Wafic Safa participant à la commémoration de la Journée de Jérusalem, le 23 juillet 2017, dans la banlieue sud de Beyrouth. Photo d’archives AFP
Les propos de Wafic Safa, responsable de l’unité de liaison du Hezbollah, qui a affirmé dimanche que le seul veto du Hezbollah pour la présidentielle concerne le chef des Forces libanaises (FL) Samir Geagea, ont suscité de vives critiques, notamment dans les rangs des députés du parti chrétien.
« Notre seul veto concerne le chef des Forces libanaises Samir Geagea, car il représente un projet de discorde et de destruction pour le pays », a affirmé dimanche M. Safa, alors que le chef des FL est l'un des opposants politiques les plus virulents du Hezbollah. Ses propos sont intervenus alors que le Liban est sans président depuis plus de deux ans. Le président du Parlement, Nabih Berry, a convoqué une nouvelle session électorale, prévue pour le 9 janvier.
En réponse aux commentaires de Safa, le porte-parole des FL, Charles Jabbour, s'est exprimé sur X, qualifiant le Hezbollah de « projet destructeur » qui a « détruit le Liban et tué les Libanais avec ses guerres iraniennes perdues d'avance ». « L'un des signes de l'ère des démons est qu'une faction iranienne qui s'installe au Liban par la force du terrorisme iranien se permet d'opposer son veto à un candidat à la présidence libanaise », a poursuivi M. Jabbour. « Ce voyou devrait être arrêté et poursuivi en justice », a-t-il renchéri en référence à Wafic Safa.
La députée Sethrida Geagea et épouse du leader des FL, a également critiqué les propos du responsable chiite. « Où est la sédition de Samir Geagea » ? s'est-elle interrogée, rappelant que Bécharré et Deir el-Ahmar, bastions des FL, ainsi que d'autres régions du Mont-Liban, ont accueilli des déplacés partisans du Hezbollah lors de la guerre entre le parti chiite et Israël. « Samir Geagea est-il un projet de guerre dans le pays ? Ou bien l'assassinat de [l'ancien Premier ministre] Rafic Hariri et des autres martyrs de la révolution du Cèdre [une série de manifestations en 2005 qui ont conduit à la fin de la tutelle syrienne sur le Liban, ndlr] est-il l'incarnation claire de votre guerre déclarée contre le peuple libre du pays ? », a-t-elle ajouté. Le Hezbollah et le régime syrien ont été accusés d'être à l'origine des assassinats, en 2005, d'hommes politiques et de journalistes qui s'opposaient à l'influence de la Syrie au Liban, y compris celui de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri. « Wafic Safa, réveille-toi, le temps où tu lèves ton veto face aux autres est révolu », a-t-elle conclu.
Les députés FL s'indignent
Plusieurs autres députés des FL ont également condamné les remarques de Wafic Safa. Le député Razi el-Hajj a affirmé : « L'horloge ne reviendra pas en arrière... L'ère de l'Etat est arrivée... et le temps des menaces et des vetos est révolu ».
L'ancien chef du département des relations extérieures des FL, Richard Kouyoumjian, a quant à lui déclaré que « Le seul veto dont dispose le Hezbollah au Liban concerne le projet d'établissement d'un véritable État. Samir Geagea honore ceux qui croient en l'État, la souveraineté, la diversité et la liberté, et vous n'en faites pas partie. Ne prononcez même pas son nom ».
Lundi, le bloc du Renouveau, qui fait partie de l'« opposition » (alignée sur les FL), a publié une déclaration qualifiant les remarques de Wafic Safa de signe que le Hezbollah tentait de dissimuler sa perturbation continue de la Constitution libanaise. Le bloc a accusé le groupe de proférer des menaces, d'attiser les conflits et de distraire les Libanais par des affrontements verbaux, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle). « Il aurait été plus approprié pour le parti, après le désastre qu'il a causé avec la guerre, de réfléchir, d'apprendre et de se reconnecter à son identité libanaise comme n'importe quelle composante de ce pays. Au lieu de cela, il persiste dans son comportement qui contredit la signification du Liban en tant que pays pluraliste et ouvert, ainsi que le concept de l'État et des institutions. Trop c'est trop ! L'ère de la terreur contre les Libanais est révolue », a déclaré le bloc.
À la suite d'une réunion du bloc du Front souverain pour le Liban pour discuter des commentaires de Safa, Elie Mahfoud, membre du groupe, a déclaré : « Aucune composante politique, quelle que soit son importance, n'a le droit d'empêcher ou d'interdire l'un des droits garantis par le système démocratique libanais ». Il a également appelé à « un consensus libanais qui transcende l'esprit de parti et le sectarisme pour faire face au danger » posé par le Hezbollah. « Ce dont nous avons besoin aujourd'hui, c'est d'un front libanais comprenant des chrétiens et des musulmans pour faire face à la menace iranienne qui met en péril la souveraineté et la stabilité du Liban », a-t-il ajouté.



La trahison coule dans ses veines comme pour la plupart du Hezbollah iranien.
14 h 45, le 07 janvier 2025