Image de promotion du jeu « Call of Duty : Black Ops 6 ». Microsoft/Activision Blizzard
Coup dur pour les « gamers » de l’émirat : la nouvelle édition de « Call of Duty » ne devrait pas voir le jour au Koweït. À quelques jours du lancement mondial le 25 octobre de « Black Ops 6 », dernier volet de la série de jeux vidéo populaire centrée sur la guerre, le studio de production Activision avait confirmé dans un communiqué la décision des autorités koweïtiennes de bloquer la sortie du jeu. « La sortie de Call of Duty : Black Ops 6 n'a pas été approuvée au Koweït », a déclaré Activision.
« En conséquence, toutes les précommandes au Koweït seront annulées et remboursées au point d'achat initial. Nous espérons toujours que les autorités locales reconsidéreront leur décision et permettront aux joueurs du Koweït de profiter de cette toute nouvelle expérience de la série Black Ops. » Si le régime n’a pas donné de raison officielle à l'interdiction du jeu, celle-ci serait due à la toile de fond de « Black Ops 6 », qui se déroule dans les années 1990 pendant la guerre du Golfe, lancée à la suite de l’invasion du petit émirat par l’Irak de Saddam Hussein.
Le réalisme de la narration laisse en effet peu de place au doute dès les premières images révélées dans la bande-annonce du nouveau jeu. On y voit l’ancien président américain George Bush déclarer : « L'Union soviétique n'existe plus », puis une série d'images d'archives représentant Saddam Hussein, dans un contexte où les États-Unis s’apprêtent à lancer leur opération contre l'Irak en réaction à l’invasion du Koweït, ou encore Bill Clinton. Dans ce décor immersif, le personnage principal prend les armes contre son propre camp car une force clandestine a infiltré la CIA. « Expulsés de leur agence et bannis du pays qui les a autrefois accueillis en héros, le vétéran des Black Ops, Frank Woods, et son équipe se retrouvent traqués par la machine militaire qui les a créés. Ils sont prêts à tout pour arrêter les véritables traîtres et blanchir leur nom, même si cela signifie adopter les mêmes méthodes que leurs ennemis », décrit la production. Des images de champs de pétrole en feu rappellent les incendies déclenchés à l’époque par les forces irakiennes sur plus de 700 puits pétroliers koweïtiens, créant un désastre économique et écologique régional.
Ces scènes renvoient le Koweït à un passé douloureux. Réclamant la souveraineté sur ce petit territoire et l’accusant de dépasser les quotas de production de pétrole fixés par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), l’Irak, miné par des années de guerre avec l’Iran, envahit son voisin le 2 août 1990. L'occupation du Koweït durera sept mois, avant que le pays ne soit libéré par les forces de la coalition menée par Washington, qui avanceront ensuite en territoire irakien.
Réactions des internautes
Mais sur le réseau social Reddit, prisé par les amateurs de jeux vidéo, le blocage de « Black Ops 6 » au Koweït suscite l’incompréhension. « Représentent-ils Saddam sous un jour favorable ou quelque chose comme ça ? Ou bien montrent-ils des civils koweitiens tués ? » s’interroge l’un d’eux. « Le Koweït a une drôle d'histoire en ce qui concerne l'interdiction des jeux. Parfois, un jeu est banni au bout d'un an, ou parfois il est banni dès le départ pour les raisons les plus stupides », s’insurge un autre. D’autres semblent soutenir la décision des autorités, arguant, comme cet internaute, qu’il s'agit « d'un sujet sensible, étant donné que des personnes toujours en vie (depuis la guerre du Golfe, NDLR) ont des membres de leur famille qui ont été tués ou sont encore portés disparus ». Plus critique, cette autre utilisatrice imagine que « l'histoire du jeu est pleine d'absurdités comme la plupart des jeux occidentaux », rappelant que « la guerre du Golfe a été une tragédie pour le Koweït ». Pour autant, les férus de jeux vidéo n’auront aucun mal à contourner l’interdiction de la série, certains se recommandant d’ores et déjà les meilleurs réseaux privés virtuels (VPN) pour avoir accès en ligne à « Black Ops 6 » sans être identifiés depuis le Koweït, et alors que le succès du jeu a reposé dès le début sur la possibilité de jouer en réseau.
Choisissant des événements historiques précis mêlés à des éléments fictifs comme décors de ses épisodes, comme la Seconde Guerre mondiale ou la Guerre froide, « Call of Duty » a déjà été la cible de critiques pour sa représentation de conflits réels. En 2019, l’édition « Call of Duty : Modern Warfare » a été interdite en Russie en raison de sa représentation des forces russes, que certains ont jugée injuste et provocatrice. De même, en 2020, « Call of Duty : Black Ops Cold War » a fait l'objet de critiques de la part des autorités chinoises pour une scène d’une seconde évoquant les manifestations de 1989 sur la place Tiananmen.


