La statue de l'émir Magid Arslane à Khaldé, peu après son inauguration le 2 mars 2018. Photo tirée du compte Facebook de Talal Arslane
Une statue en bronze de l’émir Magid Arslane (1908-1983), installée à Khaldé, a été vandalisée dans la nuit de samedi à dimanche par des inconnus, pour des raisons qui restent inconnues. L’émir Arslane, un homme politique druze, faisait partie des fondateurs de la République libanaise en 1943.
La statue, qui représentait l’émir Arslane à cheval brandissant un drapeau libanais et était installée sur un haut promontoire, au milieu de l’autoroute reliant Beyrouth au Liban-Sud au niveau de Khaldé, a été poussée de son piédestal. Le cavalier et sa monture ont été disjoints et ces deux éléments se sont brisés en certains endroits. La représentation de l’émir a perdu un bras et le cheval une patte au moins, selon des images publiées par plusieurs médias, notamment le quotidien arabophone an-Nahar. Sculptée par Émile Ayache, cette statue en bronze avait été inaugurée en mars 2018 par l’ex-président libanais Michel Aoun. Elle pèse selon le sculpteur 1 250 kilos.
Un morceau de la statue tombé du piédestal. Photo tirée du compte X du député Mark Daou
Selon une source de sécurité citée par le média Lebanon Debate, les forces de l’ordre ont ouvert une enquête, mais les motivations de cet incident seraient plus matérielles que politiques, afin de récupérer le métal constituant la statue pour le revendre. L’émir Magid Arslane était le père de l’ex-ministre et ex-député Talal Arslane, chef du Parti démocratique libanais et un des leaders druzes de la Montagne libanaise.
Condamnations
L’incident à Khaldé a été rapidement condamné par plusieurs responsables et partis, notamment le cheikh Akl, chef spirituel de la communauté druze Sami Abi el-Mona, qui a appelé au téléphone Talal Arslane pour condamner un « acte lâche, perpétré pour semer la discorde ». Le cheikh Akl a exhorté les autorités et les forces de sécurité à identifier les coupables, et la justice à les « punir ».
De son côté, le parti de l’Unification arabe de l’ex-ministre Wi’am Wahhab, un autre dirigeant druze libanais, a condamné « l’attaque suspecte » contre la statue. Il a dénoncé un acte « perpétré par des individus malveillants et infiltrés, qui révèlent des intentions visant à attiser les tensions internes ». Réclamant que les personnes impliquées « ne soient pas couvertes » par un quelconque parti, le parti de M. Wahhab a estimé qu’il « relève de la responsabilité de l’État et de la société d’endiguer » ces incidents, « afin de préserver ce qu’il reste de stabilité ».
Le député local Mark Daou, qui occupe depuis les législatives de 2022 le siège précédemment tenu à la Chambre par Talal Arslane, a de son côté écrit sur X que les « figures symboliques » comme celle de Magid Arslane « rassemblent les Libanais, et nous avons plus que jamais besoin de cette unité en ces temps difficiles ».
Dans un message publié sur X samedi soir, Talal Arslane avait mis en garde, dans le cadre de la « guerre existentielle » au Liban, contre les « complots », notamment celui de « dissensions internes », alors que plusieurs responsables étrangers, notamment le ministre français de la Défense, ont récemment mis en garde contre le risque de tensions internes, voire d’une guerre civile. En raison des violents bombardements israéliens sur plusieurs régions du pays, plus d’un million de personnes ont été obligées de se déplacer et de s’installer dans des zones épargnées, provoquant ponctuellement des tensions avec les collectivités locales. Dans une vidéo postée sur X, M. Arslane avait appelé à soutenir les négociations pour un cessez-le-feu, menées par le président de la Chambre Nabih Berry, et à « appuyer les héros résistants qui défendent notre terre », en allusion au Hezbollah. Il avait encore estimé qu’Israël veut atteindre ses objectifs au Liban en « visant l’unité » des Libanais et en « semant les graines de la discorde ».
L’émir Magid Arslane a été à de nombreuses reprises député et ministre à partir de 1932. Luttant pour l’indépendance du Liban et la fin du mandat français, il a été ministre de la Défense en 1943, lorsque les autorités mandataires ont arrêté plusieurs responsables libanais, dont le président Béchara el-Khoury, le Premier ministre Riad el-Solh et plusieurs ministres. Magid Arslane a alors constitué le « gouvernement du Liban libre » avec le vice-Premier ministre Habib Abou Chahla. Ils ont aussitôt été incarcérés par les Français dans la citadelle de Rachaya, dans la partie méridionale du pays jusqu’au 22 novembre 1943, date de leur libération et de l’indépendance du Liban.


Les mercenaires de notre pays ne reculeront devant rien pour semer la haine et la division en espérant transformer cette guerre en chaos interne pour noyer le poisson et faire diversion sur leur crime d’avoir détruit notre pays pour rien. Les libanais devraient se montrer à la hauteur de la situation, surtout tous ceux qui par le passé ont répondu à l’appel du loup sans réfléchir au sort de leur pays sous prétexte que ceux qui sont les agresseurs sont de la leur communauté ou ont la même croyance. Il ne faut croire qu’en leur pays qui définit leur sort et celui de leurs progénitures.
11 h 15, le 30 octobre 2024