De nombreux travailleurs humanitaires intervenant dans la bande de Gaza restent sceptiques après les récentes annonces des autorités israéliennes promettant de faciliter l'acheminement d'aide humanitaire dans le territoire palestinien assiégé.
"Il n'y a pas de changement majeur, ce qui est entré (ces derniers jours), c'est très, très peu, et dans tous les cas, insuffisant par rapport aux besoins", résume pour l'AFP Juliette Touma, porte-parole de l'agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (Unrwa).
Après des déclarations d'habitants et d'organisations d'aide internationales interrogés par l'AFP, aucune amélioration de la situation n'a été constatée dans l'immédiat.
. Comment entre l'aide?
La plupart des camions contenant de l'aide humanitaire entrent par le point de passage de Kerem Shalom à la frontière entre Israël et le sud de la bande de Gaza. Les chargements doivent ensuite être contrôlés pour des raisons de sécurité.
Ces contrôles sont la principale raison de la lenteur des livraisons, selon des ONG, mais les autorités israéliennes évoquent l'incapacité de ces organisations à prendre en charge les quantités d'aide.
Une fois entrée, l'aide doit être acheminée vers la population mais ces trajets sont aussi soumis à une coordination avec le Cogat, organisme du ministère israélien de la Défense chargée de gérer les affaires civiles dans les territoires palestiniens. De nombreuses ONG expliquent qu'il est très difficile d'échanger avec cet organisme.
La pénurie de carburant pour les camions, le mauvais état des routes et les combats dans des zones très denses ajoutent à la complexité des opérations.
Plusieurs acteurs humanitaires ont dit à l'AFP sous couvert d'anonymat que, récemment, jusqu'à la moitié des marchandises était pillée, en particulier les biens de première nécessité.
Face à ces défis, certains pays ont fait des largages aériens (encore 81 colis samedi, selon le Cogat), et un couloir maritime a même été brièvement ouvert, mais aucune de ces solutions ne semble durable.
. Qu'a dit Israël?
"L'armée israélienne, en coordination avec le Cogat, reste déterminée à faciliter l'aide humanitaire", ont déclaré mardi les deux institutions dans un communiqué, évoquant notamment l'évacuation de patients d'un hôpital à l'autre et la livraison de "68.650 litres de carburant pour les hôpitaux".
Le Cogat a aussi dit "faciliter" la campagne en cours de vaccination contre la polio, et l'armée a annoncé que 30 camions du Programme alimentaire mondial (PAM) avaient pu utiliser un des rares points de passage dans le nord de Gaza pour transporter de la farine.
"Israël a subi des pressions (diplomatiques, NDLR) pour permettre l'entrée de davantage d'aide, en particulier dans le nord", commente Tania Hary, directrice de l'ONG Gisha qui documente les points de passage entre Gaza et Israël.
Les Etats-Unis ont en effet menacé de suspendre une partie de leur assistance militaire si Israël n'améliorait pas rapidement l'accès à l'aide humanitaire.
Mais selon Mme Hary, seul un cessez-le-feu pourrait avoir un impact significatif.
"Sans cela, les autorités israéliennes devraient prendre de véritables mesures et coopérer pour que l'aide et le personnel (humanitaire) puissent circuler librement et en toute sécurité, et depuis le début, cette volonté sincère n'existe pas", estime-t-elle.
. Quel impact sur le terrain?
"Nous demandons que de l'aide soit envoyée dans le nord, Jabalia est en train d'être anéantie", lance à l'AFP Oum Firas Shamieh, 42 ans, depuis cette partie du territoire où l'armée israélienne mène une offensive depuis le 6 octobre. "Si nous ne mourons pas sous les bombardements et les tirs, nous allons mourir de faim", dit-elle.
Pour Sarah Davies, porte-parole du Comité international de la Croix Rouge (CICR), même si davantage d'aide entrait dans Gaza, "il serait très difficile de (la) distribuer efficacement" à cause des combats.
Selon les Nations unies, 396 camions sont entrés en octobre dans la bande de Gaza, contre 3.003 en septembre, 3.096 en août et 4.681 en juillet. Le Cogat conteste régulièrement les chiffres onusiens.
"On a énormément de mal à faire entrer des concentrateurs d'oxygène, des générateurs, des outils de reconstruction, car ils sont considérés comme étant à +double usage+, militaire et médical, par les autorités israéliennes", explique un travailleur humanitaire du secteur médical dont l'ONG est largement présente sur place.
"Ça nous affecte énormément, on a des cliniques qui peuvent même manquer de paracétamol", commente-t-il, "le mois d'octobre est catastrophique".
crb/cyj/cab/bfi
© Agence France-Presse
"Il n'y a pas de changement majeur, ce qui est entré (ces derniers jours), c'est très, très peu, et dans tous les cas, insuffisant par rapport aux besoins", résume pour l'AFP Juliette Touma, porte-parole de l'agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (Unrwa).
Après des déclarations d'habitants et d'organisations d'aide internationales interrogés par l'AFP, aucune amélioration de la situation n'a été constatée dans l'immédiat.
. Comment entre l'aide?
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