A Tyr, dans le sud du Liban, des centaines de familles regagné leurs maisons dévastées après le cessez-le-feu, mais les raids israéliens, qui ont aussi ciblé les infrastructures, rendent certains quartiers de cette ville côtière inhabitables.
Près de ruines encore fumantes d'un immeuble, une famille chargée de bagages gravit un escalier sombre pour découvrir son appartement aux portes et aux fenêtres arrachées.
Seul le salon est resté intact. "Je ne m'attendais pas à de tels dégâts. On avait vu les images, mais la réalité est plus dure", confie Dounia Najdé, 33 ans.
Tandis qu'elle s'efforce de protéger ses enfants des éclats de verre éparpillés sur leurs livres et jouets, son beau-père, Sleiman Najdé, 60 ans, se désole en regardant l'étendue des destructions dans la ville millénaire.
"Il n'y a plus ni eau ni électricité, même les générateurs privés ne fonctionnent plus, les câbles ont été sectionnés", déplore ce propriétaire d'un rest-house sur la plage de Tyr, prisée par les touristes.
"Tyr et le Liban ne méritent pas ce qui s'est passé (..) mais Dieu nous dédommagera, et Tyr reviendra encore mieux qu'avant", assure-t-il.
L'aviation israélienne s'est acharnée depuis septembre sur Tyr, dont les sites antiques sont classés au patrimoine mondial de l'Unesco.
Des quartiers entiers ont été gravement endommagés, et des centaines de logements ainsi que des infrastructures vitales ont été détruits.
- Immeubles en ruine -
Sur les principales artères de cette ville qui comptait plus de 120.000 habitants avant la guerre, des bulldozers s'activent jeudi pour déblayer les décombres.
Le maire, Hassan Dbouq, affirme à l'AFP que "plus de 50 immeubles de trois à 12 étages ont été entièrement détruits par les frappes israéliennes", et des dizaines d'autres endommagés jusqu'à 60%.
"On peut dire qu'aucune maison n'a été épargnée", souligne-t-il.
Les rues de la ville côtière sont embouteillées jeudi, avec le retour de centaines d'habitants, mais tous les commerces et même les restaurants restent fermés.
"Les habitants ont commencé à revenir pour inspecter leurs maisons durant la journée, mais les quittent la nuit car il n'y a plus d'eau dans toute la ville, et plus d'électricité dans les quartiers les plus touchés par les frappes israéliennes", explique le maire.
Il insiste sur l'importance de "déblayer les rues pour que les gens puissent revenir".
Le 18 novembre, une frappe israélienne avait ciblé l'Office des eaux de Tyr, détruisant le bâtiment et tuant deux employés.
La frappe a privé d'eau 30.000 abonnés dans la ville et ses environs, explique le président de l'Office, Walid Barakat.
Elle a également détruit des pompes à eau et leur réseau de canalisations, ont constaté jeudi des correspondants de l'AFP dans le cadre d'une tournée organisée par le Hezbollah pour les journalistes.
- "Pas de roquettes" -
"Il n'y avait ici ni roquettes ni rampes de lancement. C'est une infrastructure publique vitale visée par l'agression israélienne", dénonce M. Barakat.
La reconstruction prendra de trois à six mois, estime-t-il, ajoutant que des solutions temporaires sont en cours pour fournir de l'eau aux résidents qui reviennent.
Les frappes se sont poursuivies jusqu'à une heure avant l'entrée en vigueur du cessez-le-feu mercredi entre l'armée israélienne et le Hezbollah libanais.
Le dernier raid a visé le quartier où réside Anas Mdallali, un tailleur syrien installé à Tyr depuis dix ans.
"J'ai pleuré de rage", raconte cet homme de 40 ans, qui regarde les monticules de gravats qui obstruent l'entrée de son immeuble. "Depuis hier, je prends des calmants après le choc. je regarde les destructions et les jouets de mes enfants, et je pleure".
Au marché aux poissons dans la vieille ville, les barques restent à quai. Mehdi Istanbouli, un pêcheur de 37 ans, explique qu'il ne sort plus en mer avec ses camarades depuis que l'armée israélienne leur a interdit d'aller au large début octobre.
"On observe la situation et on attend", lance ce père de quatre enfants, qui indique, comme les autres habitants de la ville, être encore éprouvé.
"Parfois, quand je regarde la mer et que j'entends le ressac, je crois que c'est l'aviation qui frappe (...) Nous sommes toujours sous le choc".
lar/at/hme
© Agence France-Presse
Près de ruines encore fumantes d'un immeuble, une famille chargée de bagages gravit un escalier sombre pour découvrir son appartement aux portes et aux fenêtres arrachées.
Seul le salon est resté intact. "Je ne m'attendais pas à de tels dégâts. On avait vu les images, mais la réalité est plus dure", confie Dounia Najdé, 33 ans.
Tandis qu'elle s'efforce de protéger ses enfants des éclats de verre éparpillés sur leurs livres et jouets, son beau-père, Sleiman Najdé, 60 ans, se désole en...


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