Al Pacino, 84 ans, se révèle dans son livre intitulé "Sonny Boy". Photo AFP
« Monte sur mes genoux, Sonny boy ! avec tes trois ans/Tu ne le sais pas et tu ne peux pas savoir/Ce que tu représentes pour moi, Sonny boy/Tu es un cadeau du ciel… » Cette chanson que fredonnait la mère du célèbre acteur Al Pacino lui avait inspiré ce surnom. Ses petits copains du quartier du Bronx, alors havre new yorkais des émigrés où il avait grandi, l’appelaient aussi Sonny. Ce surnom est resté inoubliable pour le petit Italien d’origine qu’il était, puisque 84 ans après et des décennies de gloire plus tard, Al Pacino, de son vrai nom Alfredo James Pacino, l’a choisi pour intituler ses Mémoires publiés ce mois-ci aux États-Unis et en France. Des pages chargées de grands et petits moments qui l’ont marqué, de souvenirs, de confessions sur ses addictions, ses ratages, ses problèmes d'argent, et qu’il partage en toute transparence et humilité. Et d’abord son enfance : fils unique d’un couple à problèmes, il a vécu avec sa mère, son père étant toujours absent. Durant leurs soirées en tête-à-tête, confie-t-il, il s’imaginait en différents personnages performant sur les planches ou au cinéma où l’emmenait parfois sa mère, dans un univers qui le fascinait. Adolescent, Al Pacino avait dû quitter l’école pour travailler et aider sa mère souffrant d’une maladie nerveuse.
Al Pacino face à Marlon Brando dans « The Godfather ». Photo Paramount Pictures
Francis Ford Coppola, un révélateur
Très tôt, Al Pacino arrondit ses fins de mois dans le monde du théâtre, mais pas vraiment là où on l’imagine. « J’ai voulu m’inscrire au studio Herbert Berghof. Je n'avais pas d'argent. En contrepartie, j'ai nettoyé les couloirs et les salles des cours de danse, et, finalement j’ai obtenu une bourse pour poursuivre mes études. » Il passe ensuite à l’incontournable Actors Studio, un tremplin qui le mènera au grand réalisateur Francis Ford Coppola. « Ma relation avec le réalisateur qui allait changer ma vie a commencé bizarrement, raconte-t-il. Coppola m'avait vu à Broadway et voulait me rencontrer pour un rôle. J'ai donc pris l'avion pour San Francisco et pendant les cinq jours et nuits suivants, il m'a emmené dîner et nous avons parlé de son projet de film autour de bouteilles de vin. Pour moi, Francis était touché par le génie. C'était un leader, un homme d'action, preneur de risques. Moi j’étais un inconnu, et le film que Francis voulait faire avec moi avait été refusé partout. » Quelques mois plus tard, à sa grande surprise, Coppola l’appelle, lui annonce qu’il allait réaliser Le Parrain (The Godfather) et qu’il le voulait dans le rôle de Michael Corleone. Réaction de Pacino : « Je pensais qu’il fantasmait peut-être. Au départ, la société productrice Paramount ne voulait pas de moi pour ce rôle. Ils me préféraient Jack Nicholson, Robert Redford, Warren Beatty ou Ryan O'Neal. Mais, Francis y tenait et je le savais. Et il n'y a rien de tel qu'un réalisateur qui vous veut ! »
Outre ce rôle qui lui a changé la vie et permis d'asseoir sa carrière, un autre grand moment de l’existence d’Al Pacino fut sa rencontre épique avec Marlon Brando. Une rencontre qu’il redoutait car il voyait en lui « le plus grand acteur vivant de notre époque. J'ai grandi à l’ombre des acteurs de cette immense envergure ». Coppola l’encourage et organise la rencontre sur le plateau du tournage.
Face à un Brando désarmant
Les deux hommes devaient partager leur déjeuner à l'hôpital, comme prévu dans une scène du film. « Il était assis sur un lit d'hôpital, moi sur l'autre. Il me posait des questions. D'où je viens ? Depuis combien de temps je suis acteur ? Et il mangeait du poulet cacciatore avec ses mains. Ses doigts étaient maculés de sauce rouge. Son visage aussi. Et c'est tout ce à quoi je pouvais penser. Quelles que soient ses paroles, mon esprit était fixé sur la vue des taches devant moi. Il parlait – engloutissait, engloutissait, engloutissait, engloutissait la nourriture – et j'étais juste hypnotisé. Je me demandais : Qu'est-ce qu'il va faire de ses mains ? Dois-je lui offrir une serviette ? Avant que je puisse le faire, il a étendu ses deux mains sur le lit d'hôpital blanc et les a essuyées, salissant les draps de sauce rouge, sans même réfléchir, et il a continué à parler. Et j'ai pensé : est-ce ainsi que les stars de cinéma agissent ? Vous pouvez donc tout faire », relate Pacino.
Sans excès ou extravagances, même s’il a toujours eu du tempérament, Al Pacino est aujourd'hui reconnu comme l'un des plus grands acteurs du XXe siècle. Son incarnation de Michael Corleone dans Le Parrain est considérée comme l'une des plus grandes performances de l'histoire du cinéma. Pourtant, il ne visionnera le film que... cinquante ans plus tard, avoue-t-il dans son livre.
Les Mémoires de l'acteur de 84 ans viennent de sortir aux États-Unis et en France.
Parmi les autres films qu’il a portés très haut : Panic in Needle Park (1971) Scarface, Scarecrow (1973), Dog Day Afternoon, (1975), Scent Of a Woman (1992), The Insider (1999) ou encore The Irishman (2019).
Il demeure l'un des rares acteurs dans le monde à avoir reçu la Triple Crown of Acting, terme qui récompense un artiste ayant remporté à la fois un Oscar, un Emmy Award et un Tony Award dans une carrière.
Passionné par William Shakespeare, il a interprété plusieurs de ses pièces et a réalisé un documentaire intitulé Looking for Richard (1996), sur l’œuvre Richard III. Coprésident de l’Actors Studio depuis 1994, Al Pacino est considéré comme l'un des meilleurs acteurs hollywoodiens.
Il n’oublie pas non plus l’autre surnom que ses petits copains du Bronx lui avaient donné. « Ils m’appelaient Sonny et pistachio, pour Pacino, et parce que j’aimais la glace aux pistaches », écrit-il dans ses Mémoires.
Père d’un petit Roman né l'année de ses 83 ans, Al Pacino confie avoir rédigé ses Mémoires « pour qu’il puisse connaître (s)on histoire ».


