Deux Syriennes se prennent en photo devant un sapin de Noël à Damas, le 19 décembre 2024. Louai Beshara/AFP
Les craintes des minorités religieuses en Syrie depuis la chute du régime Assad et l'accès au pouvoir des rebelles islamistes de Hay'at Tahrir el-Cham (HTC) seraient-elles finalement fondées ? Plusieurs incidents visant des lieux de culte chrétiens, notamment à Hama, dans l'ouest de la Syrie, ont été rapportés ces derniers jours sur les réseaux sociaux et commentés par des activistes syriens qui mettent en garde contre les dérapages sécuritaires et les attaques à caractère confessionnel. Un incident visant un mausolée alaouite dans le rif de Hama a également été rapporté, mais semble isolé pour l'instant.
« Des hommes armés ont essayé de briser une croix »
Mercredi soir, des inconnus ont tiré sur l'archevêché grec-orthodoxe de Hama, après avoir tenté de briser une croix érigée sur place, a confirmé l'archevêché dans un communiqué signé par le métropolite de Hama, Nicolas Baalbaki, et publié vendredi sur Facebook. « Des hommes armés ont essayé de briser une croix, et des jeunes de la paroisse leur ont demandé de ne pas le faire. Ils ont alors tiré en direction de l'archevêché avant de s'enfuir. Les forces de l'ordre nous ont dit qu'ils ont été capturés », indique le texte. « Nous avons reçu de nombreux appels (...) de paroissiens (...), de cheikhs et de personnalités civiles et officielles qui ont condamné cet incident et précisé qu'il ne représente pas l'islam modéré », poursuit le communiqué qui appelle à la mise en place d'un « État laïc » en Syrie. Une équipe de la Défense civile venue spécialement d'Idleb, chef-lieu de HTC, a par ailleurs réparé les dégâts qui ont touché un cimetière voisin, indique l'archevêché.
Cette agression inquiétante contraste avec les sapins de Noël érigés à Damas, selon des photos de l'AFP datant de jeudi et qui montrent des promeneurs se prenant en photo devant un sapin dans la capitale syrienne. Une vidéo tournée à Tartous (ancien fief du régime) et partagée sur les réseaux sociaux montre également une foule célébrant la chute d'Assad dans un espace décoré de guirlandes et de flocons de neige, le tout surmonté d'un drapeau des rebelles du HTC.
Un groupe jihadiste impliqué ?
Se basant sur des témoignages d'habitants et d'activistes locaux, le Réseau syrien des droits de l'homme indique dans un article publié sur son site jeudi que l'attaque contre l'archevêché grec-orthodoxe aurait été menée par des combattants du « groupe jihadiste salafiste Ansar el-Tawhid ». Fondé en 2017 par des éléments du groupuscule Jound el-Aqsa, actif durant le conflit syrien, Ansar el-Tawhid serait basé à Sarmine, dans le rif d'Idleb, et dirigé par Khaled Khattab, explique le réseau. « Hama est une des régions syriennes les plus riches en termes de confessions, avec des musulmans sunnites, ismaélites, alaouites et des chrétiens... » insiste le réseau qui appelle à « préserver la diversité et la paix civile » en Syrie.
Interrogés par L'Orient-Le Jour quelques jours après la chute du régime Assad, des ecclésiastiques qui avaient rencontré les autorités du nouveau gouvernement de HTC assuraient que le groupe leur avait promis de garantir la liberté de toutes les minorités religieuses.
Quelques jours après la prise du pouvoir par les rebelles, le Premier ministre chargé de la transition, Mohammad el-Bachir, avait assuré que la coalition dirigée par les islamistes « garantira » les droits de toutes les confessions. Mais les agressions qui se multiplient dernièrement ne semblent pas de bon augure.
À l'ouest de Hama, un vol a été rapporté cette semaine dans l'église Hagia Sophia située dans la localité à majorité chrétienne de Sqaïlabiya, selon le site d'informations indépendant syrien Rozana. Contacté par le site, le curé de la paroisse, père Dimitrios Maher Haddad, indique que des plateaux et coupes en cuivre sans valeur ont été volés, mais que le reste de l'église a été épargné. Construite par la Russie sur le modèle de la basilique Sainte-Sophie d'Istanbul, convertie en mosquée par la Turquie en 2020, cette église a été attaquée le jour de son inauguration, le 24 juillet 2022, par un missile lancé par un « groupe terroriste », selon des informations en ligne.
À Qamichli, dans le Nord-Est syrien, les locaux de la confrérie de Saint-Jacob el-Nasibini, qui relève de l'église syriaque orthodoxe, ont été saccagés il y a quelques jours par des inconnus, et des objets de culte ont été volés ou cassés, indique Rozana, citant l'agence SyriacPress. « La ville de Qamichli a déjà été attaquée par des inconnus durant l'été 2023 qui ont saccagé le monument aux martyrs du massacre de Seifo », lors de la Première Guerre mondiale et durant lequel des assyriens et des syriaques ont été massacrés par les Ottomans, rappelle l'agence.
Mausolée alaouite incendié
La minorité alaouite, au pouvoir en Syrie de 1971 avec l'arrivée de Hafez el-Assad, jusqu'en 2024 avec la chute de son fils Bachar, n'a pas été épargnée non plus. Selon une vidéo qui circule en ligne, le mausolée alaouite de cheikh Ali el-Aaraj a été incendié dans le village de Rabiha, dans le rif de Hama, le 12 décembre. De nombreux internautes syriens accusent des proches du dictateur déchu de chercher à semer la zizanie. L'Orient-Le Jour n'a pas pu authentifier cette vidéo.
Réagissant à ces développements, l'Observatoire syrien des droits de l'homme a dénoncé jeudi « les incidents qui ont visé des lieux de culte dans différentes régions, notamment contre des lieux saints alaouites près du village de Rabiha, dans le rif de Hama, ainsi que l'attaque contre l'archevêché grec-orthodoxe de Hama ». « L'OSDH appelle les services sécuritaires à redoubler d'efforts pour protéger les lieux de culte et les églises dans toutes les régions syriennes (...). Ces agissements mettent en danger la coexistence pacifique syrienne », a-t-il ajouté.




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09 h 11, le 23 décembre 2024