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Nos lecteurs ont la parole

Au Liban, aucune confession ne pourra l’emporter sur une autre

Le confessionnalisme politique au Liban est-il destiné à disparaître bientôt, laissant place à un système politique non confessionnel, civil et laïc, fondé sur les mérites et les compétences ? La tendance semble aller dans ce sens lorsque l’on réexamine les événements marquants de l’histoire libanaise moderne, de l’indépendance à nos jours.

D’abord, le maronitisme politique a dominé dès l’indépendance, subissant diverses attaques de la part de la gauche libanaise et de ses alliés non libanais, communément appelés « forces

palestino-progressistes » durant la guerre civile de 1975-1990. Ce maronitisme politique, souvent vilipendé par le chef du mouvement Amal Nabih Berry dans les années 1980, a atteint son apogée avec l’élection du président martyr Bachir Gemayel en août 1982, puis a commencé son déclin avec son assassinat. La chute du maronitisme politique a culminé avec les accords de Taëf. Les tragiques événements tels que la guerre de la Montagne en 1983, l’intifada des Forces libanaises en 1985, la guerre fratricide entre Geagea et Hobeika en 1986 et la guerre d’annihilation entre les Forces libanaises et le général Aoun en 1990 ont marqué la fin non seulement du maronitisme politique, mais aussi de l’influence et du poids des chrétiens sur la scène politique libanaise. L’accord de Taëf concrétisera tout cela.

Pendant la guerre de 1975-1990, les sunnites du Liban, longtemps ostracisés pour leur alliance avec l’OLP, ont fait un retour en force sur la scène politique libanaise dès 1992 avec l’avènement du Premier ministre martyr Rafic Hariri. L’ère du sunnisme politique a alors commencé, connaissant ses heures de gloire durant la période dite de reconstruction après la guerre civile. Cependant, en février 2005, avec l’assassinat de Rafic Hariri, l’influence du sunnisme politique a commencé à décliner, atteignant son niveau le plus bas suite aux événements de mai 2008 et au retrait de Saad Hariri de la vie politique libanaise. Cette période a vu non seulement la disparition du sunnisme politique, mais aussi celle du druzisme politique, qui n’a jamais véritablement décollé depuis l’assassinat de Kamal Joumblatt en mars 1977.

Les chiites du Liban, longtemps soumis au joug de l’OLP dans le Sud et dans la banlieue sud de Beyrouth, où ils sont majoritaires, ont à leur tour connu leurs moments de gloire après le retrait israélien en mai 2000. Forts de leur victoire contre Israël et forts de leur nombre et des armes du Hezbollah, ils ont imposé le chiisme politique et une hégémonie par la force. Comme l’OLP avant lui, le Hezbollah est devenu un État dans l’État, prenant en otage le Liban en entier avec le soutien de certaines factions libanaises.

Si la tendance actuelle se poursuit, à la suite de l’assassinat de Hassan Nasrallah, on pourrait assister à la fin de l’ère du chiisme politique.

Sommes-nous alors témoins de la fin du confessionnalisme politique au Liban ? Ce serait certainement souhaitable.

Un tel système politique a été très néfaste pour le Liban car il a favorisé le sectarisme confessionnel au détriment du bien-être du peuple qui ne cesse de payer de lourds tributs de ces invasions barbares. L’État, au lieu de servir ses citoyens, a toujours été absent des sphères publique et sociale. Il a souvent été au service de telle ou telle confession, répondant aux ambitions politiques et à la soif d’argent et de pouvoir des différents leaders confessionnels, les zaïms, à la solde de pays étrangers servant les intérêts de ceux-ci, sans se soucier de l’intérêt et de l’avenir du pays ni des aspirations d’un peuple à vivre dans un État de droit, démocratique, libre, neutre et laïc.

