Les vestiges de l’époque gréco-romaine à Baalbeck. Photo J.R.B.
« Le Hezbollah entrepose des armes dans l’enceinte de la forteresse de Baalbeck dans le but d’en faire une cible » des bombardements israéliens. Une vidéo diffusée dimanche sous ce titre, sur YouTube, a entraîné contre son auteur, Ahmad Yassine, un écrivain et militant politique libanais anti-Hezbollah, résidant à Paris, une information judiciaire présentée mardi devant le parquet d’appel de Beyrouth par Me Ziad Baydoun, membre de la Commission nationale de l’Unesco et conseiller du ministre sortant de la Culture, Mohammad Mortada, réputé proche du parti chiite. Me Baydoun a réclamé que le dossier de M. Yassine soit déféré devant « la justice compétente », en vue de lancer contre lui un mandat d’arrêt via Interpol.
Rappelant dans sa vidéo que Baalbeck - dont deux murailles d’enceinte avaient été bombardées en octobre dernier - est « un site protégé par le droit international contre tout conflit armé », Ahmad Yassine (suivi par quelque 65 000 internautes) affirme ainsi que le Hezbollah, qu’il appelle aussi « le parti iranien », a stocké « des missiles dans les temples de Baalbeck, devant la forteresse et dans ses tunnels, avec pour objectif de les militariser ». Pour conforter ses propos, M. Yassine exhibe une photo symbolisant des armes, prise dans l’enceinte du site archéologique, vraisemblablement lorsque le tandem Hezbollah-Amal avait annoncé sa liste de candidats à l’occasion des législatives de 2018. Évoquant également le bombardement du parking du site de Baalbeck, le 6 novembre, qui avait détruit le bâtiment patrimonial dit Menchiyé, situé à proximité, le militant anti-Hezbollah affirme que cette frappe était due à « la présence d’un véhicule militaire » du parti chiite dans l’aire de stationnement.
En outre, M. Yassine accuse le ministre d’avoir retiré le « bouclier bleu » de la citadelle de Baalbeck et d’« avoir justifié ce retrait en affirmant que ce sont les armes de la résistance qui la protègent ». Le bouclier bleu est un emblème de la protection des sites historiques institué par le droit international. Il doit être placé de manière visible sur les monuments culturels, de sorte à les préserver des dommages et destructions durant les guerres. « Pourquoi l’avoir enlevé ? N’est-ce pas dans le but que les temples soient frappés ? », s’est demandé l’activiste politique, estimant que « s’il y avait un État et une justice », M. Mortada aurait été « emprisonné pour haute trahison ». Fin octobre 2023, quelques semaines à peine après le déclenchement de la guerre de Gaza et le début des affrontements à la frontière entre le Hezbollah et Israël, M. Mortada avait écrit sur la plateforme X, que « ce qui protège le Liban, son peuple et ses biens privés et publics, c'est notre vaillante armée et la résistance ».
« Baalbeck n’a pas besoin de marqueurs »
Dans sa plainte contre M. Yassine, Me Baydoun dénonce plusieurs crimes, dont « la diffusion de fausses informations évoquant la présence d’armes sur le site, dans le but de semer le chaos, de justifier l'agression répétée contre ce site et d'inciter à la discorde ». Dans ce cadre, l’avocat a invoqué le Code pénal qui punit toute propagande visant à affaiblir le sentiment national ou à inciter à des divisions sectaires, ainsi que la diffusion de fausses informations (…) pouvant affaiblir le moral de la nation en période de guerre ou de crise (articles 295 et 296). Il a en outre cité l'article 2 de la loi de lutte contre le terrorisme (1er janvier 1958), qui punit l'incitation à la destruction, en l’espèce la justification du bombardement des sites par l'absence du « bouclier bleu ».
Interrogé par L’Orient-Le Jour, Me Baydoun affirme d’ailleurs que « le bouclier bleu est toujours apposé sur le site de Baalbeck ». « Ce qui a été retiré est un pan de tissu portant un logo bleu, qui avait été placé par une association, sans autorisation du ministère », a-t-il précisé, sans mentionner le nom de l’association. « Il reste qu’un site archéologique aussi mondialement connu que celui de Baalbeck ne nécessite pas de marqueurs pour le distinguer », déclare-t-il, notant qu’« Israël n’en a pas besoin », d’autant qu'« il connaît les moindres recoins à travers le territoire ». L’avocat balaie, par ailleurs, l’idée d’une présence d’armements sur le site, indiquant qu’« une base de missiles ne peut être installée dans un espace découvert ».
Museler les voix opposantes
Pour sa part, Ahmad Yassine a réagi jeudi sur X à l’action judiciaire portée contre lui, en déplorant qu’au lieu de revenir sur « ses pratiques politiques en faveur du Hezbollah » et d’« avoir honte de la faute qu’il a commise en retirant des temples de Baalbeck le bouclier bleu (...) et en les exposant ainsi au risque d’être bombardés par Israël », le ministre de la Culture l’a accusé d’« actes passibles de sanctions allant jusqu’à la condamnation à mort ». « Cela pour museler toute voix s’opposant aux crimes contre l’héritage, la culture et l’humanité », a-t-il estimé.
Et d’apostropher le ministre : « Vous exposez à la destruction notre patrimoine, notre présent et notre passé (…). Les temples n'appartiennent pas à ceux qui vous ont procréé pour que vous puissiez retirer leur bouclier protecteur. Il s'agit d'un patrimoine mondial qui résume des civilisations entières et qui est un symbole de notre identité libanaise. Vous ne pouvez pas en abuser, (M.) Mortada (…) ».
Prié de commenter la dénonciation judiciaire contre M. Yassine, un avocat interrogé sous couvert d’anonymat affirme que « la loi interdit la diffusion d'informations susceptibles d'inciter aux destructions ». « Mais ce n’est pas une vidéo publiée à partir de Paris par un activiste anti-Hezbollah qui a permis le bombardement de Baalbeck », précise-t-il, rappelant qu’« Israël détient beaucoup de données et d’informations grâce au développement de sa technologie ». « L’action de Me Baydoun s'inscrit dans un cadre politique et ressemble à plusieurs autres qui ont été intentées pour « trahison » depuis le début de la guerre, estime-t-il, jugeant que « la justice est instrumentalisée pour faire taire des opposants au parti chiite ». « Plutôt que de faire travailler sur de tels points des magistrats débordés en raison de manque d’effectifs, il faudrait que les sympathisants du Hezbollah cherchent dans leurs rangs qui sont les véritables traîtres », lance l’avocat interrogé.



Ceux qui ne respectent pas la vie humaine n’en font pas de même pour la culture. Pour ces fanatiques l’histoire commence avec Khomeini. Ils suivent la tactique du Hamas, mettre sciemment leurs armes dans les maisons, lieux de culte et patrimoine pour les faire bombarder et se faire passer pour des héros. J’aimerai bien que quelqu’un lmême des drones) filme ca et les envoie a l’ONU peut âtre une partie des naïfs qui croie encore que le Hezbollah se bat pour le Liban et donc son patrimoine ouvre les yeux.
17 h 54, le 17 novembre 2024