Rechercher
Rechercher

Dernières Infos

"La guerre m'a ruiné": au Liban, les agriculteurs pleurent une saison perdue

Abou Taleb, un agriculteur du sud du Liban, a dû abandonner ses vergers et se réfugier dans le nord du pays quand les affrontements entre Israël et le Hezbollah ont tourné à la guerre ouverte.

"La guerre a éclaté juste avant la saison des premières récoltes", regrette ce père de famille qui utilise un pseudonyme pour raisons de sécurité.

Il est retourné à la mi-octobre inspecter son verger, où une inondation s'est déclarée, mais a dû rapidement partir: une frappe israélienne a visé le village voisin, et des roquettes tirées par le Hezbollah sur Israël ont volé au-dessus de lui.

"Quand j'y suis retourné, c'était désert..., ça faisait peur", confie à l'AFP cet habitant de Tayr Debba, près de Tyr, désormais réfugié à Tripoli.

L'agriculteur a dû partir sans pouvoir sauver sa récolte d'avocats, habituellement très lucrative car principalement destinée à l'exportation.

Le 23 septembre, Israël, qui échangeait des tirs avec le Hezbollah depuis près d'un an dans le sud du Liban, a commencé à intensifier ses bombardements sur cette région réputée pour ses fruits, mais aussi dans la Békaa, deux régions agricoles du pays, et deux des fiefs du mouvement pro-iranien.

Ces violences ont depuis fait près de 1.950 morts au Liban et poussé plus d'un million d'habitants à l'exode, obligeant nombre d'agriculteurs à abandonner leurs terres.

Selon l'ONU, 1.909 hectares de terres agricoles dans le sud ont été soit endommagés, soit les céréales, fruits et légumes n'ont pas été récoltés au 28 septembre.

- "Sauver les meubles" -

Hani Saad, un grand exploitant agricole, a dû abandonner quatre de ses cinq plantations d'avocats, d'agrumes, de bananes et d'anones, soit l'équivalent de 120 hectares, dans la région voisine de Nabatiyeh (sud) dont le climat tempéré convient bien à ces cultures.

"Si le cessez-le-feu a lieu d'ici un mois, je peux sauver les meubles, sinon, la saison entière est fichue", déclare ce déplacé, accueilli chez ses enfants dans la ville chrétienne de Jounieh.

Un incendie avait failli engloutir un des quatre vergers auxquels il n'avait plus accès, après une frappe, si les pompiers n’étaient pas intervenus.

Pour traiter ses terres et cueillir ses fruits, il comptait surtout sur ses 32 employés. Mais 28 sont partis, notamment en Syrie, d'où ils sont originaires.

La fermeture des deux principaux passages frontaliers avec la Syrie, la rareté des avions et des navires et le risque pris par les transporteurs ont fait grimper le coût du fret, rendant l'exportation des marchandises presque impossible.

Chadi Kaadan, directeur d'une société d’export de fruits basé à Saïda, a déclaré à l’AFP que les exportations vers les pays du Golfe, principal débouché, avaient baissé de plus de 50%.

Cette baisse a eu pour conséquence une saturation du marché local dans les régions considérées sûres et donc une baisse des prix de certains fruits, notamment des bananes, dont le prix a été divisé par près de trois, et des chérimoles.

"En fin de compte, c’est l'agriculteur qui y perd", soupire M. Saad.  

Avant la guerre, il vendait pour 5.000 dollars par jour, aujourd'hui les fruits qu'il arrive à récolter ne lui rapportent que 300 dollars.

"La guerre m'a ruiné. Je passe mon temps devant la télé à attendre un cessez-le-feu pour pouvoir retourner à mon gagne-pain", dit-il. 

Car le temps presse, les agrumes et les anones ont déjà commencé à tomber.

Si les avocats peuvent rester des mois sur l'arbre, ils commencent à manquer d'eau, un raid israélien ayant visé début octobre la principale voie d'acheminement des eaux du fleuve Litani vers le projet d’irrigation de la région.

- "Jamais aussi grave" -

Certains agriculteurs ont cependant décidé de rester sur leur terres. Comme Gaby Hage, un habitant de la localité chrétienne de Rmeich, frontalière d'Israël, prise sous les feux croisés d'Israël et du Hezbollah.

Pour autant, il n'a pu récolter que 100 de ses 350 oliviers, qu'il a dû laisser sans entretien depuis un an, à cause des bombardements.

"J’ai profité d'une légère accalmie dans les combats pour cueillir ce que je pouvais", déclare à l'AFP Gaby Hage. 

Selon lui, l'agriculture est une ligne de vie pour les habitants de cette localité désormais coupée du monde.

Ibrahim Tarchichi, président du syndicat des agriculteurs de la Békaa, durement touchée par les frappes, estime que l'agriculture au Liban passe par la "pire phase" de son histoire récente. 

"J'ai connu quatre guerres, ça n’a jamais été aussi grave", déplore-t-il.

jos/at/bfi

© Agence France-Presse

Abou Taleb, un agriculteur du sud du Liban, a dû abandonner ses vergers et se réfugier dans le nord du pays quand les affrontements entre Israël et le Hezbollah ont tourné à la guerre ouverte.

"La guerre a éclaté juste avant la saison des premières récoltes", regrette ce père de famille qui utilise un pseudonyme pour raisons de sécurité.

Il est retourné à la mi-octobre inspecter son verger, où une inondation s'est déclarée, mais a dû rapidement partir: une frappe israélienne a visé le village voisin, et des roquettes tirées par le Hezbollah sur Israël ont volé au-dessus de lui.

"Quand j'y suis retourné, c'était désert..., ça faisait peur", confie à l'AFP cet habitant de Tayr Debba, près de Tyr, désormais réfugié à...