Le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, présentant ses condoléances au commandant de l’armée, Joseph Aoun, suite au décès de sa mère, le 8 janvier 2024. Photo tirée de la page Facebook de l’institution militaire
Une délégation du Courant patriotique libre est attendue cette semaine à Yarzé pour un entretien avec le commandant en chef de l’armée, Joseph Aoun. La nouvelle ne peut pas passer inaperçue, le numéro un de l’institution militaire étant la véritable bête noire du chef du CPL, Gebran Bassil, qui voit en Joseph Aoun un sérieux présidentiable qui pourrait lui disputer sa base populaire. Partant, cette démarche pourrait être interprétée comme porteuse d’une tentative d’ouverture en direction du commandant de l’armée, à quelques mois de l’expiration de son mandat prorogé fin 2023 jusqu’en janvier 2025, en dépit de l’opposition du CPL. Les aounistes se contentent, eux, d’expliquer la visite par la nécessité de parler au chef de l’institution militaire en période de guerre. « Qu’on le veuille ou pas, le général Joseph Aoun est aujourd’hui le commandant de l’armée. Et il fait partie de ceux avec qui nous devons discuter de la situation sécuritaire dans le pays », affirme à L’Orient-Le Jour un responsable du CPL.
« Notre principal souci à l’heure actuelle réside dans la préservation de la sécurité du pays et surtout dans la volonté de barrer la voie à toute tentative de plonger le Liban dans une discorde confessionnelle, dans un contexte de tensions accrues entre les déplacés ayant fui la guerre au Liban-Sud et les habitants des localités qui les accueillent », explique-t-il. Selon les informations de L’OLJ, le courant aouniste a préparé un mémorandum articulé autour de ce point, dont il discutera avec les chefs des appareils sécuritaires, les principaux protagonistes politiques ainsi que le président de la Chambre, Nabih Berry, et le Premier ministre sortant, Nagib Mikati. Une copie de ce document a été remise lundi au ministre sortant de la Défense, Maurice Slim, gravitant dans l’orbite du CPL, qui a reçu Samer Toum et Jimmy Jabbour, deux députés de cette formation, accompagnés de la vice-présidente du CPL pour les affaires politiques, Martine Najm Koteily. La délégation s’est également entretenue avec le directeur de la Sûreté générale par intérim, Élias Baïssari. Elle est attendue mardi chez le ministre sortant de l’Intérieur, Bassam Maoulaoui.
Toute la symbolique de la démarche du CPL réside dans le fait qu’il a pris le soin d’inclure Joseph Aoun dans la partie. Comme pour faire comprendre que la bataille acharnée menée par la formation de M. Bassil contre le numéro un de la troupe ne l’empêche pas de collaborer avec lui dans les circonstances difficiles. « Notre bataille n’est pas d’ordre personnel. Nous coopérons aujourd’hui avec le chef de l’armée comme avec tous les patrons d’appareil sécuritaire », souligne Mme Koteily.
De leur côté, plusieurs députés et cadres CPL affirment que cela ne réduit en rien la détermination du parti et de son chef à voir Joseph Aoun rentrer chez lui après l’expiration de son mandat à la tête de la troupe, le 10 janvier 2025. « Notre position n’a pas bougé d’un iota. Nous sommes contre toute nouvelle prorogation », déclare le responsable aouniste cité plus haut.
Les FL entrent en scène
Si l’écrasante majorité des protagonistes locaux, y compris le tandem chiite Amal-Hezbollah, est parvenue à maintenir Joseph Aoun à la tête de la troupe à cause de ce qui était encore, fin 2023, « une crainte » quant à une guerre totale au Liban, certains observateurs estiment que ce besoin de retarder le départ à la retraite du commandant de la troupe semble aujourd’hui beaucoup plus pressant, surtout après la dernière escalade entre Israël et le Hezbollah. Mais un point important devrait encore être tiré au clair : qui se chargera de ce chantier ? « C’est au Parlement qu’incombe cette tâche », tranche une source gouvernementale haut placée, balayant d’un revers de la main les récentes informations de presse selon lesquelles le CPL aurait proposé au Premier ministre Nagib Mikati un retour des ministres aounistes aux séances gouvernementales (qu’ils boudent depuis 2022) afin de tuer dans l’œuf toute tentative de proroger le mandat du chef de l’armée par voie ministérielle.
Quoi qu’il en soit, et dans une réédition du scénario de l’année dernière, ce sont les Forces libanaises – adversaire chrétien de M. Bassil et l’un des premiers partis à proposer l’option Joseph Aoun en tant que candidat consensuel à la magistrature suprême – qui essayeront de contrer les projets du leader du CPL. Le numéro deux des FL, Georges Adwan, a présenté lundi une proposition de loi prorogeant d’un an le mandat de Joseph Aoun (jusqu’en janvier 2025). De quoi paver la voie à un éventuel recours en invalidation de la future législation devant le Conseil constitutionnel. Mais Meerab semble peu se soucier de cette faille. Confiantes que tous les protagonistes sont convaincus qu’on ne change pas de généraux en pleine guerre, les FL parient sur des tractations de dernière minute pour présenter un texte qui prorogerait le mandat de tous les chefs des appareils de sécurité, comme ce fut le cas en décembre 2023.



Cuties up,les deux en photo:)
08 h 07, le 29 octobre 2024