Sur la place principale du camp de réfugiés palestiniens à Rachidiyé, le logo du Fateh est omniprésent. Photo Lucile Wassermann
« Mais où iront les Palestiniens ? », demande Nehru, une résidente du camp de réfugiés de Rachidiyé, proche de Tyr au Liban-Sud. Ce matin, les habitants de ce camp ont été sommés par l'armée israélienne de quitter les lieux, avant de potentielles frappes contre des « cibles du Hezbollah ». S'en est suivi un mouvement de panique et de confusion dans le camp, rapporte notre correspondant dans le Sud, Mountasser Abdallah.
Les menaces israéliennes publiées par le porte-parole arabophone de l'armée israélienne, Avichay Adraee, concernaient également d'autres villages au sud du Liban, notamment de Hoch, Bazouriyé, Bourghouliyé, Bastiyyat, el-Homeiri, Arzé, Matriyet Choumar, Kharayeb et Ansar.
Les habitants dans la rue
C'est la première fois, qu'un avis d'évacuation concerne un camp de réfugiés palestiniens au Liban, après que l'armée israélienne a visé ces derniers mois des responsables palestiniens notamment dans le camp de Aïn el-Héloué, près de Saïda.
Selon notre correspondant, une dizaine de familles ont quitté leur résidence. « La majorité des habitants du camp sont descendus dans la rue... Certains ont pris leur propre voiture pour fuir et se dirigent vers le nord, d'autres attendent de trouver un moyen de transport... Et d'autres sont partis à pied pour Tyr (située à moins de cinq kilomètres) », raconte Nehru, qui réside dans le camp. « Le camp est rempli d'enfants et de femmes... S'il est bombardé, ce sera un massacre »
Dans ce camp, bâti à l’origine en 1936 pour accueillir les rescapés du génocide arménien, près d’une dizaine de milliers de réfugiés, majoritairement palestiniens mais aussi syriens, vivent dans un espace de moins d’un demi-kilomètre carré, selon les chiffres de l’Unrwa (Agence des Nations unies pour le secours aux réfugiés palestiniens). Une « nouvelle » section a été construite en 1963 par l’agence onusienne elle-même.
« Je suis toujours dans le camp »
Si la localité de Rachidiyé avait déjà été concernée par des avis d'évacuation, « c'est la première fois que le camp est directement nommé », rapporte Mohammad Draz, responsable appartenant au mouvement Fateh dans le camp, qui indique que 20 à 30 % de sa population avait déjà quitté le camp, où vivent 2.000 familles, après les menaces contre le village. « Nous avons vu l’avis d’évacuation, mais pour l’instant, il n’y a pas de grande vague de déplacement. Les gens n’ont nulle part où aller. Les écoles (publiques, où sont logés les déplacés, ndlr) sont pleines, tout est cher… Les gens préfèrent rester chez eux, et voir ce qui va se passer. Il y a de la peur, mais nous comptons sur Dieu », continue M. Draz.
Fawzi, un habitant du camp, a lui aussi décidé de rester sur place. « Je suis toujours dans le camp, et je ne partirai pas. D’une part, on n'a nulle part où aller. D’autre part, c’est la troisième fois qu’ils demandent à Rachidiyé (le village, ndlr) d’évacuer… Tout est normal dans le camp, c’est devenu une sorte de routine pour nous », raconte Fawzi, père de trois adultes, qui vit au même endroit. « Ils ont pris nos terres en Palestine, et maintenant ils veulent nous poursuivre jusqu’au Liban, c’est hors de question, je resterai chez moi. Nos vies ne valent pas plus que celles des habitants de Gaza », dit-il.


