfois, ils nous en amenaient dix, parfois cinq... Ils les amenaient dans des ambulances, des pick-ups ou des véhicules militaires", dit-il, affirmant que certains corps portaient des traces de torture.
"C'était atroce. Atroce. Mais nous n'avions pas le choix, nous devions faire notre travail", ajoute-t-il.
- Toujours à la recherche -
M. Deeb estime que plusieurs milliers d'anciens détenus pourraient être enterrés dans le cimetière.
Il espère que les systèmes informatiques de l'hôpital militaire révéleront un jour les noms des corps non identifiés.
Les gens ont besoin de "savoir où leurs enfants sont enterrés", dit-il.
Le Comité international de la Croix-Rouge a estimé que connaître le sort des disparus serait une tâche titanesque qui pourrait prendre des années.
Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), plus de 100.000 personnes sont mortes dans les prisons et centres de détention depuis 2011.
Rafic al-Mohbani, 46 ans, originaire de Homs, cherche des réponses depuis plus d'une décennie.
Ses yeux brillent de rage lorsqu'il raconte comment son frère Raef et son beau-frère Hassan Hammadi ont disparu en rentrant du travail en juin 2013.
"On nous a dit qu'ils étaient à la branche de sécurité militaire de Homs. Nous y sommes allés, on nous a dit qu'ils avaient été transférés à Damas, et depuis, nous ne savons plus rien", dit-il.
"Nous avons payé de l'argent à différentes personnes" en secret, poursuit-il. "Nous avons engagé un avocat, et nous n'avons toujours rien trouvé."
Après la libération de milliers de détenus des prisons d'Assad en décembre, "nous avons republié les photos, nous avons cherché dans les cimetières et les hôpitaux", raconte-t-il.
Il a également visité le cimetière de Tal al-Nasser, sans succès.
Mais cet homme émacié, qui travaille comme mécanicien, garde espoir de connaître le sort des deux hommes.
"Si Dieu le veut, justice sera rendue pour nous et pour tous en Syrie."
lg/jos/at/anr
© Agence France-Presse
Elle ne l'a pas revu depuis que des agents de la sécurité militaire ont fait irruption à leur domicile proche de la ville de Homs à l'aube, début novembre, un mois avant la chute d'Assad.
"Je hurlais", raconte cette femme de 59 ans, au cimetière de Tal al-Nasser, près de Homs. "Ils lui ont tiré dans la jambe, il est tombé au sol" et deux d'entre eux l'ont emmené, ajoute-t-elle.
"Il a quatre jeunes enfants... Il a un fils de deux ans", ajoute-t-elle. "Je lui dis que (papa) reviendra demain."
...


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine