Capture d'écran de l'entretien de Jamal Abdel Halim Khaddam à la chaîne libanaise MTV, diffusé le samedi 11 janvier.
Fils de Abdel Halim Khaddam, l'une des figures principales du régime baassiste syrien, Jamal Abdel Halim Khaddam s'est livré dans des entretiens diffusés ce week-end aux chaînes saoudienne al-Arabiya et libanaise MTV sur les rouages du régime Assad, qu'a servi son père pendant une trentaine d'années. La raison de sa prise de parole, selon ses mots, est de « participer à la fête en Syrie », en « ouvrant enfin les dossiers (du régime) ».
Il s'est ainsi arrêté spécifiquement, pour la chaîne libanaise, sur la vague d’assassinats en 2005 au Liban ciblant des personnalités du 14 Mars, largement imputée aux services de renseignements syriens et à leur principal allié sur place, le Hezbollah.
« Ils ont commencé »
Par le prisme des conversations avec son père, il est d'abord revenu sur la tentative d'assassinat de l’ancien journaliste et homme politique Marwan Hamadé, le 1er octobre 2004. Abdel Halim Khaddam a un jour convoqué Jamal afin qu'il appelle instamment son fils « Aboudi », qui étudiait alors à l'AUB (Université américaine de Beyrouth) à quitter Beyrouth : « Tu lui dis de quitter Beyrouth demain ; il doit partir étudier à l’étranger, ailleurs. ». À la question de savoir pourquoi, il répond laconiquement : « Ils ont commencé. ».
Ce « ils » désigne le régime qu'Abdel Halim Khaddam a servi plus de trente années, en tant que ministre des Affaires étrangères (1970-1984) puis vice-président de la Syrie (1984-2005). Durant la guerre civile libanaise (1975-1990), le responsable syrien était en charge du dossier libanais, que reprend ensuite Bachar el-Assad à la demande de son père en 1998.
Son fils Jamal révèle qu'à chaque assassinat politique qui jalonnera l'année funeste de 2005 au Liban, son père reconnaissait à chaque fois la signature de la Syrie. Parmi les victimes, deux célèbres plumes d’an-Nahar : Samir Kassir, historien et éditorialiste, assassiné le 2 juin 2005, et Gebran Tueni, bête noire de Damas, rédacteur en chef du quotidien et député, tué le 12 décembre de la même année. Entre les deux, la présentatrice vedette de la LBCI May Chidiac a échappé de peu à un attentat à la voiture piégée mais en ressort avec de très graves séquelles. « L'une après l’autre, dès que l’une (de ces personnalités) était tuée » raconte Jamal Abdel Halim Khaddam, son père lui lâchait : « C'est la Syrie qui l'a tué ».
« Plie bagage, et quitte le pays »
Jamal Khaddam est revenu plus particulièrement sur l'assassinat de Rafic Hariri : le 14 février 2005, un kamikaze fait sauter une camionnette remplie d’explosifs au passage du convoi blindé qui le transportait. Le Premier ministre libanais était proche de Abdel Halim Khaddam. Dès 2005, il avait accusé le régime syrien d’avoir assassiné le Premier ministre Rafic Hariri, et c'est après cet événement et le retrait des troupes syriennes du Liban qu'il deviendra une figure de l'opposition en exil.
Si Jamal Khaddam explique que « les désaccords entre Bachar el-Assad et Rafic Hariri ont commencé au moment du mandat d’Emile Lahoud » en 1998, il mentionne comme un fait marquant un événement ayant lieu « deux à trois mois » avant l'assassinat : une réunion durant laquelle « Ghazi Kanaan, Rustom Ghazalé, et Mohammed Khallouf réprimandent violemment » Rafic Hariri. Trois hommes qui n'étaient autres que le ministre de l'Intérieur syrien de l'époque et chef des services de renseignements militaires syriens au Liban, Ghazi Kanaan, son successeur, Rustom Ghazalé et l'un de ses principaux collaborateurs à Beyrouth, Mohammed Khallouf. Après l'entretien, « l(a) tension (de Rafic Hariri) est tellement montée que son nez a saigné » révèle Jamal Khaddam.
Pourtant, Rafic Hariri refusera de se croire mis en danger, assurant à un envoyé de Abdel Halim Khaddam venu l'avertir que l'on voulait le tuer et qu'il devait « plie(r) bagage, et quitte(r) le pays », qu'il s'était « réconcilié avec Rustom (Ghazalé) » et qu'ils se sont « arrangés », c'est-à-dire que M. Hariri lui a offert une somme d'argent, commente Jamal Khaddam. « Mon père connaissait la machine à tuer (syrienne), il savait comment ils pensaient » explique M. Khaddam.
Il relate ainsi une réunion de direction du parti durant laquelle Bachar el-Assad se serait levé et aurait dit « ils ont fait de Rafic Hariri un traître ». Or, explique M. Khaddam, son père savait que « traître » et « condamné à mort » étaient synonymes pour le régime Assad. « Mon père a senti que (l'assassinat de Rafic Hariri) était le début de quelque chose de plus grand » continue-t-il, d'une emprise plus globale sur le Liban de la Syrie, et derrière elle l'Iran, nomme-t-il. Avant de conclure : « Dieu merci elle n'y est pas parvenue ».



Toutes ces saletés d hommes...pourquoi??
09 h 20, le 14 janvier 2025