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La revanche de la nounou

Au Liban comme hors du Liban, elle est sur toutes les lèvres car porteuse des espoirs les plus grands. Et pourtant, l’armée, car c’est bien d’elle qu’il s’agit, ne revient pas, couverte de lauriers, de quelque étincelante campagne militaire. Observant à la lettre la consigne de l’autorité politique, elle est au contraire restée l’arme au pied, alors que la guerre fait rage sur une vaste partie du territoire national. En n’importe quel coin du globe terrestre, proprement inconcevable, sans doute même scandaleuse, serait une telle situation. Pas ici cependant, où l’on patauge dans les loufoqueries les plus invraisemblables, les plus meurtrières aussi : telle cette guerre dévastatrice qu’a initiée le Hezbollah contre la volonté de l’État et de l’écrasante majorité du peuple. En deux mots comme en mille, louée donc soit (et avec elle le ciel !) une armée que nulle instance politique n’a osé conduire à l’abattoir face à un ennemi aussi sanguinaire que surpuissant.

Et d’ailleurs, aurait-elle eu seulement le temps de guerroyer, cette dernière institution encore debout dont le pouvoir use comme d’une bonne à tout faire ? D’une bonne scandaleusement sous-payée de surcroît, la corruption effrénée de générations de dirigeants ayant en effet asséché le Trésor public. D’une domestique sous-alimentée, la viande ne réapparaissant enfin dans les gamelles, les misérables soldes ne bénéficiant d’un modeste rajout de dollars que grâce aux donations étrangères.

C’est à la corvée de torcher les turbulents galopins s’ingéniant à saloper la demeure libanaise que l’on a voué en réalité la troupe. À cette super-gendarmerie, on se fie pour traquer et démanteler, pêle-mêle, cellules terroristes, filières de trafiquants et réseaux de grand banditisme. Sur elle l’on compte aussi pour gérer au mieux les frictions pouvant résulter de l’exode massif de la population du Sud vers des zones d’hébergement plus sûres. Et comme si ce n’était pas encore assez, voici maintenant qu’à défaut de faire le coup de feu, l’armée doit prêter main-forte à la Défense civile débordée pour maîtriser les incendies qui dévorent, l’une après l’autre, les forêts du Liban.

La réactivation de la résolution 1701 de l’ONU, à laquelle s’est attelée la diplomatie internationale, devrait rendre à l’armée son inaliénable rôle de gardienne des frontières, même si les écueils et les inconnues demeurent nombreux. Benjamin Netanyahu a bien goupillé le timing de son escalade libanaise : deux mois durant, il a donné libre cours à sa violence contre le Hezbollah et le Liban ; il se garde bien de dévoiler ses intentions maintenant qu’il ne reste plus qu’une semaine pour savoir qui, du républicain Trump ou de la démocrate Harris, va gagner un bail de quatre ans à la Maison-Blanche.

Au plan libanais, et du fait de la vacance présidentielle, se pose parallèlement un grave problème de clarté, mais aussi de compétence constitutionnelle, en matière de négociation. Axée sur l’exigence d’un cessez-le-feu immédiat, celle-ci est menée de concert par un gouvernement d’expédition des affaires courantes, incluant d’ailleurs le Hezbollah, et un président du Parlement allié à la milice et dépourvu de toute prérogative à caractère exécutif. Le Hezbollah lui-même est-il pour un arrêt des hostilités ? Bien sûr, annonce le Premier ministre sortant qui le tient du président Nabih Berry, lequel assure le tenir, peu avant son élimination par Israël, de Hassan Nasrallah en personne. Mais l’affaire ne risque-t-elle pas de tourner à un puéril jeu de téléphone cassé ? N’est-ce pas en effet la guerre à outrance que continue de prêcher le Hezbollah qui se dotait hier d’un nouveau secrétaire général en la personne du cheikh Naïm Kassem ? Même refoulé derrière le fleuve Litani, et pour peu que l’Iran s’en mêle, le Hezbollah ne resterait-il pas à portée de drone de l’ennemi ? Au plan domestique, ne serait-il pas tenté une fois de plus de recourir au chantage des armes pour préserver ses acquis ?

Il va de soi que la (ré)solution onusienne ne pourra tout régler d’un coup ; mais elle est incontestablement la seule voie sensée vers le salut. Longtemps rabaissée, humiliée par le jeu conjugué des visées régionales et des basses compromissions politiques, c’est à une pleine réhabilitation dans sa vocation première – celle de gardienne des frontières – qu’est promise l’armée : celle de tous et de personne.

C’est sa dignité qu’on rendrait aussi à la muette servante. Et du même coup au Liban.

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

Au Liban comme hors du Liban, elle est sur toutes les lèvres car porteuse des espoirs les plus grands. Et pourtant, l’armée, car c’est bien d’elle qu’il s’agit, ne revient pas, couverte de lauriers, de quelque étincelante campagne militaire. Observant à la lettre la consigne de l’autorité politique, elle est au contraire restée l’arme au pied, alors que la guerre fait rage sur une vaste partie du territoire national. En n’importe quel coin du globe terrestre, proprement inconcevable, sans doute même scandaleuse, serait une telle situation. Pas ici cependant, où l’on patauge dans les loufoqueries les plus invraisemblables, les plus meurtrières aussi : telle cette guerre dévastatrice qu’a initiée le Hezbollah contre la volonté de l’État et de l’écrasante majorité du peuple. En deux mots comme en...