Depuis plus de cinq semaines, Fatima Zayyoun ne quitte pas le chevet de sa fillette, hospitalisée pour de graves brûlures à la tête, aux mains et aux jambes, causées par une frappe israélienne sur leur village du sud du Liban.
Dans le seul centre des grands brûlés du pays, à l'hôpital universitaire Geitaoui, à Beyrouth, la petite Ivana, deux ans le mois prochain, est alitée, la tête, les mains et un pied bandés.
Elle se remet, selon les médecins, de brûlures au troisième degré survenues lors d'une frappe aérienne près de leur maison.
"Je préparais le petit-déjeuner pendant qu'Ivana jouait avec sa sœur Rahaf, sept ans, lorsque la frappe a eu lieu", raconte Fatima Zayyoun, 35 ans.
"Les bombes ont pénétré dans notre maison, le feu s'est déclaré et mes filles ont été brûlées", ajoute-t-elle. "Je ne sais même pas comment je les ai attrapées et jetées par la fenêtre de la cuisine".
Ce jour-là, le 23 septembre, la famille se préparait à fuir le sud du Liban après le lancement par Israël de sa campagne de frappes aériennes massives contre le Liban.
Les raids qui visent notamment les zones où le Hezbollah pro-iranien est implanté ont fait au moins 1.750 morts depuis cette date, selon un décompte de l'AFP basé sur les bilans officiels.
Fatima et son mari ont conduit leurs fillettes dans un hôpital situé dans les montagnes au sud de Beyrouth.
Rahaf a pu en sortir trois semaines plus tard, tandis qu'Ivana a dû être transférée au centre des grands brûlés.
"J'ai encore l'impression de vivre un film. Je vais d'hôpital en hôpital", confie la mère.
Allongée sur son lit, Ivana regarde, apeurée, les personnes entrant dans sa chambre.
Le visage et le front partiellement masqués par les bandages, les jambes encore rouges, elle ne prête aucune attention à la grande poupée posée à ses côtés.
- Une "héroïne" -
"Ivana est une héroïne, car elle a survécu à la guerre et se remet progressivement de ses blessures", affirme fièrement le docteur Ziad Sleimane, le chirurgien plastique qui suit le traitement de la fillette.
Le médecin explique, en présence des parents, qu'elle est arrivée avec des brûlures couvrant entre 35 et 40% de son corps, ainsi que des infections.
"C'est la plus petite patiente de l'hôpital mais aussi la plus forte", dit le médecin, en ajoutant qu'elle allait néanmoins conserver des cicatrices.
Dans une chambre voisine, Mohammad Ibrahim, 11 ans, atteint de brûlures à la main, est allongé sur son lit, sous le regard attentif de sa tante.
Sa mère, blessée, se trouve dans un autre hôpital, et le petit garçon ne sait pas encore qu'il a perdu son père et son frère.
Mohammad a subi des brûlures au troisième degré dans une frappe ayant visé, le 29 septembre, l'immeuble où il vit avec sa famille près de Saïda, la grande ville du sud du Liban.
Plus de 70 personnes ont été tuées dans cette frappe, selon le ministère de la Santé.
Il y a quelques jours, le personnel médical a transféré Ivana et Mohammad au service pédiatrique, laissant ainsi de la place à d'autres blessés graves dans l'unité des soins intensifs.
- "Corps carbonisés" -
Dans une des chambres de cette unité, un patient âgé, le visage enflé, est sous assistance respiratoire. Ailleurs, un blessé presque entièrement bandé, dont on ne voit que les cheveux, reçoit des soins.
Depuis une troisième chambre fermée, les cris de douleur d'une fillette retentissent pendant qu'on lui change ses bandages.
Le Dr Sleimane explique que la majorité des patients sont des personnes "atteintes de brûlures de troisième ou de quatrième degré", dont le corps ou les membres sont "carbonisés".
Depuis le 17 septembre, lorsque des milliers de partisans du Hezbollah ont été atteints de brûlures après l'explosion de leurs appareils de transmission, attribuée à Israël, le centre des grands brûlés a accueilli environ 70 patients, sélectionnés selon leur degré de gravité, précise le médecin.
Les patients sont de tous âges et "parfois membres d'une même famille."
"Nous recevons des patients avec des brûlures atteignant jusqu'à 60 % du corps. Chaque patient nécessite un traitement de quatre à six semaines", explique à l'AFP le Dr Naji Abi Rached, directeur médical de l'hôpital.
"Nous avons augmenté notre capacité d'accueil en soins intensifs de neuf à 25 lits", mais "le service est constamment plein", dit-il.
Fatima Zayyoun considère que c'est un "miracle" que sa fille soit encore en vie. "Ivana ne pouvait ni bouger ses jambes ni ouvrir les yeux. Je priais Dieu pour qu'elle reste en vie."
"Cette guerre n'aurait jamais dû avoir lieu", soupire-t-elle.
lar/jos/at/hme
© Agence France-Presse
Dans le seul centre des grands brûlés du pays, à l'hôpital universitaire Geitaoui, à Beyrouth, la petite Ivana, deux ans le mois prochain, est alitée, la tête, les mains et un pied bandés.
Elle se remet, selon les médecins, de brûlures au troisième degré survenues lors d'une frappe aérienne près de leur maison.
"Je préparais le petit-déjeuner pendant qu'Ivana jouait avec sa sœur Rahaf, sept ans, lorsque la frappe a eu lieu", raconte Fatima Zayyoun, 35 ans.
"Les bombes ont pénétré...


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