Des secouristes et des personnes sur le lieu de la frappe israélienne à Basta el-Faouqa, à Beyrouth, le 23 novembre 2024. Mohammad Yassine/L'OLJ
Depuis deux jours, les bilans des victimes sont tous provisoires. Les opérations de secours se poursuivent sans interruption depuis plus de 48h rue Ma'moun, à Basta el-Faouqa, quartier situé au cœur de Beyrouth et ravagé par une frappe israélienne dévastatrice qui a englouti un immeuble de huit étages et réveillé toute la capitale à 4h du matin, samedi.
Difficile dans ce contexte de retrouver la trace des disparus, ou même d'identifier ceux qui ont péri dans l'attaque. « Leurs corps sont en morceaux. Des tests ADN doivent être effectués », souligne Joseph Abou Chaaya, chef de la chambre des opérations de la Défense civile, contacté lundi par L'Orient-Le Jour. Lui s'en tient au dernier bilan du ministère de la Santé : 29 tués et 67 blessés, sans plus d'informations. Entre temps, le profil de certaines victimes commence à émerger.
Un quartier beyrouthin « bondé et populaire »
« Ce sont à 90 % des natifs d'ici, issus de vieilles familles beyrouthines », affirme Mosbah Eido, moukhtar (élu local) du quartier de Bachoura, qui jouxte Basta el-Faouqa. « L'immeuble détruit est situé dans une rue bondée et populaire, typique du Beyrouth traditionnel », poursuit-il, en énumérant les patronymes de victimes : familles Sahaf, Bchennaté, Naamani, Hanbalé... « Mais les recherches ne sont pas terminées, ça se précisera », espère le moukhtar. Quant aux noms précis des victimes ? « Malheureusement, nous ne dévoilons jamais les noms », réagit une porte-parole du ministère de la Santé sollicitée par L'OLJ.
Le jour même de la frappe, certains organismes ont communiqué sur l'identité de victimes via les réseaux sociaux : la municipalité de Marouaniyé, village du caza de Saïda au Liban-Sud, a indiqué dès samedi soir sur Facebook qu'un certain Kassem Mohammad Ibrahim avait été tué à Basta. Le lendemain, le collectif Egna Legna, constitué de travailleuses domestiques éthiopiennes, affirmait sur Instagram qu'une des personnes tuées « avait la nationalité soudanaise ». Ce que confirme l'ambassade du Soudan à L'OLJ, précisant qu'il s'agit d'un jeune homme de 25 ans, qui résidait au Liban depuis cinq ans, sans toutefois fournir le nom de la victime.
« Beaucoup de migrants soudanais, éthiopiens et d'autres nationalités vivaient dans cet immeuble », affirme pour sa part Egna Legna. Le collectif et l'ambassade d'Éthiopie au Liban n'ont pas répondu à nos sollicitations.
« Il m'a vue grandir »
Certains proches de victimes ont partagé leur désarroi sur les réseaux sociaux, en identifiant ceux que la frappe a fauchés. « Cet homme, Ibrahim, est mort dans la frappe sur Basta cette nuit. Il avait 86 ans et tenait cette librairie en face de mon appartement depuis 50 ans », indiquait dimanche une internaute sur son compte Instagram. « Il m'a vue grandir, il livrait les journaux à ma grand-mère », poursuit la jeune femme en rendant hommage au libraire. Le commerçant a été tué sur son balcon, dans un bâtiment qui fait face à celui qui était visé.
Le moukhtar Mosbah Eido confirme cette information, en précisant que de nombreux bâtiments situés alentour ont été gravement endommagés. « Ce n'est qu'à quelques bâtiments de la première attaque sur Basta, il y a (plus d')un mois », se souvient l'élu local, en évoquant une précédente frappe israélienne remontant au 10 octobre. Le bombardement meurtrier visait Wafic Safa, haut responsable sécuritaire du Hezbollah.
Figurent aussi parmi les victimes le concierge de l'immeuble, un Syrien installé depuis neuf ans ici avec sa femme et ses deux enfants. Ils avaient six et neuf ans. « On les connaissait bien, ils sont originaires de Rasm el-Khabbaz, un village à l'est d'Alep », précise un habitant du quartier de Basta contacté par L'OLJ. « La mère était trentenaire et le père avait dans les 50 ans, je crois. Leurs proches nourrissent encore l'espoir qu'ils soient vivants... » soupire l'homme d'une voix exténuée.
Alors que des rumeurs circulaient au départ sur le ciblage par Israël de Mohammad Haïdar, haut responsable du Hezbollah, dans la frappe sur Basta, puis d'un autre, Talal Hamiyé, des sources de sécurité israéliennes ont fini par reconnaître, selon le Haaretz, que « la tentative d'assassinat du chef des opérations du Hezbollah a échoué ». Lundi, l'armée israélienne a indiqué à l'AFP avoir frappé à Basta un « centre de commandement du Hezbollah ». « Ce qui est sûr, c'est qu'il s'agit d'un massacre », réagit Mosbah Eido. « Le bilan va continuer de s'alourdir... » craint-il.



