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"Où sont nos enfants?": à la morgue de Damas, la triste quête des disparus

Dans les couloirs du grand hôpital de Damas, des femmes en larmes se tiennent aux murs. "Où sont nos enfants?", hurle l'une d'elles alors que des milliers de familles entament une longue quête, celle des corps de leurs proches disparus souvent depuis des années.

Yasmine Chabib n'y a trouvé ni son père ni son frère, tous deux arrêtés en 2013.

Venue d'Idleb dans le nord-ouest, à plus de quatre heures de route de Damas, elle a peu d'espoir de les revoir vivants mais assure qu'elle ne repartira pas sans leurs corps.

"Ouvrez-nous juste les caves des prisons, on ira nous-mêmes les chercher au milieu des cadavres", lance-t-elle en larmes. 

"Ils ont enterré des gens partout, pas seulement" à la prison tristement célèbre de Saydnaya. "Il y a des Saydnaya partout sous nos pieds en Syrie", accuse encore cette Syrienne de 37 ans.

De l'extérieur, des voix résonnent.

"Quelqu'un reconnaît le corps numéro neuf?", lance une médecin à un parterre de familles qui se passent un téléphone de main en main. Sur l'écran, la photo dudit corps.

Quand quelqu'un croit reconnaître un frère, un père, un époux ou un enfant, le corps est sorti de la morgue pour être amené dans une autre chambre froide. Là, la famille peut constater s'il s'agit bien d'un des siens.

- "Abattoir humain" - 

Une mère en sort tout juste. Elle n'a malheureusement pas reconnu son fils mais, en touchant d'autres corps, elle s'est tâchée les mains: "leur sang était encore frais", parvient-elle seulement à lâcher. 

Le docteur Yasser al-Qassem, assistant en médecine légale confirme. "On ne connaît pas encore les dates et les raisons des décès pour les corps arrivés de (l'hôpital de) Harasta mais une chose est sûre à l'oeil nu, ces décès sont récents", affirme-t-il à l'AFP.

Dès qu'il a entendu que Bachar al-Assad était tombé, Nabil Hariri a quitté Deraa dans le sud pour se précipiter à Damas. Depuis, il cherche de prison en morgue son frère, arrêté en 2014 à 13 ans à peine et introuvable depuis.

"Quand on se noie, on s'accroche à n'importe quoi", dit à l'AFP M. Hariri, 39 ans. "Donc on cherche partout, on demande", poursuit-il, alors qu'il tente, comme des dizaines d'autres proches de Syriens disparus, de reconnaître des traits familiers sur les photos de cadavres.

Hier, comme des centaines de familles, Nabil Hariri a couru à la prison de Saydnaya, un "abattoir humain" selon Amnesty International, symbole du régime honni aujourd'hui déchu --à la fois carcéral et tortionnaire. 

"Je n'ai pas trouvé mon frère là-bas", dit-il. 

Aujourd'hui, à l'aube, il a cru voir renaître l'espoir car un bruit courait dans la capitale: 35 corps venaient d'arriver d'un hôpital du faubourg de Harasta --la dernière étape, selon les militants, avant la fosse commune pour les prisonniers morts de mauvais traitements, de faim ou de maladie.

Mais une fois sur place, ce fut de nouveau la douche froide.

"Sur toutes les photos, c'était des vieux, mon frère est jeune", assure-t-il.

- "Charniers" -

Les rebelles qui ont pris le monde entier par surprise en renversant Bachar al-Assad en à peine 11 jours assurent avoir découvert ces corps dans une chambre froide de l'hôpital. 

Après avoir ouvert les sacs mortuaires blancs qui les renfermaient, l'un d'eux,  Mohammed al-Hajj a pris des vidéos qu'il montre à l'AFP.

Un corps est énucléé, l'autre n'a plus aucune dent, un troisième est couvert de sang séché. Plusieurs autres corps présentent bleus et ecchymoses. Un sac, lui, ne renferme que des os et un cadavre écorché dont la cage thoracique dépasse.

Harasta "est un des principaux centres où les corps venus de Saydnaya ou de l'hôpital (militaire) Techrine", également connu pour ses mauvais traitements, "étaient rassemblés avant d'être enterrés dans des charniers", explique à l'AFP Diab Seria, de l'Association des détenus et des disparus de la prison de Saydnaya (ADMSP).

Khaled Hamza, lui, n'a trouvé de trace de son fils ni à Harasta, ni à Saydnaya, ni à l'hôpital de Damas. 

Mais il ne veut pas en rester là. Dans la prison, ce Syrien de 60 ans a trouvé des documents contenant des informations sur les détenus. 

Il les a rassemblés et les amène aujourd'hui à la nouvelle police, celle installée par les islamistes de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) qui tiennent Damas depuis deux jours.

"On est millions à chercher nos enfants", jure ce chauffeur de taxi. "On ne leur demande qu'une seule chose: est-ce qu'ils sont vivants ou est-ce qu'ils sont morts?".

lk/sbh/ila

© Agence France-Presse

Dans les couloirs du grand hôpital de Damas, des femmes en larmes se tiennent aux murs. "Où sont nos enfants?", hurle l'une d'elles alors que des milliers de familles entament une longue quête, celle des corps de leurs proches disparus souvent depuis des années.

Yasmine Chabib n'y a trouvé ni son père ni son frère, tous deux arrêtés en 2013.

Venue d'Idleb dans le nord-ouest, à plus de quatre heures de route de Damas, elle a peu d'espoir de les revoir vivants mais assure qu'elle ne repartira pas sans leurs corps.

"Ouvrez-nous juste les caves des prisons, on ira nous-mêmes les chercher au milieu des cadavres", lance-t-elle en larmes. 

"Ils ont enterré des gens partout, pas seulement" à la prison tristement célèbre...