Un distributeur de billets de banque au Liban. Photo d'illustration : Philippe Hage Boutros/L'Orient-Le Jour
La Banque du Liban (BDL) a demandé aux banques libanaises de verser aux clients bénéficiaires des mécanismes de retrait mis en place par ses circulaires n° 158 et 166 l’équivalent de deux retraits mensuels en novembre, dans un contexte de sécurité marqué par la guerre entre Israël et le Hezbollah. L’institution, dirigée par le gouverneur par intérim Wassim Manssouri, réitère ainsi une exception appliquée une première fois en octobre, mais avec trois retraits mensuels. En tout et pour tout, les bénéficiaires de ces textes ont donc été éligibles pour cinq mensualités.
Contactée, une source bancaire haut placée, s’exprimant sous anonymat, affirme avoir appris la nouvelle dans les médias. « Je suppose que la Banque centrale va garantir la mensualité supplémentaire que les banques vont payer en novembre par rapport à celle qui était déjà prévue, sur le modèle de ce qui s’est déroulé en octobre », a ajouté cette source. La BDL avait effectivement contribué à financer cette mesure en octobre, ce qui a conduit à une baisse de ses réserves durant la première quinzaine du même mois, passant de 10,6 à 10,3 milliards de dollars.
Comme lors de la première annonce faite en septembre, la BDL a justifié cette nouvelle exception approuvée jeudi par son Conseil central par les « conditions d’urgence que connaît le pays ». La Banque centrale a aussi précisé que cette exception ne sera valable qu’un mois et que les mécanismes seraient à nouveau appliqués selon leurs modalités initiales dès décembre.
Plafond annuel
Applicables jusqu’à juin 2025, les circulaires n° 158 et 166 ont institué deux des mécanismes émis par la BDL depuis le début de la crise bancaire qui a éclaté il y a cinq ans, afin de compenser partiellement les effets des restrictions appliquées illégalement sur les comptes ouverts et approvisionnés avant fin 2019.
La circulaire n° 158, émise le 8 juin 2021, autorise des retraits en dollars « frais » sur les comptes bancaires en devises ouverts avant le 30 octobre 2019, considérés désormais comme des « comptes en lollars ». Ce mécanisme a déjà été renouvelé trois fois. Les déposants qui avaient adhéré à la circulaire avant le 30 juin 2023 pouvaient retirer 400 dollars par mois (jusqu’à 4 800 dollars par an et un total de 50 000 dollars), contre 300 pour ceux qui ont choisi de bénéficier de la circulaire après le 1er juillet 2023, jusqu’à 3 600 dollars par an.
La circulaire n° 166 du 3 février 2024 permet aux déposants éligibles – ceux qui ne profitent pas de la circulaire n°158 – de retirer 150 dollars « frais » par mois (jusqu’à une limite totale de 4 350 dollars) de leurs comptes bancaires libellés en « lollars », et sur des sommes déposées entre le 31 octobre 2019 et le 30 juin 2023. Celle-ci a remplacé une autre circulaire (n° 151 en vigueur d’avril 2020 à décembre 2023) qui n’autorise que de petits retraits en livres libanaises à un taux de change bien inférieur à celui du marché.
Concrètement, les bénéficiaires de la circulaire n° 158 qui avaient adhéré à la circulaire avant le 30 juin 2023 ont donc en théorie pu retirer 1 200 dollars d’un coup en octobre suite à la première dérogation mise en place, et sont éligibles pour en obtenir 800 de plus en novembre. Les bénéficiaires du même mécanisme qui ont adhéré après le 30 juin 2023 ont pu retirer 900 dollars en octobre et pourront en retirer 600 de plus en novembre. Enfin, les bénéficiaires de la circulaire n° 166 ont pu retirer 450 dollars d’un coup en octobre et pourront en retirer 300.
La source bancaire précise que si ces cinq mensualités décaissées en deux mois font dépasser au bénéficiaire sa limite annuelle avant l’écoulement des 12 mois à partir du premier versement, celui-ci pourra néanmoins être éligible à un paiement en décembre si son plafond total n’est pas dépassé. Elle ajoute qu’il n’y a a priori rien qui empêche un client éligible de s’inscrire en novembre et d’obtenir deux paiements d’un coup.


