Le modèle Gazelle Adidas dans sa couleur marron. Photo DR
Chaque saison voit le lancement d’un « new black », ce nouveau noir se déclinant de l’orange à tout le spectre chromatique, selon un mot secret donné par les renifleurs de tendances. Ces derniers vont chercher dans les rues du monde entier les envies du moment et les murmurent à l’oreille des créateurs. Pourquoi a-t-on toujours besoin d’un nouveau noir, tant que le noir existe, irremplaçable dans les codes vestimentaires du soir comme dans les vestiaires « emo », groupe social mélancolique à tendance gothique, ou dans les placards des faux-durs, ou simplement à portée de main des adeptes du décrochez-moi-ça ? De fait, quand on ne sait pas comment s’habiller, le noir est toujours la solution de facilité, chic, imposant, valorisant, accessoirisable à souhait. Trop peu pour les créatifs pour qui cette couleur n’en est pas une, puisqu’avec le blanc elle est plutôt considérée comme une « valeur ». Ils préfèrent la laisser aux gens sans imagination, mais se rendent finalement à l’évidence qu’elle est incontournable. Parce que non, on n’irait pas au bureau en total-look orange, comme un prisonnier de Guantanamo, ni en fluo à une cérémonie où l’on ne voudrait pas être confondu avec une installation d’art contemporain.
Givenchy, sac Antigona. Photo @ Givenchy
« Noir c’est noir », chantait Johnny, « il n’y a plus d’espoir ». Au chic nihiliste du noir vient cette année s’opposer… le marron. On n’avait pas vu ce retour en force depuis les années 1970. C’était l’époque des couleurs chaudes, de la terre-de-sienne à la cannelle, des envies d’évasions rurales et de peace-and-love. Le look « gentleman farmer » était le grand idéal des hommes dont le veston en cachemire camel ou chocolat séduisait comme une promesse de feux de cheminée et de promenades dans la lande autour d’une gentilhommière pour deux cœurs. Et puis tout à coup, le marron a quasiment disparu des garde-robes. Longtemps, plusieurs dizaines d’années. Ringardisé par son aspect trop terrien, à l’heure des conquêtes spatiales ? Ou trop matériel, à l’heure de la transition numérique ? Le marron n’a décidément jamais été la couleur des conquérants et conquérantes.
Que s’est-il passé, l’hiver 2023, pour que coucou, le revoilou ? Par petites touches, comme on tâte l’eau du bout du pied avant de s’y plonger avec volupté, le marron a sondé les cœurs. Il y a trouvé un sérieux répondant qui lui permet cette saison de nous repeindre le paysage. Dans ses nuances les plus saturées, surprise ! Le marron exalte les textures naturelles, du cuir au cachemire. Sa longue disparition en a fait une rareté qui le rend aujourd’hui désirable. Aussi phénoménaux qu’un chat cacao, teinte surprenante chez la gent féline, discrète par ailleurs, les modeux en marron attirent les regards. Tout à coup, vous voyez s’épuiser des rayons la nouvelle Adidas Gazelle habillée de cette nuance qui est pourtant tout sauf sportive. Et vous voyez les sacs vedettes des marques de luxe qui éditaient un ou deux modèles en quelque nuance de beige, y aller tout de go sur le chocolat. Sur les manteaux et cabans, les chaussures de ville, le marron longtemps abhorré est désormais partout adoré. Cette couleur complexe qui adore se marier avec toutes les couleurs qu’elle recèle dans son nuancier intime, du bleu à toutes les couleurs acidulées sans oublier le pourpre et le rouge, se redécouvre, timide et splendide, valorisante et douce, écologique et révélatrice d’une personnalité solide et responsable.



Le "Bruciato" italien fût toujours une couleur super chic et tendance chez les designer Italiens. Magnifique couleur, a must have.
13 h 21, le 04 novembre 2024