Le sac Lady Dior par Woo Kukwon. Photo Christian Dior
Un sac aussi peut avoir un destin. Le Lady Dior de la plus parisienne des maisons de mode et de luxe fait partie de ces objets qu’une rencontre transforme en icône. Ce sac au design épuré, architectural, rehaussé par le graphisme signature du cannage qui rappelle la chaise préférée du maître Christian Dior se prête mieux que tout autre à toutes les interprétations. Sa sobriété même est sophistication et les savoir-faire de la maison sont dédiés à ses embellissements exclusifs.
Ce sac, son histoire est désormais connue de tous, ne serait-ce que parce que son nom ne fait aucun mystère : Lady Dior, c’est Lady D. Il a en effet été offert par Bernadette Chirac à la princesse de Galles lors de sa visite, en 1995, à Paris pour découvrir l’exposition Cézanne au Grand Palais. Ce petit modèle noir, auquel étaient attachés les fétiches de Christian Dior, et qui fut spécialement conçu pour elle, ne la quitte plus. On voit la princesse Diana l’arborer aussi bien lors d’une visite officielle en Argentine que sur le tapis rouge du Met Gala à New York. Pour la petite histoire, le premier nom donné à ce sac était « Chouchou ». Il est aussitôt adopté par toutes les stars du moment. Sa forme simple se prêtant à toutes les interprétations, la maison décide, en 2016, en plein élan des collaborations entre l’art contemporain et la mode, de transformer le Lady Dior en une toile ambulante, une œuvre d’art mobile, instaurant le projet annuel Lady Dior Art. Ainsi, depuis 2016, Christian Dior donne carte blanche à des artistes internationaux pour revisiter ce sac d’exception, qui se mue alors en un support rêvé sur lequel ils transposent leur regard, leur univers et leur singularité.
Cette année, pour la 9e édition Lady Dior Art, la maison a donné carte blanche à 11 artistes internationaux : Sara Flores, Jeffrey Gibson, Huang Yuxing, Liang Yuan Wei, Danielle McKinney, Duy Anh Nhan Duc, Hayal Pozanti, Faith Ringgold, Vaughn Spann, Anna Weyant et Woo Kukwon. S’appropriant cette toile idéale, ils y ont projeté leur vision. Ils y ont prolongé leurs univers distinctifs et leurs valeurs, avec pour fil conducteur la poésie de leurs métamorphoses. À charge pour les ateliers Dior de transposer avec fidélité formes et couleurs à la dimension d’un objet qui devient ainsi message.
Le Lady Dior par Faith Ringgold. Photo Christian Dior
Preuve qu’un sac aussi peut transporter de l’émotion, on ne peut qu’être touché par la chanteuse de blues créée par l’artiste afro-américaine Faith Ringgold, pionnière de l'activisme artistique et dont les œuvres puissantes abordent les questions de race, de genre et de justice sociale. Faith Ringgold est surtout connue pour son utilisation innovante du quilting et des techniques de narration, comblant le vide entre les beaux-arts et les traditions artisanales. Tout aussi touchante est l’œuvre du Sud-Coréen Woo Kukwon, très tôt exposé à la tragédie et qui invente de puissantes fantaisies pour fuir le réel. Son œuvre pour le Lady Dior est un paysage traditionnel tissé de montagnes et de fleurs où se faufilent des personnages qui semblent sortis d’un dessin animé. Et comment ne pas être sensible au personnage méditatif de Danielle McKinney, une femme vêtue de jaune doré, les ongles vernis de rouge, un papillon posé sur ses doigts immobiles, près de son visage, comme si aucune respiration ne pouvait le pousser à l’envol. Jeune artiste contemporaine, Danielle McKinney peint exclusivement des portraits de femmes noires dans tous les états de la vie ordinaire.