Le confessionnalisme politique a contribué à l’effritement de l’État et à la résurgence de mini-États, où chaque confession prétend être un État en soi avec un non-respect flagrant des résolutions internationales telles que la 1559, la 1680 et la 1701. Où chaque confession suit le diktat d’une puissance étrangère.

Bien que des signes de transformation soient perceptibles, la transition vers un système politique entièrement non confessionnel demeure incertaine et semée d’embûches. Les intérêts confessionnels, profondément enracinés dans le tissu social et politique du Liban, et le contexte géopolitique de la région rendent cette transition particulièrement complexe.

Cependant, les aspirations à un système basé sur le mérite et les compétences, permettant une gouvernance plus juste et équitable, continuent de grandir, notamment parmi les jeunes générations et la société civile, qui se sont clairement exprimées, toutes unies et égales sous le même drapeau, lors de la révolte d’octobre 2019, violemment réprimée par un establishment politique en faillite et à la dérive.

En conclusion, rappelons ce que Gebran Khalil Gebran avit écrit :

« Pitié pour la nation où existent mille croyances mais aucune religion.

Pitié pour la nation dont les habitants portent un vêtement qu’ils n’ont pas tissé eux-mêmes, mangent un pain dont ils n’ont pas récolté le grain et boivent un vin qui n’a pas coulé de leurs pressoirs.

Pitié pour la nation où l’on acclame un bravache comme un héros et où l’on estime bienfaisant un conquérant glorieux.

Pitié pour la nation où l’on méprise une passion dans les rêves pour s’y soumettre au réveil.

Pitié pour la nation où l’on n’élève la voix que dans les processions de funérailles, où l’on ne se glorifie qu’au milieu des ruines et où l’on ne se révolte que lorsqu’on a la nuque coincée entre le glaive et le billot.

Pitié pour la nation dont l’homme d’État est un renard, le philosophe un bateleur, et l’art un art du rafistolage et de la contrefaçon.

Pitié pour la nation où l’on accueille un nouveau souverain aux accents de la trompette pour le renvoyer sous les huées et en acclamer un autre aux mêmes accents de trompette que le précédent.

Pitié pour la nation où les sages sont rendus muets par l’âge, tandis que les hommes vigoureux sont encore au berceau.

Pitié pour la nation divisée, dont chaque partie revendique pour elle-même le nom de nation. »

Jean-Pierre CHELHOT

Montréal, Canada

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Le confessionnalisme politique au Liban est-il destiné à disparaître bientôt, laissant place à un système politique non confessionnel, civil et laïc, fondé sur les mérites et les compétences ? La tendance semble aller dans ce sens lorsque l’on réexamine les événements marquants de l’histoire libanaise moderne, de l’indépendance à nos jours. D’abord, le maronitisme politique a dominé dès l’indépendance, subissant diverses attaques de la part de la gauche libanaise et de ses alliés non libanais, communément appelés « forces palestino-progressistes » durant la guerre civile de 1975-1990. Ce maronitisme politique, souvent vilipendé par le chef du mouvement Amal Nabih Berry dans les années 1980, a atteint son apogée avec l’élection du président martyr Bachir Gemayel en août 1982, puis a...
commentaires (1)

Très bel article, bien que toutes les confessions majeurs ont, à leur moment de gloire, pris en otage le Liban, et pas seulement les Shiites. Beaucoup de travail reste à faire pour atteindre "l'état merites" non confessionnel. A commencer par les clergés qui s'y opposent, et les grandes familles, heritage du féodalisme...

Raed Habib

18 h 43, le 24 octobre 2024

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Commentaires (1)

  • Très bel article, bien que toutes les confessions majeurs ont, à leur moment de gloire, pris en otage le Liban, et pas seulement les Shiites. Beaucoup de travail reste à faire pour atteindre "l'état merites" non confessionnel. A commencer par les clergés qui s'y opposent, et les grandes familles, heritage du féodalisme...

    Raed Habib

    18 h 43, le 24 octobre 2024

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